‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 4)Chapitre 81 sur 129 · DOLLINGEB : ATTAQUÉS VIOLENTES CONTRE LE CONCILE · texte numérisé non relu

DOLLINGEB : ATTAQUÉS VIOLENTES CONTRE LE CONCILE

milliers de laïques pensent comme lui, et tiennent ces nouveaux articles de foi pour inacceptables ».

Il attaque la légitimité du concile du Vatican, qu'il met, sans pudeur, sur la même ligne que le brigandage d'Ephèse. « Dans toute l'histoire de l'Eglise, écrit-il, je ne connais qu'un seul parmi les conciles dits œcuméniques, où les détenteurs du pouvoir aient, comme dans ce dernier concile, empêché toute discussion approfondie de la tradition : c'est le deuxième concile d'Ephèse de l'an 449 î Ie (C brigandage » se déroula au milieu de la violence et de la tyrannie des factieux ; au concile du Vatican, ce furent le règlement imposé à l'assemblée, la commission pontificale et la volonté de la Majorité qui empêchèrent qu'on se livrât à un examen méthodique et approfondi /

«L'immense majorité des évèques des pajrs latins manquait ou de volonté ou de perspicacité pour distinguer convenablement la vérité du mensonge, le vrai du faux (i). »

Dollinger exagère, jusqu'à la rendre effrayante, la portée des décisions contenues dans les troisième et quatrième chapitres de la Bulle Pastor aeternns. Il parle d'un « système de complète domination universelle et de dictature spirituelle », qui nous menace : « C'est la puissance absolue sur l'Eglise entière et sur chacun en particulier, telle qu'elle

(1) Ces accusations injustes excitent aussi l'indignation de M. Ou.ivikk, qui écrit à ce sujet : « En tenant ce langage, Dollinger déraille visiblement. Comparer le concile paisible et libre du Vatican au brigandage d'Ephèse, c'est dépasser toutes les limites connues de l'exagération. Déclarer ex cathedra, du haut de la chaire de Munich, que la majorité des é\èques institués divinement les successeurs des Apôtres, et que leur Chef, un Latin aussi, sont des ignorants et des lâches, c'est un acte d'omnipotence et d'infaillibilité personnelles, bien plus intolérable que l'Infaillibilité pontificale, qui après tout n'est que celle de l'Eglise elle-même en action. Tant qu'on reste dans la donnée catholique, à laquelle Dollinger ne cesse d'affirmer sa fidélité, le juge de la science des évèques n'est ni un professeur, quelque érudit qu'il soit, ni une Faculté de théologie, quelle que soit la distinction de ses membres; c'est le Saint-Esprit qui prononce par la majorité des Pères, c'est Pierre qui parle par son successeur. » (Loc. cil., II, p. 887 sq.)

est revendiquée par les Papes depuis Grégoire VII, telle qu'elle est exprimée dans beaucoup de Bulles depuis la Bulle Unam sanciam, que tout catholique doit à l'avenir croire et reconnaître. Cette puissance est illimitée, incalculable; elle peut pénétrer partout où, comme le dit Innocent III, i] y a péché ; elle peut punir tout homme ; contre elle, point d'appel; c'est l'arbitraire absolu, car le Pape porte, seloi l'expression de Boniface VIII, tous les droits dans sa poitrine. Comme il est devenu infaillible, il peut en un moment, par ce seul petit mot Ôrbi (c'est-à-dire en s'adressant à toute l'Eglise), changer toute proposition, toute doctrine, toute prétention, en un article de foi infaillible, irrécusable. Contre lui, il n'y a pas de droit, pas de liberté ni personnelle, ni collective, ou, comme disent les canonistes : Le tribunal de Dieu et celui du Pape sont un seul et même tribunal. Ce système porte au front son origine romaine et ne pénétrera jamais dans les pays germaniques. »

Enfin, Dollinger l'affirme une fois encore : « Comme chrétien, comme théologien, comme historien, comme citoyen, je ne puis accepter cette doctrine».

En sentiment de tristesse et de consternation s'empare de celui qui lit ces débordements passionnés. Comment Dollinger pouvait-il tomber dans un tel aveuglement ? Il n'y avait certes plus rien à es}:>érer d'une discussion, même si on avait pu s'y laisser entraîner. Que fit alors l'archevêque?

Pour prévenir de plus grands désordres, par une lettre pastorale (i) courte et claire, du dimanche des Rameaux, i> avril, il avertit ses fidèles des principales erreurs / contenues dans cette lettre si regrettable, et qui devait détacher leur auteur de la religion catholique, s'il continuait à les soutenir. Parmi ces erreurs il cite le projet d'une conférence, dans laquelle Dollinger voulait démontrer comme nulles des

(') Actes, etc., p. 117sqq.. Acte XXI.

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