OPPOSITION DE DOLLINGER
cette heure, sur plus d'au catholique honorable ! Je ne puis croire encore qu'au lieu de préparer cette joie à mon cœur de pasteur, vous provoquiez l'autorité épiscopale, qui certainement sera obligée d'exercer et exercera son droit inaliénable, si sa patience, toujours pleine d'espérance, devait enfin être trompée. »
Hélas ! l'oreille du savant de Munich n'était accessible ni à l'amour ni aux menaces qui débordent de cette lettre magnifique. Son choix était déjà fait. « Dollinger, écrit le P. Michael (l), savait parfaitement de quelle manière il répondrait aux sommations qui lui étaient faites. Il n'avait pins besoin de réfléchir. Cependant, il différa sa réponse. Il la donnei^a au bout de quatre semaines et demie, et excusera son retard par des motifs de conscience et par le devoir d'étudier encore cette grave question. Il demandera et obtiendra un nouveau délai, mais pendant ce temps il donnera la preuve irrécusable qu'il n'était pas sincère dans toutes ses protestations. Sa correspondance avec l'archevêque n'est qu'un honteux marchandage. Reusch l'a mis hors de doute, en éditant sous le nom de Dollinger trois articles anonymes contemporains de cette correspondance », et qui attaquaient directement la doctrine de l'Infaillibilité papale.
Le premier de ces articles, du 20 janvier 1871, avait pour titre : Sur la littérature de l'Infaillibilité (2), et était l'annonce de la brochure « La puissance des Papes romains sur les princes, les ]>ays, les peuples, les individus, d'après leurs doctrines et leurs actes, pour l'appréciation de leur Infaillibilité, par Dr J.-F. chevalier von Schulte ». Dans cette brochure, l'auteur se Livre aux attaques les moins fondées contre le Pape et l'Église ; Dollinger n'a cependant
(1) bjnoz r. Dôltmger(& édit.), p. 138.
(2) Reisch, lïulliiigersldeinere Schriften (Stuttgart. Gotta. 1800), p. 421 sqq. — Les articles ont paru dans YAllgemeine Zeilmig.
pour elle que des paroles de louange et d'approbation. exprime l'espoir qu'à tous ceux qui n'ont pas le dessein arrêté de s'aveugler eux-mêmes, cet écrit ouvrira les yeux sur les dangers que ce nouveau dogme entraîne pour l'État et pour l'Eglise. t
Deux jours plus tard (i), il soumit à une critique tout à t'ait hostile, dans un article plus étendu, l'importante lettre pastorale de son archevêque sur l'Infaillibilité, dont nous avons déjà parlé (2).
L'archevêque y avait cité très souvent, pour illustrer et prouver l'Infaillibilité papale, les ouvrages antérieurs de Dollinger, l'Histoire de V Église, le Christianisme et l'Eglise au temps de sa fondation, Eglise et Eglises. Dollinger répond : « La chaîne des témoignages cités se brise dans les mains de celui qui veut les saisir. Les passages sont les uns inventés, les autres mal traduits, d'autres tronqués et, par conséquent, défigurés, d'autres ne prouvent en aucune manière. » Après un renvoi à la brochure de Sehulte, savant « dont les sentiments catholiques sont notoirement irréprochables », « qui a si complètement établi l'évidence de cette affaire », Dollinger finit par ces paroles perfides : « Notre lettre pastorale n'est pas adressée à quelque diocèse de l'Afrique du Sud ou de la Polynésie, ni à des fidèles liottentots, mais à une partie considérable du peuple bavarois, à la Cour et à la Capitale, et aux Chambres qui viennent de s'assembler. On affirme même qu'il y a dans ce diocèse deux Corps enseignants, l'un à Munich, l'autre à Freising. » /
Il existait, en effet, deux corps enseignants, et tous leurs
(1) AHyeiiirine Zeiltuig, 22 janvier: Der Miïnchener Hirleribriefvom S Junuar 767/. Dans Rel'SCH, loc. cit., p. 42o sqq.
(2) Voir plus haut, p. oiTsqq. La Ictlrc pastorale est datée du 2b' décembre 1870; voir Actes, clc , p. 61 sqq., Acte X a) Zur Utifehlbarkeitslileratur. h) Kirchengeschichte c) Christentum und Kirche in der Zcit der Grundlegung. d) Kirclip und Kirchen.
OPPOSITION DE DOLLINGBR 283
membres, à l'exception d'un seul, étaient avec leur archevêque, et non avec Dollinger.
Après avoir publié ces écrits, au mépris de l'avertissement de l'archevêque, Dollinger se mit à l'œuvre pour répondre à cet avertissement. La réponse (i) est datée du 29 janvier (2). Il y dit qu'une déclaration de soumission simple et non motivée ne lui serait pas possible, parce que, dès le commencement du synode du Vatican, il avait maintenu la doctrine opposée, et l'avait établie par beaucoup de raisons. S'il voulait se soumettre, il devrait en mêmetemps se réfuter lui-même, et prouver publiquement que la doctrine qu'il avait proposée autrefois et surtout dans ces derniers temps, était fausse et absurde. A cette fin, il lui fallait étudier de nouveau la question, l'examiner et l'approfondir avec le plus grand soin, ce qu'il avait déjà commencé à faire depuis plusieurs semaines. S'il parvenait à se convaincre que la doctrine de l'Infaillibilité papale était la vraie, qu'elle était fondée sur l'Ecriture et la tradition, et que, par conséquent, il s'était trompé avec la grande majorité des théologiens allemands, il le confesserait sans réserve, publiquement; il irait même plus loin, et s'efforcerait, en avouant ses fautes et ses erreurs, de réparer le dommage que depuis quarante sept ans il avait causé à l'Eglise par les livres qu'il avait écrits et par les propos qu'il avait tenus pour soutenir la doctrine opposée.
r Je sais fort bien, dit il plus loin, que le prêtre doit être prêt à faire à l'Eglise le plus grand et le plus pénible des sacrifices, celui de sa réputation et de son honneur. Mais ce n'est qu'à une condition : celle d'être réellement convaincu de la vérité qu'il doit reconnaître à l'avenir, et de la fausseté de ce qu'il avait enseigné jusqu'alors. Car, sans cette conviction, une telle soumission serait certes un péché et un men-
(1) Antworlschreiben.
(2) Actes, etc , p. 97 sq., Acte XII.
songe grossier, et je suis convaincu que Votre Excellence ne veut pas m'y obliger par ses sommations. Ces sommations ne peuvent avoir que ce sens : « Donne-toi toutes les peines » possibles, et fais tout ce que tu peux, pour te procurer cette » conviction, qui est maintenant la mienne ». C'est ce que je fais en toute conscience, je prie Dieu de m'éclairer, j'examine et vérifie aussi bien que je puis, / mais, à cause de l'ampleur du sujet et de l'abondance des matériaux à examiner, c'est un travail qui exige un temps considérable; je vous prie de me l'accorder et d'avoir un peu de patience pour le vieil homme. »
Telle fut la réponse de Dollinger. Il n'est pas nécessaire de s'arrêter à l'erreur manifeste qu'il soutient en prétendant que depuis quarante-sept ans, c'est-à-dire durant tout son enseignement, il avait écrit et dit le contraire de ce qu'il lui fallait maintenant admettre. Il déplaça aussi manifestement la question, en disant qu'il fallait encore examiner les matériaux de l'histoire, alors qu'il devait reconnaître dans les questions de foi l'autorité de l'Eglise, représentée par tout l'épiscopat. On se demande si Dollinger pouvait loyalement tenir cette lettre pour l'expression de sa pensée, alors qu'il faisait tout son possible pour se fortifier, lui et les autres, dans l'hostilité contre cette Eglise, à laquelle le prêtre « doit être prêt à faire même le plus grand et le plus pénible des sacrifices ». Le P. Michael n'est pas trop sévère, quand il dit à ce sujet (i) : « Schulte (2) dit que la réponse de Dollinger est «véritablement classique». Si on la compare aux attaques, dont nous Tenons de parler, des 20 et 22 janvier de la même année, et à la réplique (à la défense de la lettre pastorale de l'archevêque) qui suivra, le 10 février (3), son explication à
(1) Ignaz v. Dollinger, p. 142
(2) Loc.rit.,p. 190.
(3) C'est le troisième des articles reproduits par Reisch (Ioc. cit., p. 429 sqq.) : \hr Miinchener Hirtenbrief und sein Verteidiger.