‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 4)Chapitre 78 sur 129 · DÔLLINGER I LA REUNION DE NUREMBERG · texte numérisé non relu

DÔLLINGER I LA REUNION DE NUREMBERG

secours au parti des Jésuites», et pour faire une démonstration contre l'assemblée des évêques, convoquée à Fulda pour le 3o août (i).

Ils arrivèrent à Nuremberg au nombre de treize : les professeurs ecclésiastiques Dôllinger (président), Reischl et Friedrich, de Munich, Reusch, Langen et Knoodt, de Bonn, Baltzer et Reinkens, de Breslau, Dittrich et Michelis, de Braunsberg,Lô\ve, S. Mayer et le laïc Schulte, de Prague. Dès le 26 août (2), ils acceptèrent unanimement une Déclaration (3), rédigée par Dôllinger, dans laquelle les savants réunis affirmaient qu'ils ne pouvaient adhérer aux propositions, contenues dans les troisième et quatrième chapitres de la Bulle Pastor œternus, sur la puissance ordinaire et immédiate, ainsi que sur l'Infaillibilité du Pape, « comme les expressions d'un concile véritablement œcuménique », et qu'ils les rejetaient comme des « doctrines nouvelles qui n'avaient jamais été reconnues par l'Eglise ». Comme motifs de leur refus, ils répétèrent brièvement les reproches que Janus et Quirinus avaient lancés contre le concile du Vatican, et conclurent par un appel à un « concile œcuménique vrai, libre, qui serait tenu, non en Italie, mais en deçà des Alpes », formé par les évêques de la Minorité (qui, « par leur attitude durant le Concile, ont mérité la reconnaissance du inonde catholique »), pour arrêter les désordres causés par la doctrine nouvelle. ,

Tous ceux qui étaient présents, dit Schulte (4), acceptèrent

(1) SCHl'LTE, loc. cit., p. 97.

(2) Scheeren [lue. cit., II, p. 42<5). avec une ironie bien justifiée, parle de la courte durée de leur délibération : « Pendant que le Concile de Rome a employé deux mois entiers pour la discussion de la Primauté, notre concile de Nuremberg, qui cite contre le Concile de Rome le peu de durée de la discussion comme la raison principale de nullité, termina en deux joui s la condamnation de la constitution, et la vota d'une voix unanime, peut-être mémo par acclamation.

(3) Schulte, loc, cit., p. 11 sqq. — C. V., 1731 c. sqq.

(4) Loc. cil., p 97.

entièrement la déclaration; cependant Langen, Reusch et Eeischl refusèrent de la signer avant que leurs collègues absents n'eussent donné leur approbation. On devait donc se résoudre à faire imprimer d'abord la déclaration, puis à la faire colporter par quelques membres pour recueillir les signatures. Et pendant que lentement et péniblement arrivaient les signatures (trente-deux en tout) (i), parut au milieu de septembre la lettre pastorale de Fulda, signée par la plupart des évêques de la Minorité. L'impression en fut si profonde, que le professeur Reischl, à la demande de Dollinger, dut écrire aux membres de l'assemblée de Nuremberg « qu'un changement essentiel était survenu, et qu'après mûre réflexion on avait résolu ici (à Munich) de nepas faire paraître la déclaration avec les signatures, mais de préparer aussitôt un mémoire motivé, en rapport avec la nouvelle lettre pastorale de Fulda, et de le communiquer comme essai d'une manifestation collective (2) ». Le texte de cette déclaration a été reproduit, il est vrai, par plusieurs journaux, mais, comme manifestation officielle, elle n'a pas plus vu le jour que la déclaration de juillet (3), à la grande désolation de Schulte, qui en rendit Reischl responsable (4i.

Naturellement, la conduite de Dollinger envers son archevêque n'était plus un mystère. L'archevêque était prêt à tous les ménagements et à tous les égards possibles, mais son devoir de pasteur lui imposait d'arrêter la révolte contre l'autorité de l'Eglise et surtout le scandale donné aux étudiants et au j>euple. Il fit preuve d'une grande modération en ne publiant que le 20 octobre sa lettre à la Faculté théologique de Munich, dans laquelle il ordonne aux membres de

(1) Ibid., p. 104.

(2) Reischl, Le 20 septembre, à Reikeiis. Schulte, loc. cit., p. 104.

(3) Voir plus haut, p. 614.

(4) Vieux Catholicisme, p. 104 sq.

DOJLLIXGER : TENTATIVE DE M-f SCHERR 277

cette Faculté de faire connaître clairement leur opinion sur les décrets du Vatican (i). /

« Cédant au devoir de ma charge épiscopale, écrit l'archevêque de Munich, j'adresse cette lettre à la Faculté théologique de l'Université Louis-Maximilien, pour écarter, autant qu'il est en mon pouvoir, les doutes angoissants et les inquiétudes qui régnent dans les cercles les plus étendus sur la conduite que va suivre la dite Faculté de théologie touchant le Concile œcuménique et ses récentes décisions.

» Il n'est pas nécessaire d'exposer d'où viennent ces doutes et ces inquiétudes : les causes en sont partout connues, et certainement elles ne sont pas ignorées de la Faculté de théologie elle-même; cela serait du reste trop pénible pour moi, qui, depuis le commencement de ma charge épiscopale, ai toujours témoigné à cet honorable corps une vénération, une estime et un amour tout à fait particuliers, comme elle le sait fort bien.

» Je laisse volontiers le passé dans l'oubli, mais je ne puis permettre qu'au point de vue dogmatique, on puisse avec raison soupçonner un seul de ses membres. »

L'archevêque indique, une fois encore, en peu de mots l'obligation irrécusable qu'impose la décision du Concile; puis il continue : « J'accorde volontiers à tout autre le temps de mettre fin à la pénible lutte intérieure qu'il aura peut-être à subir pour mettre ses idées antérieures d'accord avec les sentences solennelles de l'Eglise enseignante ; mais cela ne m'est plus possible à l'égard de professeurs de théologie qui dans quelques j ours (2)monteront dans leurs chaires. Je ne puis, par mon silence, autoriser quelqu'un à enseigner la science sacrée clans mon diocèse, si je ne suis pas sûr qu'il enseigne

(1) Pièces de l'ordinaire de l'arehevêehé de Munich et Freiting, concernant le Concile œcuménique du Vatican (Ratisbonne, 1871), p. 46 sqq . pièce V. (2; Au commencement du Semestre d'hiver.

sans exception et sans réserve tout ce que l'Eglise catholique propose formellement à uotre foi. Je ne puis permettre que les candidats au sacerdoce soient exposés au péril d'être instruits autrement que ne le demande l'Eglise catholique. Enfin je ne puis supporter, pour vous dire la vérité tout entière, que la vénérable Faculté de théologie, la perle de mon archidiocèse, souille par une singularité illégitime et inutile sa glorieuse histoire et les mérites avérés et considérables de beaucoup / de ses membres actuels.

» C'est pourquoi je vous prie, dans mon amour paternel, honorables Messieurs, d'invoquer l'assistance divine, puis de peser dans une délibération commune vos devoirs envers les décisions du concile œcuménique du Vatican et de m'exprimer d'un commun accord, avec clarté et netteté, comment vous vous y soumettez. . . »

Cette belle lettre se termine par l'exhortation suivante: « Epargnez-moi la douleur, la plus grande assurément de mon épiscopat, d'être obligé d'exercer contre vous les rigueurs que m'imposerait ma charge d'évêque ».

Le résultat de la lettre épiscopale fut que sept membres de la Faculté de théologie répondirent, le 29 novembre, dans une lettre collective (1), qu'ils étaient résolus d'accepter avec une conviction et une soumission .sans réserve le caractère œcuménique du concile du Vatican et ses décisions en particulier celles de Ecclesia Christi. Les signataires étaient les professeurs Fr Reithmayr, Ilaneberg. Thalhofer, A. Schmid, Reischl, Bach et Schonfelder. Le professeur Reischl luimême avait donc, après un moment d'égarement, heureusement retrouvé la voie droite. Le professeur de Droit canon Silbernagl se crut obligé d'exposer sa position canonique par une lettre particulière, datée du 27 novembre, de peur qu'une

(1) Actes, etc , p. 48 sqq , Acte VI.

(2) lbid , p 50 sqq. Acte VII.

DOLLINGER : TENTATIVE DE M.ët SCHERR 279

déclaration commune, à laquelle il n'attribuait que le caractère libre d'un acte privé, ne suscitât « quelque préjudice considérable ». Du reste, il assurait « qu'il n'agirait pas contre la foi qu'il avait jurée, et ne refuserait pas l'obéissance due aux décisions d'un Concile œcuménique, comme l'était sans le moindre doute le concile du Vatican ».

Le professeur Friedrich présenta, le 29 novembre, un écrit (1) dans lequel il énumère longuement les raisons connues, qui le déterminent à compter « tout au plus le concile du Vatican parmi les conciles douteux », et à refuser pour cette raison de l'accepter. Dôllinger, le plus intéressé, garda le silence. /

Cependant Mgr Scherr laissa s'écouler l'année entière sans prendre de nouvelles mesures. Ce n'est que le 4 janvier 1871, presque trois mois après sa lettre à la Faculté de théologie, qu'il s'adressa, dans une lettre très affectueuse et paternelle, au prévôt du chapitre, à Dôllinger lui-même (2). Il se plaint de ce que, à sa grande douleur, il n'a pas trouvé dans la réponse des membres de la Faculté théologique le nom de leur vénérable doyen. Un lemps considérable s'était encore écoulé, pendant lequel il avait inutilement attendu une réponse et une déclaration, que lui devait certainement Dôllinger. Il se voj^ait donc obligé, après une longue hésitation, que Dôllinger saurait apprécier, de lui demander formellement une réponse claire.

« Je comprends fort bien, continue l'archevêque, ce qui vous rend si difficile une déclaration sans détour de vos sentiments sur cette question. Votre glorieux passé s'oppose avec force à une rupture avec l'Église, à laquelle appartient toute votre vie antérieure. D'autre part, vous avez peut être fait de telles concessions à ce parti qui, en Allemagne, suscita

(1) Ibid., p. 52 sqq. Acte YH1.

(2) Ibid., p. m sqq. Acte XI.

contre le Concile, avant et pendant les délibérations, les agitations que l'on sait, et qui, à tort ou à raison, s'appuyait constamment sur l'autorité de votre nom, qu'il vous en coûte beaucoup de vous en séparer.

» Et cependant, il semble qu'il vous serait plus facile de quitter vos compagnons récents que de renier la longue période de votre vie, qui a attaché à votre nom une gloire si légitime, et de rompre en même temps avec l'Eglise catholique.

)> Jetez seulement un regard, je vous en conjure, sur ces productions littéraires, dont nous inonde tous les jours ce parti, qui se sert perfidement du dogme de l'Infaillibilité du plus haut magistère de l'Eglise pour rabaisser dans l'opinion publique l'Eglise catholique elle-même, et qui, certainement à tort, en appelle sans cesse à votre autorité ; puis, demandez-vous à vous-même : En quelle compagnie suis-je tombé? Parcourez ensuite tout le vaste domaine de l'histoire ecclésiastique, trouvez un seul homme qui ait pu se séparer du Saint-Siège de Rome, de la Cathedra Pétri, sans tomber en même temps hors de l'unité catholique ? Considérez sérieusement la fin de tous ceux qui persévèrent dans leur résistance à l'Eglise. Songez enfin au compte sévère que vous devez rendre devant le tribunal de Dieu pour tous ceux que votre exemple aura retenus plus longtemps dans leur séparation d'avec l'Eglise.

» Et si je vous prie d'ôter du cœur paternel de votre pasteur tout le chagrin qui l'écrase à cause de vous, et qui doit ou dispai'aître ou devenir insupportable, vous ne devez attribuer cet appel fait à votre cœur catholique qu'à l'amour que je vous porte...

» Je vous en prie donc et vous en conjure, cessez de favoriser ce qui trouble l'unité et l'union des membres de l'Eglise, et par une résolution héroïque détournez, en vous soumettant franchement à l'Eglise, l'anathème qui pèse, encore à

Page 1