‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 4)Chapitre 88 sur 129 · LA LETTRE DE LORD ACTON · texte numérisé non relu

LA LETTRE DE LORD ACTON

sa foi, et veut à l'avenir rester inséparablement unie à ces hommes, dont la conduite récente a réveillé la confiance de tant de personnes. Mais lorsqu' « arriva l'heure de la décision critique », « la direction désirée » disparut tout à coup. La foi sincère que beaucoup avaient en la vérité de leur parole et en la fermeté de leur sentiment, était ébranlée, depuis que quelques évêques avaient proclamé le décret « sans ajouter qu'il renfermait des erreurs et venait d'une autorité insuffisante ». « Des évêques qui ont jugé le décret illégal, la doctrine anticatholique, ne font rien pour en empêcher l'acceptation par les fidèles. Rien d'étonnant que l'on se demande aujourd'hui si / ces imposantes proclamations ont été approuvées à Rome, ou regardées comme sérieuses. »

La lettre se termine par l'avertissement suivant : « Si vous avez réellement, vous et d'autres, embrassé cette opinion, vous aurez à réparer un grand nombre d'erreurs déplorables... Si les évêques eux-mêmes sont arrivés, à la dernière heure, à se convaincre, et s'ils admettent comme doctrine et comme loi de l'Eglise le contraire de ce qu'ils ont soutenu, ils se sentiront inévitablement poussés à réparer le scandale qu'ils ont donné..- Si des prêtres et des laïques rejettent maintenant les décrets, ce n'est que l'effet de leur exemple, l'écho de leurs paroles épiscopales. Le mouvement obéit à l'impulsion qu'ils ont donnée et suit la voie qu'ils ont tracée. Ils en sont les auteurs et les guides naturels. Si la défense de l'ancien organisme de l'Eglise se maintient dans les limites légales et garde son rôle conservateur, ou si la science catholique est forcée à livrer un combat qui pourrait se tourner contre les détenteurs mêmes de l'autorité dans l'Église, eh bien, les évêques en répondront. « Vous n'oublierez pas, je crois, vos paroles, continuait lord Acton, vous ne renierez pas votre œuvre; car je place ma confiance en ces

évêques il y avait parmi eux des Allemands — qui, à la

dernière heure du Concile, avertirent leurs collègues « qu'on

devait lutter jusqu'à la fin, et donner au monde l'exemple du courage et de la persévérance, dont il avait tant besoin. »

Parmi les membres de la Minorité nommés dans le pamphlet, se trouvait Mgr de Ketteler, évoque de Mayence. Il releva aussitôt le gant et donna à son injuste provocateur une réponse méritée. La Minorité du Concile (i) n'avait que quinze pages, mais était écrasante pour l'adversaire.

D'abord Mgr de Ketteler conteste le droit que s'arroge le Lord anglais de se donner comme le représentant d'une grande partie du monde catholique : « Lord Acton est un élève de Dollinger et appartient à cette école trop connue que Dollinger dirige depuis quelques années... Il peut donc parler en son nom et au nom du petit nombre de partisans qui pensent comme lui, mais nullement au nom d'une grande partie du monde catholique » /

Veut-il voir dans la Minorité des Pères du Concile les vrais témoins de la foi de l'Eglise, en contradiction avec la décision du Concile même? Il n'en a pas le droit, comme catholique. Nous sommes certainement « de vrais témoins », écrit l'évêque, en ce sens que nous avons rendu témoignage d'après notre conviction loyale, mais nous n'avons, en toute vérité, aucune prétention au titre de témoins infaillible^. Chacun de nous n'a déposé son témoignage qu'avec la volonté de se soumettre sans restriction au témoignage universel de l'Eglise infaillible. Si donc Lord Acton parle sérieusement quand il se prétend résolu à rester inséparablement uni à ces hommes, il doit donc aussi les suivre dans leur soumission à l'autorité de l'Eglise. La plainte de manquer de la « direction » désirée, du côté des évêques est donc sans fondement; cette « direction » se trouve précisément dans l'exemple de la soumission aux décisions du Concile inspirées par le Saint-Esprit, soumission qui résulte de la conviction de

(1) Mayence, Kirehheim, 1870.

RÉPONSE DE MÉf* DE KETTELER 307

leur propre faillibilité et de l'Infaillibilité de l'Eglise. Mais si Lord Acton, au lieu d'agir ainsi, veut chercher son salut dans des assertions émises pendant les discussions qui précédèrent la décision du Concile, il n'en a pas le droit, puisque ces assertions ne prétendent nullement être même de loin des jugements irréi'ormables. C'est ce qui s'appelle mettre tout à l'envers, et refuser à l'Eglise l'autorité qui n'appartient qu'à elle, pour l'attribuer à quelques évêques en particulier.

Mais beaucoup de ces assertions, attribuées aux évêques de la Minorité, ne leur appartiennent aucunement. Lord Acton a tiré à lui les citations de la Synopsis analytica. « Bien des textes se trouvent rapportés de telle manière qu'ils ont chez lui une signification tout autre que dans leur contexte primitif. D'autres textes sont tout à fait falsifiés ; » ce que Mgr de Ketteler prouve clairement par une série d'exemples. ce Mais si dans ces textes il y a quelques expressions peu claires, insoutenables ou erronées, ce sont là des erreurs de quelques particuliers qu'on ne peut en aucune manière imputer à tous les évêques de la Minorité.

» Il est inadmissible, déclare avec raison Mgr de Ketteler, et ce serait détruire complètement l'ordre divin de l'Eglise, que des hommes qui n'ont pas assisté au Concile, qui n'ont qu'une connaissance très défectueuse de la marche de ses délibérations, et qui souvent n'en savent que ce qu'une presse très hostile leur a appris, / puissent se servir des déclarations faites par quelques évêques au cours des discussions sur les conditions d'un Concile légitime, pour attaquer la validité du présent Concile. Il n'appartient pas à des évêques pris en particulier, encore moins à un simple laïque ou à un simple prêtre de prononcer un tel jugement. »

Le vaillant évèque repousse avec indignation la prétention d' Acton, quand il affirme que les prêtres et les laïques, en rejetant les décrets, ne font que suivre l'exemple des évêques de la Minorité, l'impulsion qu'ils leur ont donnée et la voie

qu'ils leur ont tracée. « Qui doue, dit-il, connaît si peu ce qui se passe en Allemagne pour pouvoir dire en toute vérité que Dollinger et les autres professeurs qui dirigent le mouvement sont « l'écho » de ces paroles épiscopales, qu'ils ne font qu'obéir à « l'impulsion » des évoques, et suivre la voie tracée par eux ? Qui peut dire, en restant dans la vérité, que les évêques sont les « auteurs » et les « guides » de ce mouvement ? Il est impossible de travestir plus complètement la réalité.

» C'est un fait notoire, au contraire, que le mouvement qui tend à rejeter les décrets du Concile, a une origine tout autre. Cette tendance qui s'était manifestée depuis longtemps, d'abord dans les fameux articles de VAllgcmeine Zeitang, puis dans le Janus, ce ramassis de haine et de mensonge contre la Primauté, enfin dans les correspondances sur le Concile et surtout dans celles que publia YAllgemeine Zeitung, cette tendance n'a certes pas été déterminée par les évêques et par leur conduite. Elle a cherché peut-être à faire d'eux ses instruments, elle a annoncé triomphalement Tinfluence qu'elle gagnait peu à peu sur eux, sur leur conduite et sur leurs résolutions. Elle a détourné de son vrai sens toute parole courageuse, toute démarche virile et résolue, et cherché à les faire servira ses desseins; enfin, par tous les moyens elle a dénoncé le Concile à la libre pensée du temps, et excité les puissances séculières contre la liberté du Concile et l'indépendance de l'Eglise, même dans les questions de foi. Chaque évêque, resté fidèle à l'Eglise, se trouvait dans une position extrêmement pénible; il devait ou bien renoncer à exprimer librement sa propre conviction, ou s'exposer au péril d'être adulé par le parti / hostile, et représenté comme un homme qui (pour me servir encore de l'expression de Lord Acton) considère « le concile du Vatican comme une longue intrigue, conduite par la ruse et la violence » .

M8* de Ketteler, en terminant, ne fait aucune difficulté pour

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