BELLARMIN ET LA DOCTRINE DU SCHEMA M
Bellarmin distingue le Pape personne ou docteur privé, du Pape seul. Il considère le Pape seul comme personne publique, s'acquittant de sa charge publique, mais sans ses conseillers, sans les évêques, sans les autres docteurs, comme dit le schéma. Dans cette hypothèse il n'y a plus que quatre opinions différentes. La première est hérétique ; elle affirme que le Pape pourrait enseigner une hérésie, même s'il publiait une décision avec un concile œcuménique.
La seconde opinion dit que le Pape ne serait infaillible qu'avec un concile œcuménique. Cette opinion, Bellarmin l'appelle non pas proprement hérétique, mais tout à fait fausse et presque hérétique.
La troisième opinion est que le Pape, en aucune circonstance, ne pourrait être hérétique, ni professer publiquement une hérésie, même s'il publiait seul une définition. Cette opinion se trouve, selon Bellarmin, à l'autre extrême, puisqu'elle attribue au Pape l'Infaillibilité, même lorsqu'il définit seul une doctrine, alors que l'opinion précédente (la seconde) restreint son Infaillibilité au cas d'un concile œcuménique. Et cette troisième opinion est la doctrine du schéma, dans lequel le Pape est considéré comme personne publique, mais définissant seul et sans les / autres évêques et docteurs. Bellarmin appelle cette opinion probable, et non sûre. Il appelle « commune à presque tous les catholiques » la quatrième, qu'il tient lui-même. Il ne marque pas avec précision les limites de cette opinion, mais il dit qu'elle tient à peu près le milieu entre la deuxième et la troisième. Avec la seconde, elle refuse au Pape l'Infaillibilité quand il fait une définition en dehors du concile général ; avec la troisième, elle lui reconnaît l'Infaillibilité, même s'il définit seul. » (i)
(1) Cutn secundo, sententia summo Pontifiai extra Concilium générale definienti omne judicium infallibile denegal, et cum tertia sententia eidem infallibilitateni adscribit, etiarnsi soins rem aliquam définit. (IV a, 542.)
Dans cet exposé, la doctrine de Bellarmin doit paraître — ce qu'elle n'est pas en l'ait — sinon pleine de contradictions, du moins peu claire, surtout en ce qui concerne la quatrième opinion. L'orateur s'est trompé tout au début ; il a cru que Bellarmin excluait désormais le Pape, docteur privé, de la «. considération » et n'appliquait qu'aux trois autres « manières de considérer » le Pape comme personne publique, les quatre opinions différentes qu'il cite. Or il n'en est pas ainsi. Selon le texte exact de Bellarmin, les quatre opinions différentes se rapportent au Pape personne privée comme au Pape personne publique. Ce qui a causé l'erreur de de Ketteler estévidemment cette circonstance, que Bellarmin, avant d'exposer les quatre opinions, met en relief les points d'accord des catholiques et des hérétiques, ou, du moins, des catholiques entre eux. Il fait remarquer que les catholiques admettent tous que le Pape, personne privée, peut se tromper, mais il ajoute aussitôt : « par ignorance » (e.v ignorantia), ce qui manque dans la citation de de Ketteler, afin d'exclure la ma/a fuies qui ferait du Pape un hérétique. Tous les catholiques n'admettent pas que le Pape puisse devenir réellement hérétique avec mala fides, comme le dit la troi sième opinion, mal comprise par de Ketteler. Si Mgrde Ketteler n'avait pas commis l'erreur signalée plus haut,/ il n'aurait pas trouvé d'obscurité dans les troisième et quatrième opinions. «La troisième opinion, dit Bellarmin (i\ tient l'autre extrême, elle prétend que le Pape ne peut d'aucune façon devenir hérétique ou enseigner publiquement l'hérésie, même s'il définit seul. » « La quatrième opinion tient, pour
(1) Terlia sententia est in alio extremo, Ponlificem non posse ullo modo esse hœreticum, nre docere posse publiée hœresim, etiamsisolus rem aiiquam definiat. (De Rom. l'ont . 1. i cap. 2), Cf. la thèse du chap. 6 \hid. Probabile est pieque credi potest, summum Pontifîcem non sohun ut Pontificem en-are hou posse, sed etiam ut partieu- Iqrem personam hcereticum esse non posse, falsum aliquid contra /'idem pertinaciter credendo.