‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 4)Chapitre 4 sur 129 · DISCOURS DU CARDINAL GUIDI · texte numérisé non relu

DISCOURS DU CARDINAL GUIDI

or, on nomme docteurs et thaumaturges ceux qui reçoivent ces charismes. Ainsi doit-on nommer le Pape infaillible, quand il est préservé de l'erreur par le secours du Saint- Esprit.

Cette première observation de Mgl' Guidi était donc inexacte; d'ailleurs on n'y prêta qu'une médiocre attention. Mais il la fit suivre immédiatement d'une seconde observation, qui souleva la plus vive émotion tant chez les Pères de la Majorité que chez ceux de la Minorité : chez les premiers, parce qu'ils la considérèrent comme fausse et sans fondement; chez les seconds, parce qu'ils crurent avoir trouvé, en la personne du cardinal, un défenseur de leurs opinions.

Au dire du cardinal (i), le schéma, dans son état actuel, n'est pas loin de soutenir que le Pape est, dans ses définitions, complètement indépendant, c'est une tête séparée des membres. Or, le Pape n'est ni l'un ni l'autre, cela est établi par tous les Pères; et lui-même veut montrer combien le Pape dépend de ses frères, les évêques.

. On peut concevoir de deux manières cette dépendance du Pape : dans l'exercice de sa suprême puissance d'enseignement, il aurait besoin de l'assentiment et du conseil des évêques, comme s'il dût leur demander sa puissance, comme s'il n'avait pas reçu de Dieu la pleine puissance. C'est là une erreur manifeste. Le Pape a reçu, en effet, du Christ, dont il est le représentant, / les pouvoirs véritables, permanents, ordinaires, de docteur et de pasteur, ainsi que le plein et libre exercice de ces pouvoirs; et les évêques réunis en Concile ou dispersés dans leurs diocèses ne communiquaient au Pape pour ses définitions aucune espèce d'autorité ou de puissance.

Mais le Pape doit demander aux évêques quelle est la pensée commune de l'Eglise et la tradition des Eglises

(1) Acta, etc., IV a, 328 sqq.

particulières sur la vérité en question; il doit s'informer si cette vérité a été crue partout et toujours, plus ou moins explicitement ou implicitement. En un mot, le Pape, avant déporter son suprême et décisif jugement, doit écouter le jugement de l'Eglise, savoir quelle est la croyance des Eglises-filles, et si cette croyance est d'accord avec la Mère- Eglise, l'Eglise Romaine.

Le cardinal Guidi admettait donc la nécessité d'une enquête faite par les évêques avant les définitions pontificales. Ce n'était pas la doctrine gallicane. Aux termes de celle ci, la suprême puissance d'enseignement ne reposerait pas dans la personne du Pape, mais dans le collège que forment le Pape et les évêques ; une définition ne serait donc possible que si les évêques unissaient leur propre puissance à celle du Pape ; celle-ci, insuffisante à elle seule, donnerait à la définition sa pleine valeur.

Guidi repoussait expressément cette doctrine; mais celle qu'il exposait était bien propre à enfoncer dans leur erreur les esprits égarés par le gallicanisme, à fortifier l'opposition de la Minorité, et à éloigner encore la réconciliation. Si son opinion était plus modérée que le gallicanisme, elle rendait cependant plus difficile une définition e.v cathedra. Aussi, Mgr d'Avanzo disait il avec raison que Mgr Guidi, en déclarant vouloir éviter le gallicanisme, était devenu plus gallican que les Gallicans : « Le quatrième des « articles » gallicans enseigne que les décrets du Pape ne sont pas irréformables tant que n'est pas intervenu l'assentiment explicite ou tacite de l'Eglise ; le deuxième nouveau canon (tel que le proposait M§r Guidi) demande que cet assentiment précède et soit explicite : le décret, en effet, ne doit être porté qu'après avis des évêques témoignant de la tradition de l'Eglise. L'orateur demande donc plus que les Gallicans (i). » /

(1) Ado. etc., IV a, 337.

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