PRELIMINAIRES DE L OCCUPATION DE ROME
Le ministre italien de l'extérieur, Visconti-Venosta, déclara, il est vrai, le 25 juillet, au Parlement, alors que déjà le Piémont avait fait des armements considérables, que ce serait une très mauvaise politique que de mettre à profit le moment présent contre la France pour la réalisation des vœux nationaux.
Mais à peine les derniers soldats français s'étaient-ils embarqués à Civita-Yecchia que, le 2 août.les troupes piémontaises s'avancèrent jusqu'aux frontières du territoire pontifical. Qui donc pouvait croire le ministre lorsque, le 19 août, après que la nouvelle des victoires allemandes eut exalté au plus haut point l'émotion publique, il assura de nouveau à la Chambre qu'il regardait une attaque armée contre le territoire pontifical comme une offense publique du droit des gens? La Prusse cependant avait fait savoir que la confédération de l'Allemagne du Nord ne se mêlerait pas des affaires intérieures de l'Italie, et l'ambassadeur du cabinet de Florence reçut à Vienne du chancelier Beust les assurances les plus satisfaisantes. Il n'y avait plus qu'à se dégager du enté de Napoléon ; on pouvait alors agir avec vigueur. Ce moment arriva à la journée de Sedan, le 2 septembre.
On ne peut savoir d'une façon certaine si Bismarck fit alors télégraphier à Florence que c'était « maintenant ou jamais» le moment d'occuper Rome. Telle était, en tout cas, l'opinion du parlement de Florence; et, lorsque, le 8 septembre, l'ambassadeur italien Xigra annonça de Paris l'approbation officielle de la République française à l'occupation de Rome, disparut, pour le gouvernement italien, la dernière raison d'agir sournoisement dans la poursuite de son vrai but.
On envoya de l'argent à Rome pour armer les citoyens contre le Pape, et l'on fit passer les frontières pontificales à des émissaires pour exciter les esprits à la révolte. Dans une circulaire aux puissances, à la date du 7 septembre, Visconti-Venosta ne rougit pas de désigner le territoire
pontifical comme un lieu de rassemblement de tous les éléments de désordre, que lui-même pourtant y avait envoyés, et de déclarer que le maintien de l'enclave pontificale serait un péril pour l'Italie. Déjà, le 8 septembre, des troupes piémontaises pénétrèrent par plusieurs endroits dans l'Etat de l'Eglise. Elles devaient appuyer ouvertement les efforts du comte Ponza di San Martino, nommé commissaire général desEtats Romains, qui, le lendemain, se présenta devant le Pape, avec une lettre autographe du Roi /, pour le décider à renoncer librement à ses droits. Mais Pie IX ne pouvait et ne voulait, dans de telles circonstances, consentir à des pourparlers. Après avoir lu la lettre du Roi, il dit avec mélancolie : Belle parole, ma brutti fatti ! (Pelle parole, mais vilaines actions !) Dans une courte réponse, il rejeta avec dignité et énergie les prétentions du Roi. Les affaires prirent alors un cours rapide.
Le général Cardona, à la tête de l'armée piémontaise, pénétra dans l'Etat de l'Eglise et marcha sur Rome, où s'étaient réunies les troupes pontificales fortes d'environ 10,000 hommes. L'ennemi occupa l'une après l'autre les villes pontificales. Le 16 septembre, le général Bixio entra à Civita- Vecchia, de sorte que la dernière route par où le Pape aurait pu fuir, s'il y avait jamais pensé, lui était maintenant fermée. Mais Pie IX avait résolu de rester à Rome jusqu'à la fin.
Le 17 septembre, commença l'investissement de la Ville éternelle. L'ambassadeur prussien auprès du Saint-Siège, von Arnim, se rendit au camp de Cardona, et revint pour engager le Pape, dans l'intérêt de la paix et par égard aux vœux nationaux du peuple italien, à consentir à l'occupation de Rome. Pie IX maintint son non possumus. Cardona fit alors tirer le canon, le mardi matin, 20 septembre. Pendant deux heures et demie, les bombes et les obus tombèrent et firent leur œuvre dévastatrice. Lorsqu'on annonça au Pape,
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