L OPPORTUNITE DE LA DEFINITION
ainsi dire, le milieu, elle prétend que le Pape, qu'il puisse ou non devenir hérétique, ne peut absolument pas définir comme devant être crue par toute l'Eglise une proposition hérétique. C'est l'opinion commune de presque tous les catholiques (l).» C'est aussi, ajoutons-nous, l'opinion exposée dans le schéma.
Mgr Lacarrière, ancien évèque de la Guadeloupe, parla ensuite ; il prit nettement parti pour le schéma (2). NN. SS. Lacroix, de Bayonne, et Ullathorne, de Birmingham, se désistèrent. Ainsi se termina la 77e Congrégation générale.
Jetons maintenant un regard sur l'ensemble des débats.
Le plus grand nombre des Pères qui s'étaient, dès le début, déclarés partisans de la définition, ne doutaient pas que le Concile n'y procédât. / Deux questions étaient à examiner : i° La doctrine était-elle vraie et révélée? 20 La définition en est-elle opportune? On avait déjà beaucoup (3) discuté et beaucoup écrit (4) sur la seconde, et il était maintenant humainement certain qu'aucune suite fâcheuse n'était à craindre. On pouvait seulement redouter des difficultés pour l'acceptation de la définition en Allemagne et la défection de quelques catholiques libéraux. L'opinion catholique était favorable à la définition dans les autres pays chrétiens, même en France, bien qu'il s'y manifestât, dans certains milieux, une violente aversion pour la définition. Les Pères
(1) Quarta sententia est quodammodo in medio, Pontificcm, sive haereticus esse possit sive non, non passe ullo modo definire aliquid hœreticum a tota Kcclesia credendxim. Hœe est commun! ssim<t opinio fere omnium catholieorutn, (Ibid. cap. 2). Il s'agit bien ici du Pape définissant seul, sans les ëvêques, comme le prouve l'objection suivante et la réponse qui y est faite : .S/ quis autem prtrret, an Pontifex erraret si femere defïniret ?... Sine dubio... omnes responderent, non fïcri posse, ut Pontifex temere definiat; qui enijn promisit finem, sine dubio promisit ei média, quœad eum finem obtinendnm necessaria sunt. (Ibid.)
(2) Acta, etc., IV a, 544 sqq.
(3) Voir pp. 213 sqq.
(•4) Voir pp. 14 sqq., cf. 2mc vol. pp. 333 sqq.
devaient peser le danger de schisme. Mais les attaques dirigées contre l'Infaillibilité pontificale étaient un argument puissant en faveur non seulement de son opportunité, mais de sa nécessité. Si la doctrine était vraiment révélée, le Concile devait la défendre ; il devait protéger les chrétiens contre ceux qui voulaient leur enlever cette vérité révélée. Les adversaires de l'Infaillibilité voulaient rendre cette doctrine odieuse; ils employaient pour cela tous les moyens, mensonges, fausses interprétations, mépris, raillerie. Qu'arriverait-il si les fidèles n'étaient pas mis en garde et si cette doctrine ne leur était pas présentée comme un dogme par le magistère suprême ?
Le Concile n'avait donc plus qu'une question à résoudre : Cette doctrine était-elle une vérité révélée ? Il y avait longtemps qu'elle était résolue pour la plupart des Pères; il fallait cependant la discuter en Concile; les débats mettraient mieux en lumière l'Infaillibilité pontificale.
L'argumentation claire, confiante, inébranlable des défenseurs avait obtenu ce résultat, aussi bien que l'attaque incertaine et l'argumentation visiblement insoutenable de ceux qui s'opposaient à la définition et élevaient des doutes sur le caractère révélé de cette doctrine./ On ne pouvait pas s'attendre à modifier l'opinion des adversaires. Il est, en effet, très difficile pour un homme mûr de renoncer aux opinions de toute sa vie, qu'il a lui-même défendues avec ardeur, et d'adopter les opinions contraires, même si de bonnes raisons sont mises en avant. L'archevêque Landriot (i) qui déclara qu'il tenait pour vraie la doctrine de l'Infaillibilité et ne voulait pas l'attaquer dans son discours, l'avait peut-être bien admise auparavant; peut-être n'avait-il attaqué que l'opportunité de la définition. L'évêque Whelan (2), au
Cl) Voir pp. 499 sq.
(-2) Voir pp. 41-2 sq.