LE SCHEMA ET LE GALLICANISME
saisi la vérité qu'il s'agissait de définir et l'avait interprétée en un sens qu'elle n'avait pas ; c'est pour cette raison qu'il n'était pas satisfait des preuves et qu'il demandait toujours qu'on lui démontrât des assertions fausses et, par suite, impossibles à établir.
Mer de la Tour d'Auvergne, archevêque de Bourges (i), appelé à la tribuue après Connolly, traita de la différence entre la doctrine du schéma et la doctrine gallicane, et déclara que la doctrine gallicane n'était pas la doctrine gauloise (gallica), comme il était lui-même Gaulois, mais non gallican. La doctrine gallicane devait être condamnée :
i° Parce que, de toute évidence, elle renversait l'ordre établi par Dieu ; car, si l'Infaillibilité du Pape dépendait de l'ensemble des évêques, ce ne serait pas Pierre qui confirmerait ses frères, mais il serait confirmé par eux; ce ne serait pas lui qui ferait paître le troupeau, mais ce serait le troupeau qui le ferait paître; il ne serait pas la pierre sur laquelle serait bâtie l'Eglise, mais celle-ci aurait comme fondement le jugement et la confirmation des évêques, toutes choses absolument contraires aux paroles du Christ. /
2° Le gallicanisme devait être condamné comme contraire à un principe fondamental de la Foi. D'après la Bulle VineamDomini de Clément XI (1700), tous les fidèles avaient à se soumettre d'esprit et de cœur aux décrets doctrinaux du Pape. Mais comment cela serait-il possible, si toute espèce de doute sur la vérité des définitions pontificales n'était pas exclue, ce qui n'aurait lieu que si le Pape étail infaillible dans ses décrets.
3° Le gallicanisme devait être condamné à cause des nombreux dangers qu'il renferme pour la foi catholique, comme on l'avait déjà montré très bien.
4° Le gallicanisme devait être condamné par le Concile,
(1) Ibid., IV a, 435 sqq.
puisque déjà plusieurs fois le Saint-Siège l'avait condamné d'une manière formelle.
A l'encontre du cardinal Rauscher, Mer Monzon y Maintins, archevêque de Grenade (i), loua beaucoup les Pères d'avoir, au commencement du quatrième chapitre, uni intimement le magistère du Pape à son pouvoir de juridiction, parce que les deux pouvoirs avaient entre eux des rapports très étroits. Jésus-Christ ne les avait-il pas remis en même temps à S. Pierre en disant : « Pais mes brebis... etc. » Aussi les Papes ont-ils toujours exercé le magistère suprême sans trouver d'opposition. Toujours, dans tous les siècles, les fidèles, les évêques, les prêtres, les Conciles, et même les hérétiques l'ont reconnu, eux qui, condamnés parles évêques de leur pays, ont souvent recouru au Pape. Elle vient donc très à propos au début du chapitre, cette reconnaissance du magistère suprême, car là se trouve le plus solide fondement de l'Infaillibilité. « C'est un article de foi défini, dit l'orateur, que le Pape possède la plénitude du pouvoir d'enseigner. Mais cela ne peut être si ses décrets sont réformables. Or, pour être irréformables, ils doivent êtred'accord avec la vérité révélée, et ils ne sont d'accord avec elle que si le Pape est infaillible. Si le Pape se trompe, c'est d'après la vérité révélée qu'il faut redresser ses erreurs, mais alors il n'a plus la plénitude du magistère suprême. Celui-là, en effet, peut-il être le maître suprême dont un autre doit redresser la doctrine? Celui-là est-il la colonne / et le fondement de la vérité, qui peut se tromper et faire tomber dans l'erreur toute l'Eglise? »
A cette occasion l'archevêque raconta comment, durant ses années d'étude, un professeur avait cherché à lui persuader que le Pape était faillible. Il luiavait alors posé cette question : « Le Christ a-t-il fait du Pape le fondement et le chef de l'Eglise? » — « Oui, fut la réponse, et tous les fidèles doivent
(1) Ibid.,lVa, 440 sqq.
DISCOURS DE Mgr MONZON 37
obéir intérieurement et extérieurement aux décrets doctrinaux du Pape. » Sur ce, tout élève de théologie qu'il était, il répliqua : « Il est donc absurde que le Pape puisse se tromper, parce qu'il serait absurde, dans cette hypothèse, d'admettre que le Christ lui ait soumis toute l'Eglise. Or, le Christ n'a rien fait d'absurde (i). »
Après ces paroles l'orateur examina les divers textes des Conciles cités dans le schéma, et montra avec une extrême clarté, contre Rauschcr et Connolly,que, premièrement, ces textes avaient toute la valeur de décrets conciliaires, deuxièmement, que, sans doute, ils n'affirmaient pas explicitement l'Infaillibilité du Souverain Pontife, — car alors il n'y aurait plus lieu de débattre cette question, — mais que très certain ement ils la contenaient implicitement.
Enfin, après avoir répondu aux observations du cardinal Eauscher et de l'archevêque de Halifax, ainsi qu'aux propositions du cardinal Guidi, il adressa ses remerciements à ses auditeurs pour leur attention soutenue, aux Pères de la Com mission de la Foi pour la peine qu'ils avaient prise à rédiger le schéma, à tous les orateurs sans distinction, qu'ils fussent favorables on non au schéma, particulièrement à ceux qui avaient parlé contre le schéma, parce qu'ils l'avaient puissamment fortifié daus sa foi à l'Infaillibilité. De nombreux signes d'approbation accueillirent ces dernières paroles. Certainement la plupart des Pères étaient de son avis ; de fait, en lisant les discours des adversaires du schéma, on ne peut qu'être confirmé dans sa foi à l'Infaillibilité.
Le discours de l'archevêque de Grenade mit fin àla 75e Congrégation générale.
La suivante s'ouvrit le 23 juin. Ce fut Mgr Maupas, archevêque de Zara en Dalmatie, qui parla le premier (2). Dans un
(1) Acta, etc., IV a, 441 sq.
(2) Ibid., IV a, 454 sqq.
discours beau et solide / il fit connaître la tradition de l'Eglise de Dalmatie, fondée par Tite, disciple de S. Paul, et par d'autres disciples du Seigneur et des Apôtres; il attesta que, dans cette région, prêtres et fidèles étaient favorables à ce dogme. Puis il développa les preuves qu'en donnaient les théologiens de Dalmatie et affirma la nécessité de la définition. « Le caractère de notre temps, dit-il, et surtout le danger de corruption qui ne cesse de menacer les fidèles d'aujourd'hui l'exigent : l'infaillible magistère de l'Eglise doit veiller sans cesse à condamner les erreurs qui, sous le faux nom de science, se multiplient de toute part et redressent la tête. Oui, la définition est nécessaire, car sans elle le magistère infaillible de l'Eglise n'existerait qu'/'/i ubstracto; en fait il ferait défaut, vu l'impossibilité de réunir continuellement tous les pasteurs de l'Eglise, ou même de les interroger tous (i) »
L'orateur suivant, Mgr Landriot, archevêque de Reims, était un adversaire de la définition. Il parla presque deux fois aussi longtemps (2) que son prédécesseur, et fit remarquer, en outre, qu'il avait encore beaucoup in scriplis, mais qu'il préférait le passer sous silence. En général, il s'exprima avec beaucoup de modération et de modestie, et se rendit à la vérité de la doctrine. Au vote solennel, il vota, en effet, placet.
Au commencement de son discours, l'archevêque avoue que, dans la question de l'Infaillibilité pontificale, il est de l'opinion de Fénelon (3): mais il doute que cette opinion soit si certaine qu'elle puisse être définie comme un dogme de foi.
(1) Ibid., IV. a, 460.
(2) Ibid., IV.'a, 464 sqq.
(3) La doctrine de Fénelon est celle du schéma ; au commencement de sa Dissertatio de Sutnmi Pontifias auctoritate, il Fexpose dans les paroles suivantes de Bellarmin : Pontificem, sive fut pèrsona privata) hoercfirus essr passif, sive nai>, non posse ullo modo defïnire aliquid haereticum » tota Ecclesia credendum.