‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 4)Chapitre 84 sur 129 · OLLIVIER CONTRE LES OPPOSANTS AU CONCILE · texte numérisé non relu

OLLIVIER CONTRE LES OPPOSANTS AU CONCILE

« Quelle société pourrait se maintenir, si chacun de ses membres ne subordonnait pas son sens particulier au jugement commun ? Ma conscience, dites-vous! Qu'est-ce que votre conscience, / en comparaison de celle que, selon votre foi, Jésus-Christ a allumée à Kome pour éclairer la terre ? Kien de plus sacré que les droits d'une conscience, à une condition toutefois: c'est qu'elle ne soit ni déréglée, ni erronée, ni faussée. Comme toute conscience n'est pas droite, tout ce qui est selon la conscience n'est pas droit. Il est certaines consciences perverties par des sophismes ou gangrenées par les passions auxquelles il n'est pas permis d'obéir. N'est-ce pas le cas? Comment ! d'un côté il y a le Pape, les évêques, le Concile, les théologiens, les prêtres, les fidèles ; de l'autre côté, vous ! Et vous déclarez que votre opinion vaut plus que celle du Pape, des évêques, du Concile, des théologiens, des prêtres, des fidèles ! L'Eglise entière, à laquelle une assistance spéciale a été promise, se trompe ! Vous seul, à qui nulle promesse n'a été donnée, êtes infaillible ' Comme Luther, vous dites au Pape : « Pape, tu as prononcé avec le » Concile; à moi maintenant de décider si j'accepte ou si je » rejette ton jugement (i) ». A la bonne heure! Mais avec un tel délire d'infatuation personnelle, pourquoi prétendez-vous demeurer encore dans l'Eglise ? Ce n'est pas cette vieille Eglise qui, comme vous l'en accusez, se transforme et vous rejette; c'est vous qui vous précipitez hors d'elle, poussé par les paroles qu'elle n'a cessé de répéter depuis son premier j our : <c La foi a pour compagne l'obéissance et pour mère l'humi- » lité (2) ». Cessez donc de tromper les autres ou de vous tromper vous-même; allez grossir, d'Aine secte de plus, les sectes protestantes; devenez philosophes, rationalistes, positivistes,

(1) De Conciliis, art. 115. (Citation d'Ollivier, extraite de la préface du de Concili de Bellarmin).

(2) Bellarmin, ibid., préface.

darwinistes, ce que vous voudrez; ne persistez plus à accréditer votre révolte auprès des simples en vous réclamant de la foi de l'Eglise catholique. Où est cette foi, si elle n'est pas dans le Pape et dans le Concile? Mais le Concile, ripostez-vous, n'a pas été œcuménique, il a manqué de liberté, ses décrets n'ont pas réuni l'unanimité morale. De quel Concile n'a-t-on pas d'abord mal parlé ainsi, et auquel n'a-t-on pas ensuite respectueusement obéi ? Il en sera de même du concile du Vatican. Les divers reproches dont il a été l'objet, excusables dans la chaleur de la lutte, n'ont pas supporté / l'examen de sang-froid du lendemain. La liberté a été entière, et l'unanimité morale, qui n'était pas indispensable, a existé: 45i contre 2 (1), et si l'on veut ajouter les abstenants qui ne disputaient que sur l'opportunité et qui se sont soumis, 45i contre 52 (2). Pouvait-on désirer une unanimité morale plus écrasante ? D'ailleurs, qui vous donne le droit de prononcer que le Concile n'a pas été œcuménique ? En règle, le signe unique de l'œcuménicité d'un Concile est qu'il a été confirmé par le Pape. Voulez-vous avec Bossuet, qu'on ne sache certainement si un Concile a été œcuménique que par l'assentiment de l'Eglise? Quel Concile a reçu un assentiment aussi immédiat que celui du Vatican ? (3) » /

(1) En réalité, 533 contre 2; Ollivier donne ici le scrutin de la 80e Congrégation générale (voir plus haut. p. 479) au lieu de celui de la session publique (voir plus haut, p. 499).

(•2) En réalité, 533 contre 52 ; Ollivier pense manifestement aux 55 signataires de l'adresse au Saint-Père du 17 juillet 1870. — C V. 994 b sqq.

(3) Ollivif.r, loc. cit., II, 394 sqq.

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