CHAPITRE XIII
Vote sur l'ensemble du schéma. — Rapport de la Députation de la Foi. — Protestation contre les écrits hostiles au Concile.
Dans cette même 85e Congrégation générale du i3 juillet, dans laquelle eurent lieu les votes sur les troisième et quatrième chapitres, récemment retouchés, et sur les quatre canons, le schéma, dont les différentes parties avaient déjà été approuvées par les Pères, fat de nouveau, dans son ensemble, soumis à leur vote (i).
A ce dernier scrutin, les Pères ne donnèrent pas leur suffrage par assis et debout, mais tous furent appelés l'un après l'autre, et expiimèrent verbalement leur placet, ou leur non placet, ou encore leur placet juxta modum, c'està-dire un placet auquel était ajoutée une condition. Celui qui donnait un placet juxta modum présentait par écrit la condition à laquelle il attachait son placet (2). /
A la 85e Congrégation générale prirent part six cent un Pères, dont quatre cent cinquante et un votèrent placet, quatre-vingt-huit non placet et soixante-deux placet juxta modum. Il parut doncuneliste considérable de conditions (3).
(1) Acta, etc., IV h, 240 sqq.
(2) Décrétant 20 Febr. 1870, n. 14. C. V., 69b. (H) Acta, etc., IV b, 251 sqq. C. V., 432 a sqq.
LA MINORITÉ ET Mgr DARBOY 119
On peut s'étonner avec raison, qu'après des travaux si nombreux, il y ait eu encore tant de Pères qui, mécontents du texte de la constitution déjà tant de fois modifié, insistassent sur l'exécution de changements insignifiants. Plusieurs revinrent même sur des points qu'ils avaient déjà soutenus au début, et qui avaient été rejetés par l'ensemble des Pères. Le vote avait été plus favorable à la Minorité qu'elle n'avait •osé l'espérer. Elle se crut assez forte pour exprimer des réclamations à la direction du Concile. D'après une lettre écrite, le lendemain du vote, à Mgr Manning par le chargé d'affaires anglais Russell, Mgr Darboy alla trouver le cardinal Bilio pour lui dicter ses conditions. Il croyait pouvoir, avec ceux qui avaient mis une restriction à leur vote et les absents, réunir certainement cent quarante non placet. Les directeurs du Coucile paraissaient, en effet, disposés à céder autant que possible aux vœux de la Minorité pour arriver à l'unanimité des voix. Bien que cette unanimité ne fût point nécessaire elle était certainement très désirable, et il était à craindre qu'un grand scandale ne s'élevât dans l'Eglise si l'on ne contentait pas la Minorité. Russell dit dans la même lettre que Msr Darboy avait, dans l'assemblée des Pères de la Minorité, émis l'idée d'une protestation solennelle au cas où le synode n'accéderait pas à leurs propositions, et proclamerait le dogme dans la session solennelle. Les cent quarante, après avoir prononcé leur 22on placet, devaient déclarer qu'ils ne se croyaient pas liés •en conscience par une décision prise sans l'unanimité morale. Mais dans la certitude de leur victoire, ils avaient, semblet il, élevé trop haut leurs prétentions.
Le jeudi (i5 juillet) se passa sans que la Minorité fût priée ■de se résoudre au placet, moyennant concessions. On a-nnonça pour le samedi la Congrégation générale/ où devait
(1) Pfûlf, Monseigneur de Ketteler, III, 109.
se lire le rapport sur les conditions présentées au dernier vote. Il n'y avait plus de temps à perdre. Alors le comité international résolut de faire lui-même une démarche et d'agir directement sur le Pape. Il envoya à Pie IX une députation de six évoques, pour demander deux choses : i° la suppression du passage si vivement attaqué de la plénitude» potestatis, au troisième chapitre, et 2° l'insertion au quatrième chapitre d'un membre de phrase dans lequel on ferait mention de l'assentiment des évêques à la définition ex cathedra.
Les six prélats parurent au Vatican et furent reçus en audience par e Pape. C'étaient XX. SS. Darboy, Ginoulhiac, Simon, Scherr, Rivet et de Ketteler. Ils présentèrent leur demande au Pape, et de Ketteler, dit-on, se jetant à sesgenoux, le conjura d'amener, en cédant sur ces deux points, l'unanimité dans le vote (i).
On ne peut savoir au juste ce que répondit le Pape. Il semble avoir évité une réponse définitive et demandé à la députation de présenter ses vœux par écrit. M"r Darboy les lui présenta dès le lendemain de bonne heure, longtemps avant l'ouverture de la Congrégation générale, dans une lettre ex jussu Sanctitatis Vestras (2). Il désire la radiation, au troisième chapitre, des termes : aut eum habere tantum potiores partes, non vero totam plenitudinem hujns supremae potestatis, et au quatrième chapitre, après minière fiihgens, l'addition et testimonio eeelesiarum innixus, ou mediis, quae semper in Ecclesia catholica usurpata fueruntr adhibitis, ou encore non exclusis episcopis. L'archevêque déclare que, si l'on accédait à ce vœu et si, de plus, au troisième chapitre, les paroles quœ vere episcopalis est étaient rayées, presque tous les Pères qui avaient voté non
(1) Pfulf, 1. c„ III, 111. (VoirJ.-A., Fou.ox. Hist. de Mff' Darboy. p. 463 sqq).
(2) Acl«, etc., IV b, 307. C. Y., 99-2 c.