REPONSE DU CARDINAL MANNING
cette doctrine même. » Il oppose ensuite, aux assertions de Gladstone, les affirmations suivantes : « i° Les décrets du Vatican n'ont pas changé un iota ou le moindre point aux devoirs ou aux conditions de la fidélité des sujets. 2° La fidélité des sujets catholiques est aussi indivisible que celle de tous les chrétiens et de tous les hommes qui reconnaissent une loi morale, divine ou naturelle. 3° La fidélité des sujets n'est illimitée pour aucun homme, et c'est pour cette raison qu'en ce sens elle est partagée chez tous ceux qui croient en Dieu, ou qui se laissent conduire par leur conscience. 4° Ce n'est que dans ce sens, et dans ce sens seul, qu'on peut dire que la fidélité des sujets catholiques est partagée. La fidélité de chaque citoyen chrétien en Angleterre est limitée par la conscience et par la loi divine, celle des catholiques l'est de même, ni plus ni moins. »
La réplique se termine par un avertissement au sujet de la paix religieuse : « La paix publique a été consolidée depuis un demi-siècle en Grande-Bretagne, parce qu'on a évité les conflits religieux et qu'on a écarté de nos lois des inégalités. L'Allemagne aurait goûté la môme paix et le même repos, si ses hommes d'Etat n'avaient pas, dans une heure mauvaise, succombé à la tentation de ranimer le feu des discordes religieuses./ La main d'un homme, plus que tous les autres, lance ce brandon de discorde dans l'Empire allemand. L'histoire de l'Allemagne inscrira le nom du Dr Ignace de Dollinger comme celui de l'auteur de ce malheur national... Dieu daigne préserver nos royaumes des malheurs publics et privés qui fondent manifestement sur l'Allemagne. »
Cependant l'archevêque ne se contenta pas de cette protestation. Au mois de janvier 1876, il publia une brochure (1)
(1) The Vatican Décries in their bec/ring on civil allegiance, by H.-E. theArch- BISHOP of Westminster, London, Longmans, etc., 1875 (X u. 193 p.). Une traduction allemande parut aussitôt chez F. Kirchheiin, à Mayence, 187o (VIII, 178 p.).
portant le même titre que celle de Gladstone, et passa de la défense à une attaque sûre de la victoire, preuve évidente que « la situation des catholiques était déjà bien meilleure qu'au mois de novembre (i) ».
Ily prouve cinq thèses, qui sont le développement des propositions de sa lettre : i° Les décrets du Vatican n'ont changé ni un iota ni le moindre point aux devoirs ou aux conditions de la fidélité civique ; 2° les rapports de l'Eglise catholique avec les puissances civiles du monde ont été établis dès le commencement d'une manière immuable, en tant qu'ils résultent, par la loi naturelle, de la constitution divine de l'Eglise et de l'organisation de la société civile ; 3° tous les conflits présents ont été provoqués, non par l'Eglise catholique, encore moins par le concile du Vatican, mais par un changement d'attitude chez les autorités publiques, et cela par suite d'une conjuration systématique contre le Saint- Siège ; 4° par ces. changements et ces conflits, les puissances séculières de l'Europe minent leur propre autorité ; 5° le motif qui a porté le concile du Vatican à définir l'Infaillibilité du Pape, ne vient absolument pas d'une politique ou d'une fin terrestre; le Concile a défini cette vérité, malgré tous les périls qui le menaçaient du côté du monde, pour conserver le dépôt divin du christianisme et pour sauver la foi.
Msr Manning conduit son raisonnement avec beaucoup de pénétration et de vigueur. Il montre à 1' «accusateur politique » que, bien avant le Concile et de tout temps, le Pape / avait été infaillible. Si donc l'obéissance civile des catholiques était sans partage avant 1870, elle l'est encore depuis. Si Gladstone accorde le premier point, il ne peut plus attaquer le second. Il explique ensuite d'une manière remarquable le rapport fondamental, établi par Dieu lui-même,
(1) F. Rifss. foc. ci*., p. 307.