SOUMISSION DU CARDINAL SCITWARZENBERG
extraordinaire. Tout de suite la conversation tomba sur l'évoque de Wurzbourg, qui avait été emporté par une mort subite, dans la maison même que j'habitais. Je louais, comme elles le méritaient, la bonté, la piété de ce saint homme, qui, on le sait, était dévoué de tout cœur à l'opinion du Saint- Père sur l'Infaillibilité. Sur quoi le Saint-Père dit avec insistance mais très aimablement : ce C'était un saint homme, )) mais il n'était pas du même avis que le cardinal Schwarzen- » berg. — ■ Il est vrai qu'il n'était pas de mon avis ; cepen- >) dant je le vénérais de tout cœur. — - Mais maintenant, » dit le Saint-Père en me scrutant du regard, maintenant » ètes-vous de son avis ? » — A cette question, je gardai le silence. Mais dans le cours de l'entretien j'ajoutai que je m'efforcerais de m'acquitter de mes fonctions pastorales avec prudence et sage modération ; cependant si je ne devais plus pouvoir travailler avec fruit, je renouvellerais la prière d'être relevé de ma charge, comme je l'avais déjà proposé au mois de novembre de l'année précédente. Je quittai le Saint- Père en lui témoignant mon respect, et réellement un peu réconforté ; je n'avais été invité à faire aucune déclaration de soumission et je n'en avais point donné. »
Le soir de cette audience, le cardinal quittait la Ville éternelle; après un court arrêt à Salzbourg.il arrivait à Prague le 29 juillet de bon matin. On avait préparé une réception brillante, qui avait le caractère d'une manifestation ; il crut devoir s'y soustraire, « parce qu'au fond, » dit-il dans ses notes (1), « elle ne visait pas seulement mon retour, mais plus encore mon attitude au concile, attitude en opposition avec les décisions qu'avait finalement prises cette
(1) Aux arclmes. Les notes semblent avoir été destinées à diverses letlrcs qu'il faisait rédiger par ses secrétaires. Elles reviennent cll'eetiveinent dans plusieurs lettres, à MS''S Ginoulhiac, Dupanloup, etc.
assemblée. Je rendis la réception impossible en arrivant plus tôt que je n'étais attendu. »
Le chevalier de Schulte raconte dans le Vieux Catholicisme (i) la visite qu'il fit le 2 août au palais archiépiscopal à l'occasion du retour du cardinal. Bien que celui-ci eût approuvé l'opposition faite par lui (Schulte) au nouveau dogme, il emportait de l'entretien la conviction que Son Eminence publierait la constitution. Dans les notes mentionnées, nous voyons au contraire que Schwarzenberg, à cause de l'agitation provoquée par le Concile, ne considérait pas la publication comme opportune.
Pour la forme, il croyait pouvoir justifier cette abstention « sur ce que le Concile n'était ni suspendu, ni prorogé ou dissous, et pas encore terminé ». Or, « à sa connaissance, les décisions de Trente n'avaient pas été publiées après des séances isolées et interrompues, mais une fois le concile terminé » (2). Toutefois cela ne prouve pas que le cardinal voulût omettre absolument la publication. Il attendait le moment favorable./
Le 22 décembre 1870, le nonce de Vienne mandait au cardinal Antonelli, secrétaire d'Etat, que ce moment était arrivé. Le 11 janvier 1871, les décrets du Concile paraissaient dans le Bulletin épiscopal de l'archidiocèse de Prague.
(1) Voir p. 246
(2, Entre le Concile de Trente et le Concile du Vatican, il y a une grosse différence A Trente, le l'ope n'avait pas personellement la présidence; les décrets ne lurent confirmés par le Pape qu'après le Concile, ils ne pouvaient donc avoir été publiés
plutôt par les évêques. Les décrets du Concile du Vatican furent confirmés dans les séances publiques par le Pape président en personne. Ils recevaient ainsi, en même temps, leur publicité officielle, et les évêques pouvaient se dispenser de les publier ensuite pour leur propre compte. Mais les circonstances pou\ a eut commander cette publication; soit que l'cvèque eût à manifester son acceptation des décrets du Concile quand il y avait doute sur ses opinions, soit en raison des résistances que rencontraient les décrets dans leurs diocèses. En vérité, la prudence pouvait exiger qucl'évêquc gardât le silence pour un temps, comme croyait devoir le faire le cardinal Schwarzenberg, étant donné la situation où il trouvait son diocèse