‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 4)Chapitre 94 sur 129 · RÉPONSE DU CARDINAL MANNING · texte numérisé non relu

RÉPONSE DU CARDINAL MANNING

entre l'Eglise et l'Etat, et place dans son vrai jour cette puissance indirecte, si décriée, sur les gouvernements et les princes. Quant au spectre, ressuscité par Gladstone, du pou voir de déposer les princes, Mgr Manning vient à cette conclusion : Ce pouvoir indirect a pu amener parfois, au moyen âge, la déposition de princes couronnés ; la déposition de la reine Victoria ne serait pourtant, vu les circonstances toutes différentes, «ni légitime, ni juste, ni légale » (i). Il ne nous est pas possible de rapporter la substance des chapitres suivants sur les attaques de la puissance civile, sur le et faux progrès, et les véritables motifs de la définition. L'archevêque n'apporte pas moins de quinze raisons solides pour établir la nécessité de la définition (2) ; il les résume finalement en une seule raison : «M. Gladstone demande : ce Pourquoi a été faite la définition ? » Je lui répondrai : « Le concile du Vatican a défini l'Infaillibilité du chef de l'Eglise, parce que, sans cette Infaillibilité, le magistère de l'Eglise aurait été affaibli dans tout l'univers (3). »

Grâce à cette brochure de l'archevêque de Westminster, la lutte, si passionnément engagée, s'est terminée, en moins de trois mois, en faveur des catholiques; il faut attribuer aussi cette victoire à la coopération d'autres catholiques, évèques, prêtres et laïques, qui, à peine quelques jours après Mgr Manning, sontdescendus dans l'arène. XX. SS. Cliffor: . Vaughan (5), Ullathorne (6), réfutèrent avec beaucoup de vie, dans leurs lettres pastorales, les attaques de l'ex-premier

(1) Loc.cit., p. 85.

(2) Ibid., p. 157 sqq.

(3) lbid., p. 169.

(-4) Catholic AUegiance, Qifton, 25 nov. 1874 ■

(5) Pastoral letlers, London, 3 déc. 1874.

(6) The Dbllingeriles, M1 Gladstone and ihe Apostates from the Faith, London, 17 nov. 187-4. M1' Gladstone' s Expostulation unravelled, London, l87o

ministre. La lettre que le P. Xewman (i), si universellement aimé, adressa en cette circonstance au duc de Xorfolk, produisit une très grande impression. /

Cette simple circonstance, que le P. Xewman reprochait à certains champions trop ardents de l'Infaillibilité, d'être, en quelque manière, la cause de cette hostilité de Gladstone (2), assurait à sa lettreunaccueil favorable chez beaucoup de ses concitoyens, même parmi les protestauts ; tandis que ceux qu'avait atteints son blâme, éprouvaient une grande peine de ce qu'il avait méconnu leurs bonnes intentions (3). Quant à sa foi personnelle à l'Infaillibilité pontificale, le P. Newman l'affirme de la manière la plus formelle (4). Mais il montre toujours les plus grands ménagements pour les préjugés qui dominent en Angleterre, et s'adapte aux conceptions et à la mentalité de ses adversaires. Il a prouvé que c'est pour M. Gladstone un devoir d'honneur de reconnaître qu'il n'y a pas eu dans la religion catholique, ni avant, ni après le Concile, le moindre obstacle à l'obéissance due à l'autorité civile.

Parmi les laïques qui répondirent à M. Gladstone, lord Acton mérite une mention particulière. Il avait quitté les Vieux-Catholiques allemands, sans cependant changer essentiellement ses vues sur le Concile. Il est même certain que M. Gladstone, peu de temps avant la publication de sa brochure, lui avait personnellement fait visite et en avait

(1) A Letter addréssed lo His Grâce the Duke uf Norfolk, on occasion oj M* Gladstone's récent Expostulation by John Henry Newmam, D. D., of the Oratory,

London, Pirkering, 1873(131 pp.), (parut on traduction allemande chez Herdcr, à Fribourg en Brisgau, 1875 [170 p.]).

(2) Edition allemande, p. 2 .

(3) Surtout l'éditeur de la Dublin Review, W.-G. Ward, qui le publie dans une lettre pleine de tristesse, le 20 janvier 187.'i. Voir W.-G. Ward (nul the Cal/iolicRevivalby W. Ward (London, Macmillan, 1893), p. 212 sqq.

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