L OPPOSITION DANS LES CANTONS SUISSES
toute publication de quelque acte épiscopal que ce fut (i), ils ne rougirent pas de recourir aux plus bas procédés pour l'injurier (a). Ils résolurent môme de détacher le canton du diocèse de Bâle. L'évêque sut revendiquer ses droits avec énergie, sans se départir de la dignité due à son caractère (3). Ses adversaires parvinrent finalement, à la conférence diocésaine du 29 janvier 1873, malgré les deux voix des Etats de Zug et de Lucerne, à le déclarer destitué de ses fonctions. Le chapitre cathédral devait être supprimé et les prêtres cesser toute relation avec leur évêque. Enfin, pour couronner leurs exploits, ils le chassèrent, le 16 avril, de sa demeure, le condamnèrent à l'exil, où il fut rejoint bientôt par quatrevingt-quatre prêtres qui lui étaient restés fidèles.
Un sort semblable était réservé à Mgr Àlermillod de la part du gouvernement cantonal de Genève. Le 17 février j8;3, il fut, lui aussi, assailli dans sa propre demeure, enfermé dans une voiture, et transporté au delà de la frontière jusqu'au village de Ferney, l'ancienne seigneurie de l'impie Voltaire (4).
De nouvelles lois ne tardèrent pas à être promulguées pour régler le culte et la situation de l'Eglise. /
L'ex-Père Hyacinthe Loyson fut élu curé de la paroisse
(1) Par exemple, la lettre pastorale du 20 septembre 1870 sur la prise de Rome et le mandement de carême du 16 février 1<S71 sur l'Infaillibilité pontificale. Voir Archiv. etc., 27' vol , pp. 229 sq.
(2) Un des membres du grand conseil put sans être désavoué, s'exprimer en ces ternies, en parlant de Mgr Lacbat : « Je ne puis m'empêcher de qualifier l'évêque d'infâme séducteur du peuple. Je lui lame à la figure cette expression en présence de la haute assemblée du pays. Et c'est à un individu de ce genre que nous devrions accorder de hauts appointements'piis dans les caisses de l'Etat. Je propose de rayer du budget ce subside accordé à l'évêque. »
(3) Aktenstûcke. — Archiv. etc., 27« vol , p. 271, 29e vol., pp. 73 sqq.
(4) Voir le P. Beati/s Rohner, de l'abbaye d'Einsiedehi : La situation de rEytise catholique à Genève. — Exposition conforme aux Actes. — Archiv. etc., 29e vol., pp. 79 sqq., 30'- vol., pp. 41 sqq. — Beli.oc, Le cardinal Mermillod, Fribourg (S.),
vieille-catholique de Genève. Le conseil fédéral de Berne confia la paroisse schismatique de Saint-Pierre à l'apostat Herzog, originaire d'Oltene, plus tard évêque chrétien catholique de la Suisse entière. A Berne on ouvrit officiellement, le a3 novembre 1874, une Faculté de théologie chrétienne catholique. Elle comptait cinq professeurs et neuf auditeurs. Le docteur Friedrich fut invité à prononcer, le 11 décembre, solennellement, le discours d'ouverture (1). Cette nouvelle secte trouva quelque crédit dans d'autres cantons également, et ces Vieux-Catholiques ou Chrétiens- Catholiques, comme se nommaient les Vieux- Catholiques suisses, parvinrent même à former de nouveaux centres (2).
Mentionnons, en terminant, les débuts du Kulturkampf prussien. Il n'y a nul doute qu'il n'eût éclaté lors même que les décrets du 18 juillet n'eussent pas été publiés. Il n'est pas moins vrai que Bismarck, chef du ministère en Prusse, mit à profit, sans retard, la question de l'Infaillibilité quand il trouva qu'elle pouvait être exploitée pour ses desseins hostiles à l'Eglise. Dans sa fameuse dépêche du 20 juillet 1870, n'avait-il pas déclaré que la question de l'Infaillibilité ne l'intéressait pas pour le moment (3)? Il eût été, en effei, imprudent, au début de la guerre franco-allemande, aussi longtemps que la victoire était indécise, de blesser dans leurs droits les plus sacrés des centaines de mille de catholiques qui sacrifiaient, pour leur patrie, leurs biens et leur vie sur le champ de bataille comme au foj^er. Par contre, dès qu'il se vit assuré de la victoire, et premier chancelier du nouvel Empire allemand, il crut pouvoir se passer des catholiques qui avaient si bien rempli leurs devoirs.
La publication du dogme de l'Infaillibilité ne rencontra
M) Belloc, loc. cit., pp. Gol sq.
(2) Voir Kirchenlexlkon I (2f' édit ), pp. 652 sqq.
Cii Voir 3' vol., pp. 423 sq.
LES DÉBUTS DU KULTURKAMPF. M6* KKEMEXTZ 373
aucune opposition pendant les premiers mois de la guerre. L'action du gouvernement ne se dessina qu'au moment où plusieurs évoques se virent obligés de retirer la missio canonica des professeurs de théologie récalcitrants et finalement de les déclarer excommuniés.
Le ministre des cultes de Miïliler répondit, le 3o décembre 1870, à une plainte formulée par le « Sénat » de l'université de Bonn, et déclara qu'il avait déjà informé à plusieurs reprises Mgr l'archevêque de Cologne que ses procédés à l'égard / des professeurs avaient dépassé la sphère d'activité spirituelle (i), en exigeant d'eux, sous menace ■de mesures atteignant leur fonction officielle de professeur, la promesse de se conformer, dans l'exercice de l'enseignement, aux décisions du dernier Concile de Rome. Il ajoutait que les professeurs de la Faculté de théologie étaient uniquement tenus de se conformer au concile de Trente, et que ce statut ne pouvait pas être modifié sans le consentement de l'État. Le Sénat académique peut être persuadé que le gouvernement juge la situation juridique des professeurs de théologie dans leur enseignement officiel uniquement d'après les conventions légales et statutaires sanctionnées par l'Etat (2). Les prêtres apostats pou raient donc garder leur place et faire leur cours devant quelques Vieux-Catholiques éventuels.
Le gouvernement prenait fait et cause à Breslau, comme à Bonn, pour les professeurs de théologie apostats. Le prince-évèque avait vainement demandé l'appui de l'Etat pour enlever leurs fonctions à plusieurs professeurs du Gymnase Saint-Mathias qui avaient publiquement protesté contre les décisions du Concile (3).
(1) Voir plus haut, p. 631.
(2) Friediîerg, Aktenstiïcke, etc., pp. 160 sq. — Siegfried, Aklenxtur-ke betreffend île» preussischen Kullurkampf (Frïbourg, 1882, n" 13).
(3) Friedberg, loc. ci!., p. 162.
Toutefois, ce n'étaient là que des préludes ; les relations entre l'État et l'évèque du diocèse d'Ermeland furent, dès le début, des plus tendues. Le conflit ' scolaire, dit de Braunsberg, y tint les esprits en suspens pendant plus d'un an et demi et aboutit finalement, pour le vaillant évêque, à la confiscation de ses revenus.
Le gouvernement provincial de Kœnigsberg prévenait, dès le 24 décembre 1870, le docteur Wollmann, professeur du cours de religion à Braunsberg, qu'il n'était pas tenu à se prononcer en faveur des décisions du Vatican (1). M61" Krementz, voyant que ses avertissements réitérés ne servaient à rien, lui 'retira la missio canonica (2), le Ier avril 1871. Le ministre des cultes ne voulut reconnaître aucune espèce de valeur à cette mesure prise par l'évèque (3). Pour mettre fin au scandale, l'évèque avait proposé de nommer à ses frais un autre professeur catholique (4)./ Le ministre s'y refusa net et imposa, de plus, au prêtre apostat l'obligation de continuer au Gymnasium son cours de religion (5).
M-1' Krementz adressa vainement deux mémoires, l'un au conseil scolaire de la province, l'autre au ministre (6), établissant qu'il n'y avait pas seulement une violation flagrante de la liberté de conscience, mais, de plus, une grave atteinte aux droits civiques des catholiques, si une autorité autre que l'autorité compétente de l'Eglise avait à se prononcer sur le fond même religieux, c'est-à-dire sur la catholicité d'un cours de religion, ou si elle se permettait, contrairement aux ordres de l'évèque, de l'imposer à des catholiques dans une institution catholique légalement reconnue telle. M. de Mûhler s'en
(1) SlEGFRIEI», /oc. cit.. 11° 16.
(2) Ibid., n<> 17.
(3) Ibid., n" 18.
(4) 5 avril. — Ibid., n° 19.
(5) 11 et 20 avril. — Ibid., n"> 20, 21.
(6) 21 avril.— Ibid., n» 22.
LES DEBUTS DU KULTURKAMPF. Msr KREMENTZ 377
tint à la décision du 29 juin, déclarant que le professeur Wollmami continuerait à enseigner la doctrine qu'il avait enseignée avant le iS juillet "1870 avec l'agrément de l'Eglise, qu'il n'y avait aucun motif pour l'obliger à modifier son enseignement, pour l'inquiéter dans ses fonctions de professeur, parce qu'il se refusait à le faire. Le ministre ajoutait qu'il y avait obligation, pour les élèves catholiques du Gymnasium de Braunsberg, d'assister au cours de religion du D1" Wollmann et que ceux qui s'y refuseraient seraient exclus de l'établissement (1). La réplique de l'évêque ne se fit pas attendre (2). La question de droit y était particulièrement traitée et de façon convaincante. Le ministre n'en tint pas compte, et essaya de justifier son attitude en ces termes significatifs : « Les évoques catholiques d'Allemagne savaient, et ils l'ont plusieurs fois reconnu avant les décisions du concile du Vatican, que ces décisions seraient pour l'Allemagne un sujet de complications entre l'Etat et l'Eglise. Cet avertissement pourtant si autorisé n'a pas été pris en considération en haut lieu. Après la rédaction et la promulgation des décrets du Concile, et après que même ces évêques, qui avaient prévu ce résultat, se sont imposé le devoir de faire exécuter absolument ces décrets, il ne faut rien espérer de bon de ces débats (3). »
Le conflit scolaire de Eraunsberg n'en avait pas été moins discuté et exploité en / bien des manières par les feuilles publiques et surtout par les feuilles libérales. Il fit partout, mais principalement dans les milieux plus directement intéressés, grande sensation. L'évêque d'Ermeland, avant de pouvoir revenir sur les remarques perfides du ministre des cultes, se crut obligé de composer, le 20 juillet 1871 (4), une
(1) Ibid , n<> 23.
(2) 9 juillet. — Ibid., ii" 24.
(3) Ibid., n" 2o.
(A) SlEGFKIF.D, hc. Cit., 11° 2(3.
lettre pastorale, dans laquelle il établissait clairement que le décret ministériel du 26 juin 1871 était essentiellement dirigé contre la situation juridique de l'Eglise catholique en Prusse, situation fondée sur la nature de la constitution, et garantie par des stipulations légales et par des contrats spéciaux avec l'Etat. L'évèquc se plaignait de ce que : i° le ministre lésait la liberté et l'autonomie de l'Eglise catholique en matière de foi, 2° faisait violence à la conscience des catholiques, ce qui est contraire à la loi, et 3° portait atteinte aux droits des catholiques en Prusse au sujet des établissements d'enseignement qui leur étaient réservés.
« Ce n'est pas l'Etat, disait M** Krementz, ce sont les évoques, que Notre-Seigneur a chargés d'enseigner les dogmes; c'est lui qui les a établis juges en ces conflits religieux, c'est à eux que sont confiées, dans leurs diocèses, la surveillance générale et la haute direction de la vie chrétienne. Ce principe, fondé sur le droit divin, est aussi reconnu par les pouvoirs législatifs, et notamment par le code prussien, si bien que la lettre ministérielle du 16 avril 1849 célébrait en ces termes la fidélité à ce principe en Prusse : « Les auto- 3) rites de l'Etat ne se sont jamais attribué le droit soit de » casser une décision prise par un évêque en vertu de ses » pouvoirs de surveillance ou de ses pouvoirs disciplinaires, :» soit d'en appeler à une juridiction supérieure pour recon- » naîlre le bien fondé de ses arrêtés. » Si donc, d'après la lettre ministérielle du 29 juin 1871, le jugement par lequel j'ai condamné l'enseignement du D1 AVollmann au Gymnasium de Braunsberg comme non catholique, est cassé sans recourir à l'unique juridiction compétente; si les idées de ce professeur, si directement opposées aux décisions doctrinales du magistère légitime, sont déclarées légales; si on oblige tous les élèves à assister au cours de religion de ce prêtre apostat, alors l'Etat se prononce, de fait, en dernière instance contre un jugement porté par moi en matière de foi./
LES DEBUTS DU KULTURKAMPF. Mgr KREMENTZ 379
L'Etat empiète donc sur le domaine spirituel de l'Eglise en exerçant un pouvoir de surveillance et un pouvoir disciplinaire, pouvoir qui, d'après les arrêtés légaux, n'appartient qu'aux évèques de l'Eglise catholique. L'Etat se substitue ainsi à l'autorité de l'Eglise pour décider en matière de foi...
» Ces attaques contre la foi paraissent encore plus pénibles par suite de l'ordre contenu dans la circulaire, en vertu duquel les élèves catholiques, qui désirent fréquenter les cours du Gymnasiuin de Braunsberg, sont tenus d'assister au cours du Dr Wollmann. Cette décision est une contrainte formellement opposée à la loi, un attentat à la liberté de conscience, solennellement garantie aux catholiques en Prusse ». Après l'avoir démontré en détail, l'évèque en appelait, en outre, dans le troisième point de sa lettre pastorale, au fait que le Gymnasium de Braunsberg était, de par sa fondation, une institution catholique. Le déplacement d'un professeur apostat s'imposait donc. Sa lettre continue en ces termes :
« Bien-aimés en Notre Seigneur, ayant à plusieurs reprises, depuis le 8 décembre 1870, en des lettres où je tenais compte de ses difficultés, invité le Dr Wollmann à revenir à une autre attitude, lui ayant fixé après un dernier avertissement paternel, le 14 juin, un dernier délai de dix jours pour se soumettre aux décisions du concile du Vatican, puisque tous les efforts et les demandes demeuraient inutiles, et qu'au contraire son esprit et ses procédés décidément schismatiques se révélaient en lui, je me vis, après une réponse négative du 24 juin, dans la douloureuse nécessité de déclarer, le 4 juillet, qu'il avait encouru l'excommunication majeure lancée par le concile du Vatican. Ce jugement sera publié officiellement le 3o juillet. Le Dr Wollmann n'appartient plus à l'Eglise catholique. Il en a été exclu pour avoir opiniâtrement et librement nié son autorité, et rejeté les décisions doctrinales. Cette exclusion a été constatée et proclamée officielle-
ment. Des parents catholiques ne peuvent donc, sans manquer gravement à leur devoir, envoyer leurs enfants au cours de religion fait par un prêtre excommunié. Des élèves catholiques ne peuvent plus, sans commettre une faute grave et sans s'exposer aux peines ecclésiastiques édictées, fréquenter ce cours de religion./
» Cette décision du ministre leur demande de sacrifier leur foi et leur conscience à une exigence illégale ! En vérité, la circulaire attriste tous ceux qui aiment vraiment leur pays; elle a douloureusement affecté des millions de fidèles sujets catholiques. Elle nous attaque daus ce que nous avons de plus noble et de plus cher, dans notre sainte foi. Elle méconnaît les principes admis jusqu'ici en Prusse dans les questions confessionnelles ; elle viole les lois existantes, les droits naturels et légalement garantis des catholiques de Prusse ; elle est un premier pas néfaste dans une voie désastreuse. »
L'évèque demandait enfin à ses diocésains de recourir à tous les moyens pour écarter les dangers dont leur foi était menacée : « Adressez- vous à tous les tribunaux pour vous plaindre de la violation de vos droits et des atteintes portées contre votre liberté de religion et votre liberté de conscience. On ne saurait nous refuser, à nous catholiques, ce qui est accordé aux juifs et aux dissidents, qu'on n'oblige pas à fréquenter, dans les écoles publiques, un cours d'instruction religieuse en opposition avec leurs convictions. »
La décision du 9 juin offrait, en effet, aux catholiques de si tristes perspectives au sujet de la liberté de leurs pratiques religieuses, que les évèques de Prusse, réunis à Fulda, résolurent de s'adresser directement au roi pour solliciter sa haute protection (1). Ils rédigèrent donc, le 7 septembre
(1) 18 octobre. — Ibid., n" -29.
LES DÉBITS DU KULTURKAMPF. L'ADRESSE DES É VÈQUES AU ROI 3Sd
[871, un mémoire adressé directement au souverain, signé par tous les évêques du royaume et dans lequel on priait Sa Majesté Impériale et Royale, avec les marques du plus profond respect, de prononcer une parole de sagesse et de justice pour supprimer les décisions survenues. Ils avaient ajouté au mémoire un appendice, dans lequel ils exposaient les principes et le point de vue catholiques de la question en litige avec une grande objectivité; les évêques crurent, en effet, qu'une connaissance claire des principes essentiels de la foi et de la vie de l'Eglise, une appréciation équitable de l'ordre religieux et moral, de son organisation et des immuables fondements de son droit pourraient encore amener facilement la fin de ce conflit.
Mais le monarque, mal conseillé par son chancelier, communiqua au président de l'assemblée de Fulda, MKr Melchers, archevêque de / Cologne, une décision très défavorable.
« Après que les évêques de l'Église catholique, dit-il, et surtout Sa Sainteté le Pape, ont toujours reconnu, jusqu'à présent, que l'Eglise catholique occupe en Prusse une position qu'on trouverait difficilement dans un autre pays, j'ai été étonné de voir dans une requête d'évêques prussiens l'approbation du langage par lequel on a essaj'é, dans les journaux et au Parlement, d'ébranler la confiance justifiée que mes sujets catholiques ont jusqu'ici témoignée à mon gouvernement. » Le ministre des cultes (1) répondit au mémoire, en essayant de montrer, dans la procédure du Concile au sujet de la déclaration de l'Infaillibilité, « une contradiction logique »; pour le reste, il maintint ses dispositions précédentes. Une requête directe de Mgr Krementz (2) n'eut pas plus de succès (3).
(1) 25 novembre. — Ibid., n° 32.
(2) 8 octobre. — Ibid., no 30.
(3; Ibid., no 31.
La position devint plus difficile lorsque, le 22 janvier 1872, après la retraite de M. de Miïhler. un autre personnage, obéissant en tout au prince de Bismarck, le Dr Falk, fut chargé du ministère des cultes. Il ordonna à l'évêque (1) de retirer aussitôt l'excommunication prononcée contre le Dr Wollmann. « L'autorité épiscopale qui l'avait lancée, avait outrepassé les limites tracées par le droit civil de Prusse. » Si l'évêque ne mettait fin, par une mesure appropriée, à cette opposition aux lois du pays, et. s'il n'en informait pas aussitôt ses diocésains, le gouvernement royal se verrait obligé « de regarder la reconnaissance accordée par l'État à Votre Grandeur, en qualité d'évêque d'Ermeland, comme non avenue, à cause de la manière d'agir de Votre Grandeur, et de ne plus continuer les rapports officiels qu'il entretenait avec Votre Grandeur dans le gouvernement de son diocèse. »
La fin de cette longue correspondance, qui se rattache à cette sommation (2), et à laquelle Bismarck aussi prit une part personnelle, fut la suppression des revenus prononcée, le -25 septembre 1872, contre M-1 Krementz.Dans ce décret (3), le ministre se vit bien obligé de reconnaître, plusieurs fois, les avances considérables de l'évêque, qui finalement devait obéir à Dieu plus qu'aux /hommes; il conclut cependant: « Le gouvernement ne peut plus prendre sur lui la responsabilité de ce que, sur les fonds de l'État, aux lois duquel vous ne voulez pas vous soumettre sans condition, on vous fournisse le payement nécessaire à votre entretien... Le gouvernement royal suspendra donc, pour le moment, le payement ordinaire. Le président supérieur de la province de Prusse a été chargé de l'exécution de cet ordre. » C'est ainsi que
(I) H mars 1872. — Ibid., n"60.
(-2) Ibid., nos 61-73.
(3) Ibid., no 74.
LES DEBITS DU KULTURKAMPF 383
l'illustre évêquc d'Ermcland est devenu une des premières victimes du Kulturkampf. Précédemment, l'aumônier catholique en chef de l'armée, M8* Namszanowsky, avait perdu, pour son attachement loyal aux lois de l'Eglise, sa charge et son revenu. Lorsque le général commandant la place de Cologne eut accordé aux Vieux-Catholiques l'usage de l'église de la garnison, Saint-Pantaléon, Mgr Namszanowsky défendit naturellement de célébrer à l'avenir les fêtes du culte catholique dans cette église. Il maintint sa défense malgré tous les ordres et les menaces du ministre de la guerre, le comte de Roon. Aussi fut-il suspendu (i) de ses fonctions le 28 mai 1872; lei5 mars de l'année suivante, un décret royal déclara que l'aumônerie militaire catholique était abolie jusqu'à nouvel ordre (2).
Enfin, il faut noter que l'abolition de la division catholique au ministère des cultes de Prusse, le 8 juillet 1871, fut motivée par le fait de la promulgation du dogme de l'Infaillibilité. On lit dans les motifs (3) du susdit ordre royal : « Le gouvernement avait, déjà depuis un certain nombre d'années, pris en considération l'opportunité d'un changement dans la division catholique du ministère des cultes. Les premières considérations n'avaient pas encore amené de conclusion décisive, mais ce qui se passe maintenant dans l'Eglise catholique rend cette mesure nécessaire. Par les décisions du Concile de Eome de l'année dernière, les rapports entre l'Église catholique et l'État ont été changés d'une manière si substantielle, des agitations et des divisions si violentes ont été provoquées même parmi la population catholique, que le gouvernement se trouve pressé plus vivement que jamais de veiller à ce que les principes du droit civil soient
(1) Siegfried, loc. cit., n° 57.
(2) Ibid.,n°58.
(3) Du 30 juin 1871.
[TCO]
appliqués exclusivement et sans aucune restriction / dans les affaires catholiques. Dans l'Eglise catholique et hors d'elle, on avait prévu et prédit que le Concile de Rome aurait ces suites. La doctrine de l'Infaillibilité pontificale présente en elle-même le danger que le siège de Rome ne. renouvelle, en temps opportun, sa prétention de soumettre les Etats à sa domination, qui s'étend sur le temporel et sur la politique. De plus, dans le Syllabus, qui a été définitivement approuvé au Concile, se trouvent des interprétations et des doctrines dont la mise en pratique par l'Eglise catholique conduirait nécessairement à l'ébranlement de tout le pouvoir temporel de l'Etat (i). »
Le dogme de l'Infaillibilité était donc devenu, dans tous les pays de l'Allemagne, le signal de la guerre Avec un zèle digne d'une meilleure cause, les gouvernements saisiren l'occasion de régler une bonne fois leurs comptes avec l'Eglise catholique et de l'asservir, autant que possible, à la puissance de l'État. Si ce plan a échoué, l'Eglise catholique doit l'attribuer, après la protection divine, au courage décide de ses évèques, et à la fidélité inébranlable avec laquelle le clergé et le peuple ont reçu leurs décisions et se sont, malgré toutes les tracasseries et toutes les persécutions, fermement attachés à la foi qu'on leur annonçait. /
( I ) Siegfried (/oc. cit., n° 38) n'a que les ordres de suspension. Les motifs do ces suspensions se trouvent dans : Schclte-Erwitte, Geschiclde des Kullurkampfes in Preussen (Essen, 1882), p. 99 sqq. — Comparer C. Y.. 1611 d.