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d 10 HISTOIRE DU CONCILE DU VATICAN
pas comment llnfailibilité peut être communiquée. La vraie raison pour laquelle les évêques, même réunis en concile, ne sont pas infaillibles sans le Pape, est que Jésus-Christ n'a promis cette Infaillibilité qu'au magistère entier de l'Eglise, c'est-à-dire aux Apôtres dans leur union avec Pierre, lorsqu'il a dit : Je suis avec vous jusqu'à la fin des temps. Voilà pourquoi les évêques ne peuvent rien sans le Pape. Mais peut-on renverser la proposition, et soutenir que le Pape ne peut rien sans les évêques? Non ; car Jésus Christ a dit à Pierre seul : Tu es Pierre. J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas.
» On invoque un troisième axiome : « L'accord des Eglises est une règle de foi, que le Pape même doit prendre pour ligne de conduite. Il doit donc, avant une définition, interroger les pasteurs de l'Eglise pour être assuré de l'accord des Eglises / ».
» Je réponds : Il est vrai que l'accord de tout le magistère présent forme aussi une règle de foi pour les définitions du Pape. Mais on ne peut aucunement en déduire la nécessité rigoureuse et absolue de constater cet accord par la consultation des évêques. Cet accord peut être prouvé, très souvent, par des témoignages clairs et évidents de l'Ecriture sainte, par l'accord de l'antiquité, c'est-à-dire des saints Pères, par l'enseignement des théologiens, ou de toute autre manière particulière, et tout cela suffit pour une information complète. Il ne faut pas oublier non plus que le Pape a à sa disposition la tradition de l'Eglise romaine, où l'erreur n'a jamais eu accès et avec laquelle, à cause de sa prééminence particulière, toute autre Eglise doit être d'accord. 11 peut certes se présenter un cas si difficile que le Pape juge nécessaire de consulter les évêques, comme il est arrivé pour la définition du dogme de l'Immaculée Conception; mais un cas de ce genre ne saurait être érigé en règle générale. Du reste, il faut bien remarquer, ce que chacun sait, que la
Mgr GASSER I L INFAILLIBILITE ABSOLUE 111
règle de foi touchant l'accord des Eglises n'a de valeur que dans le sens positif, et non pas dans le sens négatif, c'est-àdire que tout ce que l'Eglise entière, dans son enseignement actuel, accepte et honore comme révélé, est véritablement catholique. Mais que faire lorsque entre les Eglises particulières on voit s'élever une différence d'opinion ou des discussions sur une question de foi ? Il faut, selon l'expression de Vincent de JLérins, revenir à l'accord de l'antiquité, c'est-àdire à l'Ecriture sainte et aux Pères, et, par l'accord de l'antiquité, mettre fin à la division présente. Or, comme vous le savez, les décisions dogmatiques du Pape sont occasionnées surtout par de semblables controverses. Pour les terminer, le Pape doit donc principalement recourir à l'Ecriture sainte, aux saints Pères , aux docteurs de l'Eglise et à la tradition de l'Eglise romaine.
» L'assertion que le Pape, dans ses décisions dogmatiques, dépend entièrement de la coopération et de l'assentiment exprimé des évèques, conduit à l'arbitraire ou à l'anéantissement de toute l'Infaillibilité pontificale. Il est arbitraire de réclamer l'assentiment d'une partie plus ou moins grande de l'épiscopat. Car, qui fixera le nombre? Qui fera le choix, puisque les évêques, soas ce rapport, / sont tous égaux, et que l'assentiment de quelques-uns ne peut faire préjuger à coup sûr de la décision des autres? Ce système arbitraire, surtout lorsqu'il s'agit d'un assentiment supplémentaire, tacite ou verbal, produit des anxiétés, des désordres et des scandales innombrables, comme l'atteste l'histoire. C'en est assez sur ce sujet. Mais si l'assentiment de toute l'Eglise était exigé, cela équivaudrait à la destruction entière de l'Infaillibilité pontificale. Il n'y aurait, alors, en réalité, qu'une seule Infaillibilité, celle du magistère entier de l'Eglise. Mais, dans ce cas, les décisions du Pape peuvent et doivent être réformées par un Concile œcuménique, aussi longtemps que l'assentiment de l'Eglise n'a pas été exprimé
d'une manière incontestable. Le Pape n'est alors infaillible que dans son union avec le Concile œcuménique. Et dans le Concile œcuménique, il ne pourra confirmer que les décrets qui auront obtenu l'assentiment de la majorité des évoques ou plutôt de l'unanimité des évoques. Mais quand les évêqucs ne sont pas d'accord? Alors, c'en est fait du jugement de l'Eglise, c'en est fait de l'Eglise elle-même, qui cependant, selon l'Apôtre, doit être la colonne et le fondement de la vérité. »
Pendant plus de deux heures, l'exposition de cette partie générale du rapport de Mgr" Gasser avait captivé l'attention. L'orateur, il est vrai, avait déjà répondu du même coup à un grand nombre de remarques faites et avait bien aplani les voies pour la discussion des autres propositions, à laquelle il passa dans la partie spéciale.
Après la discussion des vingt premières propositions d'amendement (i), on procéda à un vote, dans lequel les Pères, à peu d'exceptions près, se rangèrent à l'opinion de la Députation de la Foi (2).
Les propositions, de la cinquante-quatrième à la soixantequatorzième, avaient trait à l'Infaillibilité pontificale. C'était le point du schéma qui avait déjà fait naître dans la Députation de la Foi de vives discussions (3). Beaucoup de Pères maintenaient qu'on devait uniquement définir que l'étendue de l'Infaillibilité pontificale était la même que celle de l'Eglise. Lorsque Mgr Gasser fut arrivé à ces propositions, il déclara que la Députation de la Foi, après de longues discussions, était tombée d'accord sur une nouvelle formule, distribuée la veille aux membres du Concile. Celle-ci était, pour le fond, conforme à la soixante-huitième proposition (du car-
(1) C. V., iOOa-tiOa.
(2) Ilml. 758 c et 421 a sq.
(3) Voir pp. 123 sqq.. i2(i stjq.