DISCOURS DU CARDINAL RAUSCHER
en aucune façon de ce qu'ont décidé les Pères. Elle ne peut passer, la parole de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui / a dit : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise »; et les événements la confirment, car dans le Siège Apostolique la religion catholique a toujours été conservée sans tache, et la doctrine sainte a été professée ; et les fidèles du Christ doivent suivre en tout ce Siège Apostolique, afin de mériter d'être en communion avec ce même Siège, sur lequel réside l'entière et véritable solidité de la religion chrétienne. »
La première partie de cette formule rapporte le fait que le Siège apostolique n'est jamais tombé dans l'erreur sur une vérité de foi. Elle ajoute que ce fait n'est pas dû au hasard; il vient de ce que les évêques de Rome ont reçu, dans la personne du premier de leurs prédécesseurs, le privilège d'une fermeté semblable à celle du rocher. La seconde partie montre mieux encore que ce Siège est le fondement de l'Infaillibilité de l'Eglise.
Mgr Rauscher développe l'idée que la première partie de cette formule se rapporte au passé. La seconde est une conséquence de la première ; on concédera cependant sans peine qu'elle a aussi en vue l'avenir. Tout catholique doit tenir fermement qu'il ne peut arriver au Siège de Pierre ce qui est malheureusement arrivé à tant d'autres églises apostoliques, et que les successeurs du Prince des Apôtres rempliront jusqu'à la fin des temps leur charge de maintenir la foi et de confirmer leurs frères. Tous les Pères du Concile du Vatican l'admettent, sans croire cependant que, dans toute la série des Papes, aucun n'ait manqué à son devoir. Honorius,que ses successeurs mêmes ont frappé d'anathème, n'a pas défendu la vraie foi, pas plus qu'Etienne III et Sergius III qui ont fait réitérer les ordres à des personnes déjà ordonnées.
Le cardinal cherche ensuite à prouver que les Pères du VIIIe Concile, tout en adoptant la formule d'Hormisdas, ne pensaient pas que les Papes ne pouvaient pas errer A cette
fin, il s'efforça de prouver qu'à cette époque, l'Infaillibilité des Papes n'était généralement pas admise. Le pape Vigile condamna tout d'abord les Trois Chapitres dans lejudicatum; puis, ayant rencontré de vives oppositions dans les limites du patriarcat romain et ayant été accusé de trahison, il interdit dans le Constitutiim de condamner les Trois Chapitres, et finalement, comme le concile de Constantinople ne tenait aucun compte du Constitutum, revint au Juciieatum; cette inconstance amena beaucoup d'Eglises occidentales, comme les provinces de Milan et Aquilée, qui comprenaient alors presque tonte la haute Italie, à se séparer de Rome. Les évêques de la Toscane abandonnèrent aussi la communion de Rome. Les habitants de la Gaule, l'irlandais Colomban et, avec eux, les Eglises d'Espagne crurent que Rome avait terni la pureté de la foi. Ils ne croyaient donc pas à l'Infaillibilité du Pape. Les actes du VIe Concile prouvent de même que les évêques ne se regardaient pas comme liés à une doctrine par une définition papale, car ils soumirent à leur examen une lettre du Pape. Après ces recherches étendues, conclut Mgr Rauscher, il est clair que les Pères du VIIIe Concile, en adoptant la formule d'Hormisdas, ne voulaient pas professer la doctrine de l'Infaillibilité du Pape.
Msr Rauscher avait introduit dans son discours l'exposé de la conduite du pape Vigile, non seulement pour expliquer la pensée des Fères du VIIIe Concile, mais, évidemment, aussi comme un argument indépendant contre l'Infaillibilité pontificale. Le cardinal Cullen y répondit dans la Congrégation générale qui suivit, en rapportant la série des événements :
L'empereur Justinien, qui n'aimait que trop à se mêler des choses de l'Eglise, invita le pape Vigile à Constantinople et lui demanda la convocation d'un Concile pour la condamnation des Trois Chapitres, c'est-à-dire la condamnation de
(1) 73e Congrégation générale (18 juin), Acta, etc., IV a, 348 sqq.