‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 4)Chapitre 117 sur 129 · LA QUESTION DE L'INFAILLIBILITE · texte numérisé non relu

LA QUESTION DE L'INFAILLIBILITE

religieuse de la plupart des catholiques. Il en résulta, pour les gardiens assemblés de la vérité révélée, i'impérieux devoir d'aborder, eux aussi, et directement cette question, et de mettre fin, une fois pour toutes, par leur décision suprême, au trouble profond des âmes et au péril croissant

des fidèles.

L'article de la Civiltà, dont il a été souvent question et sur lequel, au dedans et au dehors du Concile, les Pères de la Minorité rejetèrent si volontiers toute la responsabilité delà lutte de l'Infaillibilité, parut lorsque l'action était déjà engagée. On ne peut le nier toutefois, cet article, et plus encore ceux de l'Univers, parfois assez exaltés, apportèrent au feu de la discussion de nouveaux aliments et contribuèrent, en tout cas, à « manifester les pensées de bien des cœurs ».

Quand donc, au début de décembre 1869, les évêques arrivèrent à Rome, il était clair pour tous que cette grosse question, bien qu'elle manquât au programme tracé par le Pape, ne pourrait pas être longtemps évitée. Mer Dechamps, qui fit, le jour de Noël, la première proposition de la définition de l'Infaillibilité, n'avait point à craindre d'être contredit, surtout s'il apportait comme raison que les doctrines opposées étaient maintenant criées sur les toits. La Majorité des Pères pensait comme lui : ils l'exprimèrent clairement dans leur pétition publique lancée le 3o décembre.

Mais, au début, la Majorité n'était pas encore très grande. Pie IX avait bien, de très bonne heure, fait connaître son sentiment en faveur de la définition, / mais aux efforts de la Majorité s'opposaient des obstacles qui, pour un temps, devaient paraître insurmontables.

A toute une série d'évêques frauçais, allemands et autrichiens, les troubles survenus dans leurs pays au sujet de l'Infaillibilité avaient produit une impression tout à fait défavorable. Ces membres du Concile en avaient été ou plus affermis dans leur antipathie déjà existante contre la défini*

tion, ou tout au moins remplis d'une telle crainte en songeant aux funestes suites qu'elle pourrait avoir, à l'apostasie de catholiques douteux, à l'indignation des membres de sectes se rapprochant ou non de l'Eglise catholique, aux mesures que prendraient les gouvernements, etc., qu'ils étaient déterminés à faire opposition par tous les moyens aux projets des autres évêqu es.

Tandis que les membres de la Majorité se fiaient à leurs bons arguments et à leur nombre, les évoques de la Minorité employaient plus que de raison — l'observateur impartial ne pouvait s'empêcher de le constater — toutes les finesses dont l'opposition parlementaire des temps modernes, a coutume de se servir pour faire échec à des mesures désagréables. En écartant dans les élections les membres de la Majorité, par des débats continuels sur l'ordre du jour, par des discours sans nombre et sans fin sur des matières épuisées, par des amendements et des rectifications multipliées, par des protestations toujours répétées contre une direction des débats qu'on prétendait partiale pour la Majorité, ils essayèrent de prolonger la discussion jusqu'à ce que les circonstances empêchassent de prendre une décision valide. Leurs écrits, souvent anonymes, s'efforçaient d'inspirer à leurs collègues, amis de la définition, un doute sur la vérité de la doctrine en question, ou même des scrupules sur la légitimité de leur préférence. Quelques adversaires de la définition ne se montreraient-ils pas portés à reconnaître aux gouvernements le pouvoir d'entreprendre sur la liberté du Concile? L'un ou l'autre d'entre eux ne violerait-il pas le secret conciliaire et ne se laisserait-il pas aller à communiquer le sujet des discussions aux ennemis du dehors, leur fournissant ainsi une matière propice à des attaques, à des calomnies et à des excitations nouvelles ?

Heureusement, ces divergences demeurèrent sans effet immédiat sur la marche / du synode. Les Lettres romaines

Page 1