‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 4)Chapitre 106 sur 129 · L OPPOSITION DANS LES CANTONS SUISSES · texte numérisé non relu

L OPPOSITION DANS LES CANTONS SUISSES

prières, fixée au troisième dimanche de septembre, il adressa à tous les curés du canton, pour les y inviter, une proclamation qui devait être lue du haut de la chaire. Il y était fait allusion à la guerre franco-allemande et au concile du Vatican en ces termes : ce Au jour même où une guerre sanglante venait d'éclater entre deux peuples voisins, dans la ville éternelle de Rome, malgré l'opposition et les avertissements des premiers théologiens du monde, on publiait comme loi et condition du salut temporel et éternel, un nouvel enseignement doctrinal, mais qui n'était, en réalité, qu'une déclaration de guerre faite à l'esprit et à la raison, à la science du siècle présent, à l'ordre du monde, à l'avenir, et tel que, s'il n'en était pas décidé autrement dans les conseils du Ciel, la paix des populations était gravement compromise (i). » /

Mgr Lâchât ayant répondu, le 10 septembre, qu'il se refusait résolument à se prêter à la demande qu'on lui faisait, qu'il ne pouvait en aucune façon inviter ses prêtres à donner lecture d'un exposé doctrinal si blessant et à la fois si faux — choses qui portaient atteinte à sa conscience, à ses fonctions, et à ses obligations envers l'Eglise et les fidèles, — on se contenta simplement de renvoyer la lettre au palais épiscopal à cause de son allure blessante et grossière pour le fond comme pour la forme (2). Des curés catholiques qui ne voulaient pas pactiser avec leur conscience en publiant de semblables proclamations pour la fête du « jeûne fédéral », furent condamnés à des amendes pour désobéissance (3), tels les curés Moser, à AVurellos, et Villiger, à Auw, ou même des-

(1) Aargauer GesetzbMt, XVII, 207. — Cité parle P. Beatis Rohxer, 0. S. B., dans son ouvrage : Die Vnterdriicknng der kalholischen Religion und Kirc/ir im sc/nreizerischen Kanton Aargau (Archiv fur hatliolisehes Kirchemreeht, 27e vol. (1872), pp. 219 sqq.).

(2) Archiv. etc., 27« vol., p 221.

(3) Ibid., 27« vol., p. 223.

titués, comme le desservant Schlenniger, à Kaisten, et le curé Fuelis, àNiederwyl (i).

La feuille officielle du canton d'Argovie donnait une autre preuve de folle intolérance tirée des débats du couseil exécutif d'Argovie, le 6 juin 187 1 (2). Elle affirmait que, d'après une communication qu'elle avait reçue, une enquête officielle venait d'être ordonnée contre M. J. Christen, vicaire et professeur de religion à l'école cantonale de Mûri, pour avoir soutenu dans un sermon le dogme de l'Infaillibilité. Au cours de l'enquête, M. Christen avait présenté un mémoire dans lequel il déclarait qu'en matière de foi et de morale il serait toujours fidèle à ses saints engagements, en union avec l'épiscopat de la Suisse entière, avec son évèque et avec le Pape. Cette déclaration de M. Christen établissait donc qu'il continuerait à enseigner et à défendre le dogme de l'Infaillibilité, que, par la même, il manquerait gravement à ses obligations envers l'Etat. On lui lit savoir que le conseil exécutif argovien, loin de vouloir l'aire violence à son serment d'ordination sacerdotale et à sa liberté d'enseigner le nouveau dogme de l'Infaillibilité, si dangereux pour l'Etat, lui donnait son congé à la fin du mois d'août. En même temps, le conseil lui enlevait son bénéfice et lui supprimait le droit de concourir aux bénéfices du canton. Si M. Christen avait apostasie, le conseil exécutif argovien était certainement disposé à l'élever à de plus hautes dignités (3).

Les membres du conseil cantonal d'Argovie ne voulaient plus rester en relations avec Mgr Lâchât. Xon contents d'avoir fermé son grand séminaire et de lui avoir défendu

(i) [bid.,27« vol , pp. 222 et 227.

(2) Ibid., 27'' vol., pp. 223 sq.

(3) Fkif.dbeki; (Aktenstiieke, p. 209) impute faussement cette preuve de haine mesquine au canton catholique de Zug.

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