‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 4)Chapitre 73 sur 129 · M-1 DUPANLOUP · texte numérisé non relu

M-1 DUPANLOUP

sains m'ont élu membre; et c'est là qu'il est parvenu à nia connaissance que Votre Sainteté désirait quelque chose de moi relativement à la constitution du 18 juillet.

» Je n'ai pas d'embarras à cet égard ; je n'ai écrit et parlé que contre l'opportunité de la définition ; quant à la doctrine, je l'ai toujours professée, non seulement dans mon cœur, mais dans des écrits publics, dont le Saint-Père a bien voulu me féliciter par les brefs les plus affectueux; et j'y adhère de nouveau sans difficulté, trop heureux si je puis par cette adhésion offrir à Votre Sainteté quelque consolation au milieu de ses amères tristesses.

w Parmi les angoisses de la guerre et de l'occupation prussienne, je n'ai pas cessé de travailler au mandement avec lequel je me proposais de promulguer les constitutions du 24 avril et du 18 juillet. Malgré les occupations nouvelles qui m'accablent, je ne tarderai pas à avoir fini ce travail et à faire cette promulgation .

» Et, du reste, dès / mon retour de Rome, j'écrivais aux prêtres et aux fidèles de mon diocèse : « Les luttes de » l'Eglise ne sont pas comme celles de la terre; elles ne se » terminent pas par des triomphes personnels, mais par les » victoires de Dieu et de la foi dans sa volonté sainte » (1).

» Je suis, Très Saint-Père, avec un profond respect, de Votre Sainteté le très humble et le très obéissant serviteur et fils en N.-S., Félix, Evêque d'Orléans. — Bordeaux, le 18 février 187 1. »

La lettre pastorale, dont il est question, parut à Versailles le jour de Saint-Pierre et de Saint-Paul (2). Mgr Dupanloup a également tenu la promesse (3) qu'il avait faite en se mettant

(1) Ibid., 999 c. sq.

(2) Archives powr le droit catholique, 1872, tom. 28, p. XCVIII.

(3) Voir 1er Vol., p. 336.

eu route pour "Rome (i). Aussitôt arrivé à Paris, MgrDarboy avait réuni sou clergé (25 juillet) pour lui aunoncer ses intentions

« S'il y a eu des divergences sur les questions spéciales, ces divergences provenaient moins des questions envisagées en elles-mêmes, que des inconvénients ou des avantages qu'il pouvait y avoir à les soulever et à les discuter. Les évêques qui appartiennent aux pays où la liberté de la presse et la liberté des cultes font partie des institutions publiques, et qui sont forcés, dans une certaine mesure, de tenir compte des exigences de l'opinion, conseillaient en grande partie de se montrer sobre de définitions dogmatiques, persuadés qu'on arriverait à un résultat aussi satisfaisant en n'abordant pas certaiues questions, qui n'avaient pas encore été définies, ou en faisant une déclaration qui aurait suffi pour éclairer et diriger les consciences, ou bien encore en les définissant avec des tempéraments qui, sans porter aucun préjudice à la vérité et à la doctrine, auraient contribué à faire mieux accepter et respecter les

(1) M. Oixiyier {loc. cit., II, 381) croit que Mer Dupanloup dépasse la juste mesure dans sa soumission, comme il l'avait dépassée dans ses attaques; que pendant la lutte il avait complètement oublié ses écrits en faveur de l'Infaillibilité, dont maintenant il communiquait des extraits avec une certaine suffisance. Sur une tournure de la promulgation du décret de l'Infaillibilité, M. Ollivier gai de surtout peu de mesure. 11 écrit : « (Mer Dupanloup] ajoute qu'il promulgue la constitution Pastor œternus sans craindre ni les ombrages vainement suscités, aux- » quels le bon sens des vrais hommes d'Etat sail résister, ni les clameurs des ennemis » de l'Eglise et du Saint-Siège. — Ah ! ceci est de trop,Monscigneur ! Je suis de ces » hommes d'Etat dont le bon sens a résisté à des ombrages vainement suscités, mais » il n'a pas tenu à vous qu'il n'en fût autrement, car à la veille de la définition vous » m'écriviez : Ab ! monsieur le ministre, étant ce que \ousctcs, il me parait dilfi- » cile que vous ne sentiez pas comme nous, en ce moment, cequ'il faut sentir et quel » honneur est engagé ici (30 juin). — D'autres moins fermes que moi, vos amis, ont ressenti les ombrages que vous aviez suscités vous-même, et maintenant qu'à votre passion de 1870 a succédé une autre passion qui vous l'a fait oublier, avec une désinvolture méprisante, vous raillez ceux qui se sont laissé entraîner par vous ! » (P. 381 sq.)

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décisions conciliaires. Quant à la pureté des intentions de ceux qui, d'accord sur le fond, pouvaient soulever des objections ou exprimer des doutes sur la forme, personne n'en était plus convaincu que les Pères du Concile qui n'avaient point la même manière de voir » (i).

A peine deux mois après, le 19 septembre, la capitale fut cernée par les troupes allemandes. /

Le magnanime pasteur dut témoigner jusqu'à l'héroïsme sa sollicitude et son amour pour ses brebis. A la tête de son clergé, dévoué comme lui, il fit tout ce qui était possible pour soutenir et consoler les pauvres, les malades et les blessés, victimes des combats et de la détresse universelle. Mais, dès que parurent les premières espérances de la paix, dès que les communications avec le dehors eurent été rétablies, l'archevêque se tourna vers le Saint Père, prisonnier à Rome, et lui envoya, le 2 mars 187 1, une lettre, pleine de la plus affectueuse compassion et de la soumission la plus respectueuse. Mais il pensait ne pouvoir lui donner de meilleure consolation qu'en lui renouvelant, en termes formels, son adhésion aux décrets du Concile.

a Je m'en voudrais, si je ne prenais occasion de la présente lettre, Très Saint-Père, pour vous déclarer que j'adhère purement et simplement au décret du 18 juillet dernier. Peut-être que cette déclaration paraîtra superflue, après la note que j'ai eu l'honneur de remettre à Votre Sainteté, le 16 juillet (2), de concert avec plusieurs de mes collègues ; mais il suffit que la chose vous soit agréable, comme on me l'écrit, pour que je la fasse avec plaisir, surtout dans les circonstances que vous traversez. Votre Sainteté peut se rappeler que dans cette note nous exprimions l'espoir de

(1) Semaine religieuse de Paris, '2,0 juillet 1870, citée pur M. Ollivier, lue, cit., II, 376 sq.

(2) Voir p. 480 sq. — C. V. 992 b. sq.

réunir l'unanimité des suffrages, si l'on acceptait deux ou trois corrections qui n'atteignaient pas le fond du décret, mais qui adoucissaient la formule. C'est surtout la question d'opportunité qui nous tenait au cœur, ou plutôt à l'esprit, et la crainte, hélas ! de voir les gouvernements se désintéresser de la Papauté. Je sais bien que les hommes ne sont pas forts, ils viennent encore de le montrer, et que Dieu n'a pas besoin d'eux; mais, pourtant, il s'en sert quelquefois. Enfin, c'est fait » (i).

Hélas ! la réponse que Pie IX expédia dès le 20 mars (2), ne parvint pas à l'archevêque. Avant qu'elle n'arrivât à Paris, M.8* Darboy était tombé, martyr de ses convictions catholiques, sous les balles d'une commune impie (24 mai 1871). /

C'est ici le lieu de dire quelques mots de la soumission du Père Gratry, dont les controverses avec l'archevêque de Malines pendant le Concile avaient causé tant de sensation (3). a Jamais la moindre pensée ne m'est venue d'être en opposition avec l'Eglise, pas plus qu'avec Xotre-Seigneur Jésus- Christ », écrivait-il le 18 novembre 1871, et, ajoute son biographe (4), « c'était l'entière vérité. Seulement, comme beaucoup de mathématiciens et de philosophes, il était homme à idées fixes et il avait peine à s'en déprendre. »

Lorsque les malheurs de la France eurent atteint leur maximum, le Père Gratry trouva au printemps de 1871 un refuge à Bruxelles. Mgl Dechamps, sous la juridiction duquel il était alors, chercha aussitôt, par des paroles bienveillantes et par l'exemple de Alontalembert (5), mais aussi par la

(1) Ibid., 997 c. sqq.

(2) Ibid., 998 c. sq.

(3) Voyez 3< vol.. p. 191 sqq.

(4) A.CiiArviN. Le Pin- Gratry (Paris, Bloud, 1901), p. 149.

(5) « Mon Révérend Père, lui écrivait-il, j'ai oublié de vous parler hier de ce que Mme de Montalenibert m'a dit des sentiments de son mari à l'égard de la délinition attendue. L'illustre soldat de l'Eglise, étendu sur son lit de douleur, s'entretenait avec une personne de sa famille : « Charles, lui dit-elle, que ferais-tu si l'Infaillibilité

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