PROTESTATION DU PAPE
peuples, devait exercer quand le demandait l'intérêt commun. L'intention dans laquelle on énonçait maintenant une prétention aussi absurde, à laquelle personne ne pensait — et le Pape moins que tous les autres — était claire comme le jour. On cherchait des prétextes, même les plus frivoles et les plus invraisemblables, pour exciter les princes contre l'Eglise.
Le Pape poursuit : « Quelques-uns désirent que j'explique d'une manière plus étendue et plus claire la définition du Concile. Je ne le ferai pas. Elle est assez claire et elle n'a pas besoin d'autre commentaire et d'autre explication. Celui qui lit le décret avec un cœur droit en trouve facilement le véritable sens. Cependant, rien n'empêche que, grâce à votre science et votre pénétration, vous ne combattiez ces erreurs, qui pourraient tromper les simples et séduire les ignorants (i). » »
Cette déclaration du Saint-Père était si franche et si claire qu'elle devait tranquilliser les hommes d'Etat dépourvus de préjugés. M. Emile Ollivier assure qu'elle était, en effet, de nature à dissiper tous les malentendus sur la question (2). Mais, en Bavière, il n'y avait, hélas! plus d'homme d'Etat sans préjugés. Le ministre des cultes, M. de Lutz. l'était moins que tout autre, comme il l'a prouvé par la publication de son troisième, dernier et très long traité théologicocanonique sur l'Infaillibilité pontificale.
Malgré toutes les avances du gouvernement, les ennemis de l'Eglise en Bavière n'étaient nullement satisfaits de la marche des affaires. Ils voulaient que l'on prît immédiatement des mesures positives contre la religion catholique. Dans ce but, le député progressiste Herz, à la tête de qua-
(1) Voir Voce délia Verilà, 1871, 22 luglio. Comparez Scheeiîen, Dos ôfa imclte Konzil, III, 327, f.
(2) Loc. cit., II, 374.
rante six autres qui partageaient son opinion, adressa, le 7 octobre 187 1, une interpellation au gouvernement royal. Elle est rédigée en termes graves, dont plusieurs provoquent déjà aujourd'hui le sourire , il y est dit en substance :
« Les décisions du concile du Vatican n'ont pas seulement changé l'essence de la constitution de l'Eglise, / mais elles ont encore gravement compromis en Bavière, par rapport à la constitution, les rapports juridiques et sociaux des cit03rens. Les évèques, en publiant les décisions du Concile, ont publiquement porté atteinte à lu constitution.
» lJar les mesures de violence qu'ils ont employées pour introduire le nouveau dogme, ils ont généralement justifié les plaintes comme d'abus de la puissance spirituelle. Le principe, admis en Bavière, de l'égalité de droits en matière religieuse ne peut à l'avenir absolument plus être compatible avec ces nouvelles doctrines. Certainement la paix religieuse du pays sera troublée d'une manière irréparable, dès que les évêques réussiront à mettre en pratique les plans pernicieux de la Curie romaine. On a cherché, par la promulgation du nouveau dogme, à ébranler les fondements de l'Etat bavarois, qui est un Etat constitutionnel et progressiste (Kulturstaat). Les sujets de l'Etat se voient livrés sans secours à la puissance envahissante de Koine. La confiance du pays ne peut être gagnée que si le gouvernement défend, non plus par des paroles, comme il l'a fait jusqu'ici, mais par des actes, les droits de l'Etat et de la conscience. »
Les interpellateurs proposèrent donc trois questions au ministère : i° « Le gouvernement veut-il garantir à tous les citoyens « catholiques », laïques ou ecclésiastiques, qui n'acceptent pas l'Infaillibilité, leurs droits et fonctions légitimement acquises ? 20 Le gouvernement est-il résolu à donner, à maintenir et à garantir aux parents la pleine liberté de l'éducation religieuse contre les doctrines de la Curie romaine, qui violentent la conscience, et à accorder aux
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communautés nouvelles des « Vieux-Catholiques », ainsi qu'à leurs pasteurs, les droits qui appartenaient à l'Eglise catholique? 3° Le gouvernement a-t-il, en général, l'intention d'établir la séparation de l'Eglise et de l'Etat, et surtout de rejeter les stipulations du concordat, qui oppriment la vie religieuse des citoyens (i) ? »
Comme l'interpellation contenait toute une suite d'attaques fausses et blessantes contre les catholiques fidèles, contre le Chef de l'Eglise et surtout contre les évêques de Bavière, les députés catholiques lui opposèrent une protestation solennelle, / que le député Sedelmayer lut en pleine Chambre le n octobre, et dont il déposa sur le bureau un exemplaire, revêtu de soixante-dix-sept signatures (2). Elle ne pouvait certes pas opérer de changement de dispositions dans les sphères ministérielles. Il paraît même que l'interpellation de Herz préparait les voies à la publication des résolutions déjà prises par le gouvernement.
Alors parut la réponse du ministère bavarois, en tout favorable à l'interpellation Herz. M. de Lutz la lut, pendant deux heures et demie, au nom de ses collègues, le 14 octobre, à la Chambre des députés (3). Cette réponse, malgré sa longueur, n'était cependant qu'une troisième édition des assertions que le ministre des cultes avait prononcées, le 22 mars, contre l'archevêque de Bamberg : c'étaient les trois
(1) Voir la réponse ministérielle sur l'interpellation de Herz à la Cfùitnbre des députés de Bavière, avec les actes qui s'y rapportent (Ratisbonne, 1872), p. oi sqq.
(2) Ibid.,p. 06 sqq.
(3) Imprimée d'abord dans les suppléments extraordinaires de VAIIgemeine Zeitung du 20 et 21 octobre ; voir aussi Friedberg, Actes, pp. 83o-874 ; puis dans une réfutation très étendue, Die ministérielle Antwort, etc , pp. 59-242.
D'autres réfutations parurent dans le Katholik (1871, II, 58i-623,du D>' Haff>er : Die Katholische Kirche nach der Erklàrung cler Kbniglich bayrischen Regierung)A&ns la Civiltà cattolica (Ser. 8, vol. 4, pp. 422-441 : La teologica diceria del Ministro Lut; nel Parlamenlo havarese), dans les Feuilles périodiques de Scheebex (I [18721,15- 44 : Die Théologie des bayrischen Staats ministeriums), par Adu.b. Hûhn (Eine Ministeraniwortim Lichte der Wahrheit. Freiburg, Herder, 1872 [III, p. 00]), etc.
mêmes thèses fausses avec les mêmes preuves chancelantes. De plus, ce dernier travail était certainement bien inférieur aux Variations du 27 août, qui étaient du moins bien écrites.
Il comprenait surtout du remplissage provenant, souvent mot à mot, du Janiis, de Schulte, de V Allgemeine Zeitung et du Mercure du Rliin (1); puis, de nombreux extraits des bulles des Papes, du Syllabus, de la Revue de Dublin, des Stimmenaus Maria-Laach, de la Ciuiltà cattolica, etc., devaient donner à ce travail un vernis scientifique. Tous les auditeurs, à quelque parti qu'ils appartinssent, respirèrent enfin lorsque le lecteur, an bout de deux heures et demie, arriva aux phrases qui auraient dû être préparées et justifiées par tous ces préliminaires. /
Le ministre terminait ainsi : « On peut conclure de tout ce qui vient d'être dit que le gouvernement doit répondre aux questions qui lui ont été posées. En conséquence :
« i° A la première question. — Le gouvernement est disposé à garantir à tous les sujets catholiques, prêtres et laïques, qui n'admettent pas la doctrine de l'Infaillibilité du Pape, une entière protection, conformément aux lois du pays, contre les abus des autorités ecclésiastiques, et à les maintenir, pour autant qu'il est en son pouvoir, dans leurs droits et dans leurs fonctions respectives.
» 20 A la deuxième question. — a) Il est décidé à reconnaître aux parents le droit de faire donner à leurs enfants une éducation religieuse contrairement au dogme de l'Infaillibilité du Pape. — b) Si des partisans de la vieille (!) doctrine catholique se constituaient en communautés, le gouvernement a l'intention de les considérer comme catholiques, de même qu'il a continué à le faire pour les particuliers, et, par consé-
(I) VAugsburger Poslzeilung (1871, n° 2G7 sq ) montre, en plaçant sous les yeux les textes vis-à-vis les uns des autres, la fidélité vraiment louchante (qui n'est pas ainsi indiquée dans les Actes) des citations, laquelle s'étend jusque sur le nombre même des points d'omission.