‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 4)Chapitre 89 sur 129 · LE CHEVALIER DE SCHULTE · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER DE SCHULTE

déclarer que la lettre de Lord Acton « est une production pleine d'erreurs et de perfidies, partant d'une manière de voir qui méconnaît jusqu'aux principes les plus élémentaires de l'Eglise ».

C'était la première passe d'armes depuis la déclaration de Xuremberg (i). La seconde amena des deux côtés plusieurs champions dans la lice.

Les treize professeurs, assemblés le 26 août à Nuremberg, s'étaient contentés, dans leur déclaration, de citer plusieurs arguments extraits de Y Allgemeine Zeitung contre les décisions du Concile; ils promettaient d'en publier sous peu « le développement rigoureusement scientifique ». Trois professeurs de trois Universités se partagèrent cette besogne: Scliulte, de Prague, Langen, de Bonn et Reinkens.de Breslau. Le chevalier de Scliulte, grâce à son zèle quasi fanatique et à sa prodigieuse fécondité, laissa les deux autres dans l'ombre. Dans la première moitié de l'année 1871, il ne publia pas moins de quatre ouvrages, brochures ou livres volumineux, dont le premier et le plus perfide eut en peu de mois une seconde édition, presque double de la première, et provoqua toute une série de réponses ; les autres eurent, il est vrai, moins de succès.

Cet ouvrage, qui fut quelque temps célèbre, avait pour titre : Le pouvoir des Papes de Rome sur les princes, les pays, les peuples, les individus, d'après leur doctrine et leurs actes, pour l'appréciation de leur Infaillibilité, par le Dr Jean Friedrich, chevalier de Scliulte, professeur ordinaire publique de Droit canonique et germanique à l'université de Prague (2).

(1) La brochure embrouillée du D1' Eb. Zirngiebl : Dus Vatikanische Konzil mit Ruclcsicht auf Lord Actons Sendschreiben und Bischofv. Kettelers Antworl (Mùnchen Ackermann, 1871), ae mérite pas une attention particulière.

(2) Prague, Tempsky, lre éd., 92 pages, 2e édit., 133 pages. — Les autres écrits de Schulte étaient: 2° Le décret de l'Infaillibilité du 18 juillet 1870 examiné (tu point

Celui qui n'a pu être témoin attentif des événements, / s'il lit aujourd'hui, après plus de trente ans, les exagérations fantastiques et les inexactitudes grossières que cette « explication rigoureusement scientifique » offrait an public, peut comprendre quelles devaient être alors l'excitation et la prévention des esprits, puisque les catholiques les plus distingués se crurent aussitôt obligés de réfuter, par des réponses directes et avec de solides preuves à l'appui, des affirmations dont la faiblesse et la fausseté apparaissaient d'elles-mêmes à un regard impartial.

Le but avoué du travail de Schulte était de rendre attentifs « gouvernants et gouvernés » sur le péril dont la définition du Vatican menaçait l'Etat, et par conséquent de dénoncer aux gouvernements l'Eglise catholique, qui avait accepté cette définition comme article de foi. Pour voir jusqu'où se laisse entraîner Schulte dans ses calomnies, on n'a qu'à lire le passage suivant (i) : « Si ces principes [sanctionnés par les conclusions du Concile] sont mis en vigueur, aucun prince non-catholique n'est plus sûr de son trône, aucun gouvernement dirigé par des non -catholiques n'est plus sûr de sa puissance, aucun non-catholique n'est plus sûr de sa vie, de son honneur, de sa fortune; si de tels principes sont mis en vigueur, dans certaines circonstances — en cas d'excommunication — aucun prince catholique, aucun gouvernement

de vue de son obligation dans l'Eglise, par II. v. Sch. Prague, Tempsky, 43 pages. En somme, la collection d'articles du Mercure du Rhin avait, comme on l'a supposé pour de bonnes raisons, un autre auteur. Voir la discussion de J. Hergenrôther, dans Archiv fur Kathol. Kirchenrecht, vol. 25, p. ( i.wi sqq. — 3° Denksclirifl iiber das Verhâltnis des Staates zu dru Sàtz&n der pâpstlichen Konstilution von ISJuli 1870,gewidmet den Regierungen Deutschlands und (hterrrie/is. Ebd ., 94 pages. Discuté par Scheeben, /oc. cit., III. 330 sqq. — 4° Die Stellung der Konzilien, Papste und Piiscltiife vom historischen und kanonistichen Standpunkte und die pâpstliche Konstilution vom 18 Juli 1870. Mit den Quellenbelegen. Ebd., VIII, 339 et 280 pages, Discuté par Scheeben, loc. cit., p. 339 sqq. (I l"-e édition, p. 71, n° 57.

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dirigé par des catholiques, aucun catholique n'est plus en sûreté, puisque chaque jour on peut. prendre des mesures semblables à celles qui ont été employées du XIe au XVIIe siècle. »

Et la preuve de ces affirmations horribles ? La voici en forme syllogistique : Ce qui a été enseigné autrefois ex cathedra sur la puissance des Papes dans les rapports de l'Eglise et de l'Etat dans les affaires civiles, / est maintenant article de foi (i). Or, les Papes, comme les documents nous le montrent, ont enseigné ex cathedra beaucoup de choses qui sont immorales, nuisibles aux princes et aux Etats, aux peuples et aux particuliers, contraires aux droits de la puissance séculière, absurdes et intolérables. Donc, depuis ladéfinition du 18 juillet, ces enseignements sont des dogmes, des vérités absolues et inébranlables, par conséquent les princes et les peuples ne sont plus sûrs de leur tranquillité (2).

Comme on le voit, la majeure suppose ce fait absolument faux que le Concile a déclaré infaillibles, des décisions qui ne se rapportent ni à la foi ni aux mœurs. L'auteur ne pouvait prouver la mineure qu'en donnant comme décisions ex cathedra ce qui n'a absolument rien de commun avec elles. C'est ce qu'il fit en effet (3). Il alla chercher surtout dans l'arsenal de Y Allgemeine Zeitung (4) tout ce qu'il pouvait y avoir d'odieux contre les Papes depuis Grégoire VII jusqu'à Pie IX. Lettres, décrets, discours, actes accomplis par les Papes comme personnes privées, comme souverains des Etats de l'Eglise, comme suzerains, ou même, peut-être, comme arbitres reconnus entre les princes catholiques et les

(1) Ibid.,p. 8sq.

(2) Voir J.- Hergenrother dans les Archiv fui- kutholisches Kirchenrecht, vol. 25, p. CXIX.

(3) 1™ édition, pp. 28-51.

(4) Voir les preuves dans J. Hergenrother, loc. cit., 25e vol., p. exix sq.

peuples du moyen âge, par conséquent dans des conditions qui ne se vérifient plus depuis longtemps ; tout cela devait porter la marque de la décision ex cathedra. On fouilla même les Bulles Unam sanctam, Unigenitiis , le Syllabus, comme l'avait déjà fait VAllgemeine Zeitung, pour en arracher avec violence et mauvaise foi les armes nécessaires à cette attaque. Dans la seconde édition (i), Schulte croj^ait même avoir découvert une décision ex cathedra de Léon le Grand, qui attribuait l'infaillibilité à l'empereur et à l'impératrice. Il était si convaincu de l'importance de sa découverte qu'il écrivait : « Si un seul évêque en avait averti le Vatican, la Constitution dogmatique du 18 juillet serait devenue impossible (2) ».

Ne comprend-on pas, par ces quelques preuves, que cet écrit, comblé d'éloges par les ennemis de l'Eglise (3) /, devait exciter l'indignation des catholiques ? Le jugement qu'en porte le professeur Vering, est dur, mais mérité ; il l'appelle « ce qu'on a vu jusqu'ici de plus monstrueux dans le domaine de la chicane anticatholique (4) ». L'évêque de Mayence dit à ce sujet : « A quelles absurdités n'entraîne pas la passion ! Cet écrit est vraiment scandaleux dans la plus mauvaise acception du terme, et fait pour le scandale (5) ». Il ne faut qu'admirer davantage le calme et le sérieux de ces hommes qui entreprenaient de réfuter des attaques si passionnées.

Nous trouvons un beau modèle de cette noble objectivité dans la critique, que fit de cette brochure le professeur Joseph Hergenrôther dans les Archiv fur Katholische Kirchen-

(1) P. 111 sqq.

(2) 2e édition, p. 128.

(3) Voir, par exemple, les déclarations de VAllgemeine Zeitnng, de la Kôlnisrhc Zeitung, de la Presse de Vienne, dans les Stimmen ai s Maria-Laach, Xeue Folge, Heftl2, S. 91.

(4) Archiv fur Katholisches Kircltenrecht, Bd. 2o, s. clxiv, 7.

(5) Das unfehlbare Lehramt des Papstes, usw. s. 88, Ann.

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