LE MOUVEMENT I) OPINION
les écrits, et ils sont nombreux, dit le nonce le \ mai, qui paraissent contre le concile, contre Rome, contre le Saint- Siège, sont dévorés avec une véritable avidité ; les photographies de certains personnages de l'opposition plus en vue, ont un succès vraiment étonnant. A certains jours, un seul libraire vend jusqu'à cent exemplaires des portraits de Dollinger, Gratry, Strossmayer, Dupanloup, etc. » Le malheureux roi de Bavière, témoignait lui-même à Dollinger une haute estime à cause de son opposition au concile. A l'anniversaire de naissance du vieux savant, le 28 lévrier, il lui envoya une lettre autographe pour le féliciter et exprimer l'espoir qu'il ne se lasserait pas de travailler et qu'il continuerait vaillamment le combat pour le salut de l'Etat et de l'Eglise (1). D'après le nonce Méglia, au printemps l'apostat Hyacinte Loyson séjourna quelque temps à Munich et s'entretint assidûment avec Dollinger. Le nonce ne put savoir quel dessein l'avait amené. Ce n'était certainement pas pour prévenir les nombreuses délections qui menaçaient Rome. // « En Bavière, et surtout en Souabe, écrit le nonce au cardinal Antonelli, le 4 mai, on travaille actuellement, à l'instigation de qui, je ne le sais, à fonder une Associalion catholique pour le rejet des nouveautés romaines. Le comité provisoire, qui s'est formé à Kempten, a lancé un appel aux catholiques du district de Kempten et de l'Algau : on les invite à une réunion, à Kempten. le jeudi 28 avril, pour délibérer sur les statuts et constituer définitivement la société » Le nonce ne put savoir rien de certain sur le succès de rassemblée, mais du silence gardé par les journaux anticatholiques et de l'échec des membres du comité aux dernières élections, il crut pouvoir conclure que le résultat n'avait pas répondu aux espérances.
(1) Allg Zeit., 1870, p. 928.
(2) Lettre du Nonce au card. Antonelli du 11 mai 1870.
Si le nonce n'avait pas grand bien à dire de la situation religieuse à Munich, il parlait avec d'autant plus d'intérêt au secrétaire d'Etat de quelques événements consolants. Ainsi il s'étendait en détail sur les exercices que le P. Lôffler, S. J., avait donnés aux membres du Cercle catholique pendant la semaine sainte. L'auditoire avait été très considérable, et le jeudi tous les associés avaient offert la Sainte Communion pour le Pape. Ils lui avaient demandé sa bénédiction. Le nonce avait été invité par le président du Cercle, la comte Arco-Zinneberg, à assister à la clôture et à donner la bénédiction apostolique. En cette circonstance, l'orateur parla du concile. Mgr Méglia donne un aperçu du discours, qu'il déclare magistral, et ajoute : « Le discours du P. Lôffler a dû produire la meilleure impression; tous ont loué sa manière vraiment apostolique de traiter la parole divine. Si les évèques, ceux de Bavière en particulier, avaient suivi mes conseils répétés et avaient prescrit au clergé un cours d'instructions populaires sur le concile, dans un sens tout à fait catholique, le respect et la confiance envers la sainte assemblée seraient beaucoup plus grands, et les savants allemands n'auraient pas trouvé où répandre leurs insolentes théories (i). //
Dans sa lettre du 4 mai le nonce loue, entre tous les journaux, le Mainzer Journal et les Breslauer Hausblaetter comme défendant avec chaleur la doctrine de l'infaillibilité. Lue véritable tempête s'était élevée contre le second, excitée par les feuilles révolutionnaires et par plusieurs écrivains, parmi lesquels figuraient même des prêtres catholiques. La Schlesisciie Zeitung avait toujours ouvert ses colonnes aux ennemis de Rome et de la vérité catholique. Elle avait à plusieurs reprises, comme c'était alors la mode en Allemagne, publié des déclarations de laïques et de prêtres
(1) Lettre du 18 avril 1870.
L AGITATION EN ALLEMAGNE :ï37
contre l'infaillibilité. Dans le nombre il y en avait qui excitaient la pitié, parce qu'elles montraient quelle ignorance régnait encore dans un pays qui s'attribuait le monopole de la science; D'autres soulèvent l'indignation. Et le nonce cite comme exemple une proposition avancée par le prêtre J..., de S... « M'associant à l'affirmation de l'arduprêtre et inspecteur des écoles, HermannW... et de ses amis, je déclare que la thèse de l'infaillibilité du Pape est en contradiction avec l'Ecriture Sainte, avec la tradition et avec l'histoire, et qu'une définition de cetle thèse est de nature à amener une révolution et à ébranler les fondements de l'Eglise catholique. » De pareilles témérités dans la bouche d'un prêtre, remarque le nonce, ne peuvent s'excuser que par un dérangement d'esprit.
La colère déchaînée contre les Breslauer Hausblaetter et les journaux de même tendance provoqua une réaction en leur faveur. Il ne se passe pas de jour, écrit le nonce, que ce journal ne reçoive des lettres d'encouragement et des déclarations d'adhésion. Beaucoup de ces déclarations sont de savantes et complètes réfutations des témérités des adversaires ; souvent ce sont des lettres de plusieurs ecclésiastiques, huit ou dix de la même localité, ou de nombreux laïques qui donnent publiquement leur approbation aux doctrines et tendances de cette feuille, en particulier à la thèse de l'infaillibilité et à la promesse de se soumettre à toute décision du Concile. Beaucoup même envoient en même temps de l'argent pour aider le Pape dans la dépense occasionnée par le Concile. Ceci se passe en Silésie, province dont l'évêque est un adversaire résolu, non seulement de l'opportunité de la définition, mais de la doctrine même de l'infaillibilité. Aussi en est-il résulté une opposition entre les fidèles et leur pasteur. Le vicaire général de Breslau a adressé à ce propos une circulaire au clergé contre l'agitation catholique. Elle est datée du 27 avril ; en voici le contenu :
Malg la défense de traiter des matières ecclésiastiques dans les journaux politiques, quelques prêtres de ce diocèse ont récemment livré à la discussion publique certains sujets, eu particulier la question de l'infaillibilité pontificale, sur lesquels l'Eglise n'a porté encore aucune décision, et ils ont ainsi donné lieu a des affirmations non seulement contradictoires entre elles, mais téméraires, tout à fait inconciliables avec le respect dû à la suprême autorité ecclésiastique. Comme conclusion, on exprime l'espoir que le clergé sera plus prudent et ne rendra pas difficile le retour de l'évêque dans son diocèse. Mgr Méglia en conclut que la foi en l'infaillibilité devait s'être exprimée en Silésie d'une façon très vive, puisque l'autorité ecclésiastique elle-même ne pouvait en arrêter les manifestations (i).
Le nonce croit que c'est aussi le cas du diocèse de Mayence. « Là, dit-il, le Mainzer Journal... et le Katholik défendent de toutes leurs forces l'infaillibilité pontificale. La grosse majorité, pour ne pas dire la presque totalité du clergé, s'est prononcée plus ou moins ouvertement en faveur de cette doctrine. N'était le devoir de la soumission, qui les retient et leur défend la libre expression de leur conviction intime, les prêtres, au rapport de personnes de ce pays bien au courant de la situation, exprimeraient hautement leur mécontentement de ce que leur évoque se soit joint aux adversaires de la tbèse catholique chère à ses diocésains. Et si déjà les dispositions se sont fait jour avant que Mgr Ketteler ait publié son écrit (2) contre l'infaillibilité, elles s'affirmeraient maintenant beaucoup plus ouvertement. Par cette conduite, Mgr Ketteler rend toujours plus difficile sa situation dans le diocèse et s'il ne changeait pas
(1) Lettre du nonce au carcl. Antonelli.
(2) C'est de la Quaestio qu'il s'agit ici ; elle n'a pas été composée par M*1 Ketteler, mais ce fut lui qui l'envoya à Rome.