LA MINORITÉ AUTRICHIENNE. LE CARDINAL SCHWARZENBERG
du Concile d'un mandement, d'où le nonce, dans sa lettre du 9 février, extrayait les mots suivants : a Xous faisons remarquer que, sous peine de tomber dans une faute très grave d'hérésie et d'encourir les censures qui suivent de droit cette faute au for externe, tout fidèle catholique est tenu, tant au for externe qu'au for interne, de conformer sa foi à ces décrets ; et tous ceux qui dans l'Eglise ont, de par l'autorité légitime, la charge d'enseigner, doivent de même enseigner et transmettre cette doctrine (i). » /
M81, Légat, évèque de Trieste, et MS1 Dobrilla, de Parenzo, avaient, eux aussi, publié les décrets (2), bien que la nouvelle ne s'en trouvât pas dans les lettres du nonce.
M8* Falcinelli se trompe quand il écrit, dans sa première lettre, que l'archevêque arménien de Lemberg ne donne pas signe de vie. Le 2 avril 187 1, Mgr S/yinonowicz lui communiquait qu'a/ant de se séparer du Concile — ■ qu'il avait dû, pour cause de maladie et avec la permission du Pape, quitter avant la quatrième séance publique — il avait, en présence du secrétaire du Concile, M8* Fessier, attesté sa foi à la Primauté et à l'Infaillibilité doctrinale du Saint-Père. Il avait seulement douté de l'opportunité de la définition. Dans cette lettre, il professe encore une fois sa croyance et il annonce qu'il a déjà publié les constitutions du Concile, le 10 novembre de l'année précédente.
Il nous faut revenir, plus en détail, sur l'adhésion du cardinal de Prague, prince Scirwarzenberg.
On sait que le cardinal Schwarzenberg s'abstint de prendre part à la séance publique du 18 juillet ; mais il resta encore deux jours à Rome et eut pendant ce temps une
(1) « Observamus. omnes fidèles eatbolicos sub gravissimo hœreseos icatu subque censuris talem reatum in foro externo jure subséquent ibus in utioque foio obligari ad sic credendum. ouinesque. qui in Eeclesia catholica docendi muneiï auctoritate légitima applicati sunt. etiam ad sic docendum atque tradendum. »
audience de Pie IX. Le 29 juillet, VOsservatore Catholico de Milan en fit paraître un compte rendu précis qu'on eût dit sténographique. Il portait : « Son Emmenée le Cardinal Sclnvarzenberg a pris congé du Saint-Père d'une manière vraiment digne de sa grande situation et de sa haute naissance. « Saint-Père, dit le cardinal avec émotion, j'étais » auparavant d'un autre avis... — Et maintenant , repartit » affectueusement le Saint-Père, vous n'êtes plus d'un autre » avis, mais de la foi qui est la mienne. — Oui, Saint-Père, » de tout mon cœur et aussi parfaitement que possible, reprit » le cardinal. Que Votre Sainteté me pardonne si je... » — Il n'y a rien à pardonner, » interrompit le Saint-Père en l'embrassant. » — Le cardinal extrêmement ému reprit : « Si j'ai éprouvé des scrupules, c'est parce que je redoutais » que la définition ne portât préjudice à mon pays de Bohême, » dont Votre Sainteté connaît la situation. Je me remets avec « mon évêché entre les mains de Votre Sainteté. — Xon, ne » craignez pas ! répliqua le Pape très affectueusement, ne » craignez pas ! Vous verrez que tout ira bien. Ayez du cou- » rage! Dieu viendra/ à votre aide et vous soutiendra.» Le bon cardinal quitta l'audience le visage rayonnant ; le Saint- Père lui-même aussi était très consolé. »
Ce récit, si précis qu'on dirait que son auteur assistait à l'entrevue, était inventé, et fut bientôt démenti par les journaux allemands. Pourtant il ne laissa pas de faire impression. Divers évèques de la Minorité s'adressèrent à Sclrwarzenberg le priant d'expliquer ce qui avait donné naissance à cette nouvelle. En partie pour leur répondre, en partie pour prévenir de semblables questions, celui-ci écrivit alors un compte rendu authentique de l'audience ; ce compte rendu se trouve aux Actes, en plusieurs exemplaires qui ne concordent pas absolument. Dans une lettre à Mgr Ginoulhiac, archevêque de Lyon, il s'exprime ainsi : « A cette audience du 21 juillet, je fus reçu par le Saint-Père avec une affabilité