RECLAMATIONS DE LA MINORITE AUPRES DU PAPE
placet étaient prêts à voter, à la session publique, placet.
Il était absolument impossible au Saint-Père d'accéder à ces vœux. S'il avait changé le troisième chapitre dans le sens des demandeurs, ce chapitre n'aurait pas contenu, il est vrai, une véritable inexactitude, mais aurait nié une vérité déjà définie, en substance, au concile de Florence, et une définition conciliaire qui devait faire tomber les difficultés existantes et dirimer les controverses ; il aurait relégué dans l'obscurité une chose claire, serait devenu lui-même une occasion de nouvelles controverses et aurait obscurci des vérités dogmatiques. L'addition au quatrième chapitre y aurait introduit une fausseté, en déclarant le témoignage de l'Eglise nécessaire à une locutio ex cathedra; on aurait, eu tout cas, rendu la définition obscure. Quelque grand qu'ait été le désir du Pape de gagner les évoques de la Minorité, il ne pouvait cependant pas condescendre aux conditions qu'on lui avait posées.
Avant l'ouverture de la Congrégation générale, il leur fit répondre, par le sous-secrétaire du Concile, qu'il avait résolu d'abandonner tout au Concile, de ne pas s'y immiscer, mais qu'il se réservait le jugement définitif (i). Il était, en effet, assez singulier, que la Minorité se permît même de réclamer une intervention du Pape. D'après leur doctrine, le Pape ne pouvait pas même sanctionner une résolution de la Majorité contre une Minorité importante. Et voici que ses représentants, paraissant devant le Pape, demandent qu'il casse, en vertu de sa puissance pontificale, les décisions d'une grande Majorité pour y substituer ce qui plaît à la Minorité !
La Députation de la Foi avait déjà, avant que les représentants de la Minorité n'eussent paru devant le Pape, délibéré sur les conditions déposées le i3 juillet. Le 14, elle les
[1) Quœ de defînilione, etc., n. 49.
examina dans une session du matin et du soir (i), et chargea NN. SS. d'Avanzo, Zinelli et Gasser de faire des rapports sur sa manière de voir. Ces rapports ne laissèrent aucun doute qu'il n'y avait pas à penser de faire un changement au schéma dans le sens de la Minorité.
Mgr d'Avanzo lut le rapport sur les conditions faites à l'introduction, ainsi qu'au premier et au deuxième chapitre (2). Il posa d'abord en principe que des modifications d'un texte, approuvé par un grand nombre, devaient être évitées, et qu'il ne fallait céder à une des conditions que lorsque la nécessité urgente ou la plus évidente utilité le demandait. / Il s'en tint, dans son rapport, à ce principe, et, à part de petits changements de style pour lesquels le vote n'était pas même nécessaire, il ne proposa pas un seul changement.
Il traita à fond la proposition de Mgl Idèo. Celui-ci avait été choqué d'un passage du deuxième chapitre, où il était dit que l'évêque de Rome succédait à Pierre dans sa primauté. Ce passage était exprimé dans la petite i)roposition suivante : Unde, quiciimque in hac cathedra [Rotnana] Petro succedit, is juxta Christi ipsius institutionem primatum Pétri in universam Ecclesiam obtinet. Mgr Idèo dit qu'il y avait parmi les théologiens trois opinions sur l'union de la primauté avec le Siège de Rome. D'après la première, Pierre, en unissant la primauté au Siège de Rome, aurait agi sur un ordre du Christ ; cette union serait donc jure divino et ne peut être rompue par aucune puissance humaine? D'après une opinion tout opposée, Pierre aurait, de son propre mouvement, uni la primauté au Siège de Rome; par conséquent, celui qui possède la même puissance que Pierre, peut supprimer cette union et transférer la primauté à une autre ville.
(1) C. V., 1695 a sq.
(2) Acta, etc., IV 1), 308 sqq. C. V., 460 a sqq.
DISCOURS DE MgrDAVANJO SUR LES CHANGEMENTS PROPOSES 123
D'après la troisième opinion, Pierre aurait uni, de la manière la plus intime, la primauté et l'épiscopat de Rome, de sorte que la primauté et l'épiscopat de Rome ne seraient pour i ainsi dire qu'une seule chose, et que l'épiscopat de Rome serait la condition pour la succession dans la primauté. En vertu de cet acte de Pierre, concluent les tenants de cette opinion, la primauté est unie d'uue manière inséparable avec la dignité d'évêque de Rome Or, dit Idèo, on a décidé de ne favoriser aucune de ces trois opinions Toutefois, les paroles précédentes du schéma paraissaient admettre la troisième opinion comme la véritable, et, par conséquent, repousser les autres (i).
D'Avanzo déclare, par contre, que les paroles du schéma ne ehoisissent aucune des opinions mentionnées de préférence aux autres, et ne sont opposées à aucune d'elles. La phrase signifiait : Unde, quicunque succedit, quomodociirKjue .succédai, sine de jure divino, sive de jure humano, siue de jure mixto (comme le soutiennent les trois opinions), is \ juxta Chrisli ipsius institutioneni primatum Pétri in unioersam Ecclesiain obtinet. De cette définition, on ne peut donc tirer aucune conséquence en faveur de l'une des trois opinions. Quand même la primauté ne serait unie à l'épiscopat romain (pie par la volonté de Pierre, et pourrait en être séparée par la volonté d'un des successeurs de Pierre, on dirait •clairement et avec raison, que celui qui devient évèque de Rome reçoit la primauté de par l'ordre de Dieu, d'après lequel la primauté doit rester dans l'Eglise.
Dès qu'Avanzo eut terminé, Zinelli commença son rapport, qui s'étendait sur les conditions présentées pour le troisième chapitre. Lui non plus ne pouvait recommander à l'acceptation des Pères aucune des propositions présentées.
Ce qui dans la délibération spéciale avait été proposé,
(1) Exceptio 23. C. Y., 433 d sqq. Les noms des auteurs sont enlevés des Actes.
surtout par le patriarche Jussef, savoir : de mettre en relief la position des évêques vis-à-vis du Pape (i), M81 Landriot l'avait présenté à nouveau comme condition de son placet, dans le dernier vote. «Pour qu'il ne parût pas, était-il dit dans le texte de sa condition (2) (la 28e) que, dans le gouvernement de l'Eglise, l'épiscopat fût mis complètement de côté (ce qui est certainement contre l'intention du concile du Vatican), on voudrait exprimer le vœu de faire accepter dans le troisième chapitre la doctrine de Ballerini. Alors, après une explication plus complète des deux doctrines,, on comprendrait mieux la question, et plusieurs n'en tireraient pas la conclusion fausse que le concile du Vatican a voulu faire de l'absolutisme dans le gouvernement de l'Eglise ». Le passage de Ballerini, que M8* Landriot propose d'introduire dans le schéma, dit que le Sauveur a confié le gouvernement de l'Eglise, non pas au Pape seul, mais encore au: évêques, et que le magistère établi par Jésus-Christ n'est pas purement monarchique, mais monarchico-aristocratique (Vindiciae, c. 3, n. 12).
Cette proposition montrait que quelques évêques soupçonnaient encore le concile du Vatican de vouloir en quelque sorte réduire l'épiscopat au profit de la primauté.
M"r Zinelli (3) répondit que Ballerini enseignait, par rapport à l'autorité des évêques, la même chose que le schéma : que les évêques / possédaient leur pouvoir dans l'Eglise par institution divine, qu'ils avaient dans leur diocèse une puissance ordinaire et immédiate, et qu'il n'était au pouvoir ni du Pape ni du Concile de supprimer l'épiscopat ou quelque autre ordre qui fût d'institution divine. Mais la doctrine signalée par Mgr Landriot était tout à fait fausse.
(1) Emend. 63. C. V., 31o a sq.
(3) Ilnd. 468 a sqq.
M*-'1 ZIXELLT ET L 'AUTORITE DES ÉVÉQUES 123
En parlant d'un gouvernement aristocratico-monarchique dans l'Eglise, ces auteurs paraissent limiter la puissance pontificale et considérer l'ensemble des évêques comme le sujet de la plus haute puissance. Ils considéraient donc la constitution de l'Eglise non pas comme monarchicoaristocratique, mais comme aristocratique. La question avait déjà été traitée dans le rapport sur les propositions d'amendement au troisième chapitre (i). Mgr Gasser enfin réunit les propositions d'amendement au quatrième chapitre en quatre groupes, et les discuta l'une après l'autre. Il insista surtout sur deux conditions, et pria, au nom de la Députation, de les résoudre par voie de scrutin.
Plusieurs Pères avaient exprimé le désir de supprimer les deux citations de saint Irénée et de saint Augustin. Gasser défendait les deux citations. Cependant il ne niait pas que les textes, surtout celui de saint Augustin, étant séparés de leur contexte, et abstraction faite du but que poursuivait le saint Docteur, pourraient être compris dans un sens inexact, comme si le Saint avait voulu dire que le Siège apostolique ne pouvait définir que ce qui est hic et niiiic annoncé dans l'Eglise. La Députation de la Foi avait de nouveau examiné la chose et proposait un second scrutin sur les deux citations (2).
Le rapporteur devait encore, au nom de la Députation de la Foi, soumettre au vote des Pères l'amendement suivant. Dans la formule de définition il est dit : Iliijusmocli Romani Pontificis definitiones ex sese esse irreformabiles. Or, au vote sur tout le chapitre, les Pères ont exprimé, à plusieurs reprises, le vœu que pour obtenir une plus grande clarté, on dise aussi négativement : etiani ante episcoporum assensum ou antequam assensus Ecclesiae accesserit. La
(1) Rel«Hn adEmend. 63. C.V., 364 b sqq.
(2) C. V., 473 b sqq.
formule fut doue présentée au scrutin par le rapporteur de la manière suivante : / Hujusmodi définit iones Romani Pontificis irreformabites esse ex sese, non antem ex consensu Ecclesiœ.
En terminant, Mgr Gasser représenta en peu de paroles que toute la société était ébranlée jusque dans ses derniers fondements. Dans cette effroyable situation, le seul secours était l'Eglise, dont le corps enseignant et le chef possédaient une autorité divine et infaillible. Pour diriger tous les regards vers ce roc inébranlable de la foi, Dieu, dirait-on, a réglé que, dans ces jours, la doctrine de l'Infaillibilité du Pape fût présentée au Concile pour être érigée en dogme. Puissent donc tous, d'un seul cœur et d'une seule bouche, proclamer cette doctrine de l'Infaillibilité du Pape! Volontiers il se jetterait aux pieds des Pères qui ne paraissent pas favorables à cette doctrine pour les émouvoir par ses prières, puisqu'il n'a pu, par ses paroles, les amener à une autre opinion. Il s'adresse à eux en les conjurant, de la manière la plus pressante, la plus cordiale, d'être unanimes, et d'éviter toute dissension dans une question d'une si haute importance (i).
Après le rapport, les deux propositions dont Gasser avait recommandé l'acceptation furent soumises [au scrutin; toutes deux furent acceptées, la première (2) par presque toute l'assemblée, la seconde à une très grande majorité.
Quant aux amendements au schéma que l'archevêque de Paris avait proposés au Pape avant la Congrégation générale, il n'en fut point question. Le président annonça que les deux changements proposés par la Députation de la Foi et approuvés par la Congrégation générale seraient soigneusement introduits dans le texte, et que le texte corrigé serait envoyé à chaque Père en particulier à son domicile (3).
(1) Ibi.l. 176 <• sq.
(2) C'est-à-dire la suppression de la citation.
MSr GASSEK. LES ECRITS HOSTILES AU CONCILE 127
Là-dessus, il annonça pour le lundi suivant, 18 juillet, la quatrième session publique, dans laquelle devait avoir lieu le vote définitif sur le schéma.
Dans la Congrégation générale du 16 juillet, les Pères, sur l'invitation du président, proposèrent aussi la condamnation des écrits hostiles au Concile, qui avaient été publiés depuis le commencement du Concile, surtout celle de deux pamphlets qui avaient paru en ces derniers temps.
Déjà trente quatre Pères, ayant à leur tète M61 Mann in g, avaieut élevé des protestations énergiques contre les écrits hostiles au Concile et surtout / contre les deux brochures qui venaient de paraître.
Nous avons déjà parlé plus haut (i) du premier de ces écrits : Ce qui se passe au Concile, qui parut à l'époque des discussions générales sur le schéma de Ecelesia ; c'est pourquoi nous le passons ici sous silence.
L'autre écrit, très court : La dernière heure du Concile, paraît avoir été composé pendant les dernières Congrégations générales, qui étaient consacrées à la délibération spéciale sur le schéma de la première constitution de Ecelesia. Peut-être est-il de la même plume que le premier écrit; en tout cas, il est inspiré du même esprit. C'est un méchant et amer débordement de colère sur le Concile et son histoire; il répète, à la file, toutes les plaintes que ses ennemis ont jamais élevées contre lui. Qu'arrivera-t-il, demande l'auteur, maintenant que les discussions spéciales touchent à leur fin? Quelques-uns croient que tout est perdu. Mais l'auteur les avertit de tenir ferme et d'avancer ouvertement, pleins de vaillance et de courage, avec leur non placet. Nous verrons, s'écrie-t-il, si la suprématie a le courage « d'opprimer l'intelligence, la grandeur et la liberté ».
C'est surtout contre cette calomnie, que le Concile aurait
(1) Voir 3e vol., p. "2H1 sqq.
manqué de liberté, que protestèrent M>r Manning et ses amis. « Xous déclarons, disent-ils, qu'on a donné à tous les Pères et à chacun en particulier la possibilité d'exposer et de défendre leurs vues, que la plus complète liberté a été accordée au scrutin, comme elle est encore maintenant accordée, qu'il faut regarder comme une fable et comme une invention malveillante ce que l'on dit, sous quelque forme et quelque prétexte que ce soit, sur l'amoindrissement de la liberté la plus complète ( i) ».
Tout le Concile protesta donc de la manière la plus solennelle contre ces écrits.
Après la fin du vote, le cardinal-président s'adressa aux Pères en ces termes : « Révérendissimes Pères, on distribue maintenant des feuilles portant une protestation, que nous devons faire publiquement pour la défense de l'honneur de ce Concile ».
Lorsque la distribution fut faite, le sous-secrétaire lut du haut de la tribune la protestation. Elle était ainsi conçue : <c Révérendissimes Pères, aussitôt que ce saint concile du Vatican se fut réuni par la grâce de Dieu, / éclata contre vous une violente attaque. Pour amoindrir et, s'il était possible, pour détruire entièrement votre respectable autorité devant le peuple fidèle, plusieurs écrivains ont rivalisé de zèle à vous calomnier et à vous attaquer de la manière la plus honteuse. De tels écrivains ne se trouvent pas seulement parmi les mécréants et parmi les ennemis publics de la croix du Sauveur, mais aussi parmi ceux qui se nomment les fils de l'Eglise catholique, même parmi ceux de ses serviteurs qui ont reçu l'onction sainte. Les honteux mensonges qui ont été entassés dans les journaux de différentes langues et dans des écrits anonymes, distribués par une main inconnue, vous sont tous suffisamment connus; aussi n'est-il pas nécessaire de les
(1) Acta, etc., IVb, Appendix altéra, p. 'iOi sq.