L AUTRICHE : PROTESTATION DE STREMAYR 33S
siècles qui aboutit en définitive à donner aux partis extrêmes une suprématie incontestée; quelque louable que soit d'ailleurs son but, quelque respectables que soient les personnes et les tendances de ses chefs, s'appuyant sur ce principe, après tout admissible, qu'à l'indifférentisme croissant de nos jours peut seul remédier un développement plus énergique de la vie religieuse et des pratiques plus efficaces, même extérieurement, de l'influence spirituelle, on a constamment tendu à une centralisation plus accentuée des éléments religieux et, par conséquent, à la plus grande consolidation de la suprématie pontificale. Le couronnement de tous ces efforts était la proclamation solennelle comme dogme de l'Eglise catholique, et sous la sanction expresse d'excommunication majeure, faite par le concile œcuménique actuellement siégeant, dans sa séance solennelle du 18 juillet de cette même année, de l'Infaillibilité pontificale dans toutes les matières touchant la foi. et les mœurs.
» Avec ce nouveau dogme, — qui n'a été d'ailleurs reçu par les fils même les plus dévoués de l'Eglise qu'après une opposition persistante, — avec ce nouveau dogme, l'Eglise catholique a fait irruption dans un domaine qui lui était jusqu'ici étranger. Par là, s'est opéré dans l'intérieur même de l'Eglise une si profonde révolution que le contre-coup ne peut tarder de s'en faire sentir dans toutes les relations entretenues jusqu'ici par l'Eglise avec les gouvernements. Le nouveau dogme est donc le motif qui me détermine à vous l'aire actuellement et très humblement cette proposition (i). »
Naturellement le ministre des cultes ne pouvait s'empêcher de chercher à ces assertions quelques fondements. Il prouve, pourtant, de suite, qu'il vient lui aussi de mettre le p;ed sur un terrain étranger, car il parait prendre l'Infaillibilité pontificale pour une inerrance complète qui annulerait selon lui la
(1) C Y. 1716 d. sqq.
prétendue limitation de l'Infaillibilité aux choses de la foi et des mœurs. Il dit en effet :
« C'est chose évidente qu'à celui-là seulement qui ne peut en général jamais se tromper, il appartient de décider ce qui est ou non de sa compétence, et il n'est pas moins connu que de tous temps les Papes ont reculé très loin les limites de leur compétence,/ revendiquant en particulier des portions considérables de la vie publique comme relevant exclusivement de leur charge. »En preuve des prétentions pontificales, il apportait, suivant la coutume, quelques articles du Syllabus, qu'il date des environs du 8 septembre au lieu du 8 décembre 1864; puis il conclut :
« Il s'ensuit qu'en présence d'un gouvernement qui revendique une telle compétence et se désigne en même temps comme infaillible, la conduite adoptée jusqu'ici jîar le gouvernement ne peut suffire. Le devoir s'impose de chercher les moyens de prévenir les suites dangereuses que ce nouveau dogme aura tant pour l'Etat que pour la vie civile (1). »
Quels sont donc ces moyens? Le ministre rejeta vivement le premier qui s'offrit à lui. C'était la voie préventive par le Placetum regium. Les raisons qu'il apporte pour le combat tre, sont certainement ce qu'il y a de mieux dans son rapport; aussi n'hésitons-nous pas aies rapporter, parce que la conduite d'autres Etats, qui emploient encore ce moyen de violence, se trouve ainsi condamnée par un homme dont ils ne contesteront certainement ni la compétence, ni l'indépendance pleine et entière.
« La voie qui se présente tout d'abord au gouvernement de Votre Majesté, dit le ministre, est la voie de la prévention. On aurait pu proposer à Votre Majesté un projet en vertu duquel les relations de la curie romaine avec les évêques et fidèles de l'empire auraient été soumises à des restrictions et