‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 4)Chapitre 33 sur 129 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Les Pères de la Minorité avant la quatrième séance publique.

On n'accepta aucun des amendements au schéma proposés au Pape par l'archevêque de Paris avant la dernière Congrégation générale.

Bien plus, alors qu'il demandait que l'on fît au moins mention dans le schéma de l'assentiment des évêques, que lui et ceux de son parti croyaient nécessaire pour donner force de loi à une décision pontificale ex cathedra, la Congrégation générale inséra dans le schéma une note tout opposée, déclarant en ternies exprès que les décisions pontificales avaient force de loi même avant l'assentiment des évêques, et que par conséquent cet assentiment n'était pas nécessaire.

Ainsi donc, il ne restait plus qu'à entreprendre la fixation définitive du texte du schéma, ce qui devait se faire le surlendemain. On annonça pour lundi, 18 juillet, la sessionpublique dans laquelle auraient lieu le vote définitif et l'approbation de la constitution par le Pape. Les Pères de la Minorité se voyaient donc placés devant cette question : Que faire maintenant ? Ils avaient combattu le schéma pendant tant de mois, ils avaient annoncé tant de malheurs comme conséquence de sa définition, ils avaient révoqué en doute ou même attaqué la vérité de la doctrine qui s'y trouve définie; que faire maintenant que le schéma allait être proclamé constitution, que tous les chrétiens doivent admettre et croire sous peine d'excommunication ? /

DERNIERS EFFORTS DE LA MINORITÉ. Mer DUT AN LOUP 133

D'après les principes de la foi catholique, il était*ïacile de répondre. Le devoir des Pères ne consistait pas à renier dans la session publique l'opinion qu'ils avaient défendue jusque-là, et à voter placet en faveur du schéma. Cependant, si le placet était exprimé par les autres évêques, et si le Pape confirmait ce vote, il ne leur restait plus qu'à se soumettre avec les autres catholiques.

Mais il est facile de comprendre que quelques-uns ne pouvaient absolument pas se rallier à ces avis et cherchaient différents subterfuges. Mgr Dupanloup se crut appelé, aussitôt après la Congrégation générale qui avait amené la question jusqu'à la décision définitive, à envoyer par écrit le conseil de casser les conclusions de cette assemblée et de faire au schéma les changements que l'archevêque de Paris avait, dans la matinée, proposés au Pape (i). Mais lorsqu'une nuit eut passé là-dessus, il proposa au Pape dans une autre lettre (2) un nouveau plan, « un moyen très simple », selon lui, « d'éviter tous les maux épouvantables dont est menacée l'Eglise par la définition de l'Infaillibilité pontificale ». Ce moyen était le suivant : La session publique se tiendrait comme on l'avait annoncé. On recueillerait les voix ; alors Sa Sainteté aurait deux choses à dire :

1. Qu'elle était pleine de joie, qu'elle louait Dieu et remerciait le Concile de ce qu'il donnait par des voix si nombreuses et si importantes une confirmation nouvelle et éclatante des prérogatives du Siège romain.

2. Cependant, vu les circonstances et après mûre réflexion, devant Dieu, de sa propre détermination, elle estimait plus convenable de renoncer pour le moment, dans sa prudence et modération apostoliques, à la confirmation du vote et à

(1) Epistolo Episcopi aurelianensis adlPium IX, 16 Julio. Ado, etc., [V6, Appendix altéra, p. SOo sq.

(2) Acta, etc.. IV b, 508 sq. C. Y., 992 d sqq.

la décision définitive, et d'attendre à ce sujet des temps meilleurs et un plus grand calme des esprits.

a Ce procédé plein de sagesse », continue Mgr Dupanloup, « qui, avec une telle simplicité et d'une manière si inespérée, arrêterait à la dernière heure des maux inévitables et tout à fait certains, / étonnerait l'univers, provoquerait une reconnaissance et une admiration universelles, et redoublerait l'amour qu'on porte à Votre Sainteté. Les gouvernements et les peuples se verraient obligés à la reconnaissance pour avoir été délivrés d'une source nouvelle de désagréments, à un moment où toute l'Europe est peut-être à la veille d'un bouleversement; l'autorité paternelle de Sa Sainteté en serait grandement fortifiée.

» Et quand même ce procédé prudent et doux suspendrait encore pour le moment le vote du Concile, cependant chacun voit bien, Très Saint-Père, que la doctrine de l'Infaillibilité pontificale non seulement n'aurait rien perdu, mais aurait obtenu plutôt un grand accroissement de considération par le vote favorable et public d'environ cinq cents évêques. Cela serait donc, je le répète, un grand progrès pour cette doctrine, qui en rendrait plus facile le dernier pas, quand le moment en serait arrivé . »

L'exécution du conseil donné par l'évêque d'Orléans aurait précisément anéanti presque tous les travaux du Concile. Ce dogme, que les évêques de la Majorité citaient devoir défendre contre des ennemis, et dont le devoir le plus sacré consistait à le défendre, ils l'auraient livré à ceux-ci, ses ennemis.

Mgr Dupanloup lui-même n'espérait rien obtenir du Pape par sa lettre. Ce matin-là même, il forma, avec un certain nombre de ses partisans, un troisième plan.

Prendre part à la session publique, voter non placet, puis déclarer qu'on ne se soumettait pas, et abandonner la salle en protestant, voilà le plan qui pouvait venir à l'esprit de

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