DOLLINGER : LA CONDAMNATION
vérités qu'an Concile oecuménique légitime a solennellement définies ; de plus, l'exaltation excessive des recherches historiques, qu'il met au-dessus de l'Eglise en livrant ses décisions à la sentence définitive des historiens; enfin, « la supposition tout à fait erronée et l'accusation détestable » que les décrets du 18 juillet sont « absolument incompatibles avec les constitutions des Etats de l'Europe et surtout avec celle de la Bavière », même « si ces doctrines, dont les suites avaient causé la ruine de l'ancien Empire allemand, venaient à dominer dans la partie catholique de la nation allemande, elles porteraient aussi le germe d'une langueur irrémédiable dans l'Empire, qui vient d'être fondé. »
« Les vues, les principes et les jugements, exposés dans cette lettre, ont été, depuis l'annonce du concile du Vatican jusqu'à ce jour, répandus dans beaucoup de livres, de brochures et de journaux, avec une passion et une amertume nullement chrétiennes. Par cette lettre, hélas ! ce qui était depuis longtemps un triste pressentiment, devient une très grande probabilité : l'auteur de cette lettre semble avoir été le chef de tout ce mouvement hostile au concile du Vatican, qui a causé tant de troubles dans les esprits et d'inquiétudes dans les consciences. »
La lettre pastorale se termine par une exhortation pressante à prier pour le salut si compromis de l'auteur de cette déclaration hétérodoxe.
Le lendemain, 3 avril, l'archevêque envoya, par ordre supérieur, la lettre pastorale à Dôllinger, et lui fit connaître (i) en même temps que les étudiants en théologie de l'archidiocèse recevaient défense d'assister à l'avenir à ses cours. L'archevêque, il est vrai, ne pouvait pas l'empêcher lui-même de les continuer ; cependant, comme il le faisait remarquer, il ne le pourrait faire qu'en opposition ouverte
(i) lbid., p. 120, Acte XXII.
avec l'archevêque, gardien légitime de tout enseignement de ia religion catholique. /
Finalement l'archevêque lit remarquer à Dollinger que la (lonstitutio prima de Ecclesia Christi, votée dans la quatrième session du concile du Vatican, était dogmatique, que le rejet des propositions qui y sont définies est une hérésie, que l'hérésie formelle entraîne ipso facto l'excommunication majeure, réservée au Pape ; qu'il devait examiner sa conscience, pour voir s'il n'était pas déjà frappé de cette censure ecclésiastique. « Si ce qu'à Dieu ne plaise, vous deviez persévérer dans l'attitude indiquée par votre lettre, il me faudrait nécessairement déclarer, par une sentence publique et solennelle, que vous avez été exclu de la religion catholique, à laquelle vous avez rendu autrefois de si grands services. »
Comme Dollinger persistait dans sa résistance, on fit savoir, deux semaines plus tard, le 17 avril 1871, qu'il était frappé de « l'excommunication majeure (1) ». Le lendemain, la même sentence fut portée contre le professeur extraordinaire Friedrich (2).
Dollinger, à la vérité, ne s'est jamais uni officiellement à la secte des Vieux-Catholiques ; mais hélas ! il n'a jamais retrouvé le chemin de l'Eglise, sa Mère. La Providence laissa encore vingt ans de réflexion à cet homme de plus en plus isolé; pendant ce temps, des dignitaires, même des plus élevés de l'Eglise (3), ont souvent essayé de le ramener à la vérité, mais toujours sans succès. Ce vieillard de plus de quatre-vingt-dix ans mourut à Munich, le 10 janvier 1890.
Munich était, dans l'Allemagne du sud, le centre du mouvement de protestation contre les décisions du Vatican; au
(1) Actes, etc., p. 134 sq., Acte XXX.
(2) Ibid., p. 138, Acte XXXIV.
(3) Voir Reuschs, Yorwort zu « Briefe und Erklàrungen von I. v. Dollinger ».