‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 5)Chapitre 99 sur 140 · LE MOUVEMENT D OPINION · texte numérisé non relu

LE MOUVEMENT D OPINION

prochables, crurent de leur devoir de les aider en adhérant à la démarche de leurs évêques. C'est ainsi que le distingué professeur de religion au Marzellengymnasium de Cologne, Yosen, catholique très méritant, invita les prêtres du diocèse à signer une lettre adressée à Mgr Melchers, pour l'assurer que par « conviction scientifique » ils adhéraient à l'acte qu'il avait posé en signant la protestation Perveneruni ad nos (i). Le prélat put avertir à temps l'auteur de la lettre que de telles adresses lui déplaisaient, et elle fut détruite par Yosen avec les signatures déjà obtenues (2). / La lettre de Vosen, où l'on promettait une fidèle soumission à toute décision vraiment « conciliaire » trahit l'idée de D61linger sur le droit de ceux qui ne sont pas évêques à prendrepart aux Conciles, à les confirmer ou à les rejeter

Dôllinger surtout trouva beaucoup de partisans, en Allemagne; son nom y était porté aux nues. Comme il fallait s'y attendre, ses élèves, anciens et actuels, furent les premiers à l'applaudir.

Déjà, après la publication du premier article signé de son nom, plusieurs d'entre eux songèrent à lui préparer une ovation dans la salle de cours. Le plan échoua par l'opposition de quelques élèves du Collège Géorgien. <c Mais quand parut l'article cité plus haut — contre l'addition au règlement — raconte le nonce Méglia (3), à l'instigation d'un étudiant en théologie de Munich, on décida une manifestation; c'était le dernier jour du semestre d'hiver. Pour plus de solennité, on invita les étudiants de Philosophie et de Philologie à se trouver au cours d'histoire. Au milieu de ce nombreux auditoire Z... se leva et fit l'éloge de son héros qu'il appela le grand savant allemand. Il termina en le comparant au grand Floren-

(1) Allg Zeit.,1870, p. 811.

(2) Ibid., p. 989.

(3) Lettre du 19 mars au card. Antonelli.

tin Dante Alighieri et demanda pour le très docte professeur une enthousiaste acclamation ; à cette invitation toute l'assemblée, sans excepter quelques jeunes clercs du Collège Géorgien, répondit par une tempête de bravos. On raconte que Dôllinger fit une réponse émue, exprimant sa reconnaissance en termes pleins.de chaleur. Il déclara que dans sa chaire il avait la bouche close sur les questions du jour. (Peut-être voulait-il se réserver de pouvoir dire qu'il n'enseignait pas ce qu'il écrivait, et éviter ainsi de la part de l'autorité ecclésiastique la condamnation qu'il méritait). Il rejeta loin de lui la prétention qu'on lui prêtait, de s'arroger une autorité dans l'Eglise et dans la science; il ne suivait que les prescriptions de sa conscience. Comme professeur, il s'était efforcé uniquement de mettre les jeunes gens en état de savoir étudier, de les rendre capables d'approfondir scientifiquement leurs matières. En terminant il donna l'assurance qu'il ne voulait pas chercher un otium, même cum dignitate, mais qu'à l'ouverture du deuxième semestre scolaire il remonterait dans sa chaire et continuerait son enseignement avec le même zèle. »

Le nonce ajoute quelques remarques sur le danger que courent les jeunes théologiens à l'école d'un tel maître. Il croit voir exprimée dans les dernières paroles de Dôllinger une certaine crainte, que les autres évèques ne suivent le courageux exemple de Mgr Senestrey de Ratisbonne, et n'interdisent à leurs étudiants en théologie de fréquenter l'Université de Munich. Les professeurs de l'Université eux-mêmes, au moins ceux qui n'étaient pas trop avancés, reconnaissaient que « l'autorité ecclésiastique ne pouvait tolérer plus longtemps que le jeune clergé vînt ici recevoir la science sacrée de la bouche d'un hérétique notoire ».

Il n'y avait pas que les étudiants à fêter leur maître; même les milieux populaires, qui n'avaient rien de commun avec l'Université, étaient entraînés dans le mouvement. « Tons

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