L AGITATION EN ALLEMAGNE
certaines écoles d'Allemagne, tant primaires que secondaires, elle n'était pas proposée, encore moins expliquée, soit parce que les professeurs de religion avaient reçu sur ce point à l'Université une instruction nulle ou insuffisante ou même hostile, soit peut-être parce que cette doctrine ne paraissait pas pratiquement nécessaire aux laïques : il suffisait, semblait-il, d'établir l'infaillibilité de l'Eglise en général, et l'obligation de se soumettre aux décisions du pape. // L'infaillibilité pontificale pouvait donc être chose nouvelle pour les signataires de la lettre, et, étant donnée la façon dont cette vérité était défigurée et attaquée dans les revues et les journaux, on s'explique leur répugnance à l'admettre. Mais ils allaient jusqu'à craindre qu'un concile œcuménique put introduire comme dogme de foi dans l'Eglise une doctrine nouvelle, qui n'aurait pas été contenue dans le dépôt de la révélation depuis les temps apostoliques. Cela montre combien faible était en eux la foi catholique. M>'r Eberhard leur répondit avec toute l'affection et les ménagements possibles. S'appuyant sur leur foi en l'infaillibilité promise au Concile : « Pour ce qui est de votre inquiétude, dit il, je vous en prie instamment avec toute la charité de mon cœur, restez inébranlables dans la foi aux promesses faites par le Sauveur à son Eglise, à la puissance du Saint- Esprit qui n'abandonne pas l'Eglise et attendez dans la paix et la confiance les décisions dogmatiques du concile général (i). » Vers la fin de sa lettre, il faisait cette observation : « Afin que les heureuses dispositions du diocèse par rapport au Concile ne soient pas troublées par des agitations non seulement inutiles mais nuisibles, j'ai déjà eu l'occasion d'exprimer à mes vicaires généraux le désir qu'on s'abstint de publier des projets et des avis relativement aux délibérations du concile (2). »
(1) C. F.,loc. cit.
(2) Ibid. 1499 b. sq.
Il n'est pas étonnant que dans l'état d'esprit dont témoigne la lettre des habitants de Krenznach et les adhésions à Dollinger, les catholiques aient pu craindre de nombreuses défections si l'infaillibilité du pape était définie. Les adresses envoyées aux évêques présents à Rome, pour empêcher cette définition, furent cependant peu nombreuses. L'Allgemeixe Zeituxg (i) en mentionne deux envoyées de Bohème et de Hongrie au cardinal Schwarzenberg et à MSr Strossmayer. // On en prépara une à Xeuss qui plus clairement encore que celle de Kreuznach trahit la faiblesse de la foi ; elle repousse la définition parce que « pour la première fois depuis la fondation de l'Eglise, un concile ferait un changement dans la foi ». Les prêtres de la ville la firent retirer de la circulation, en apprenant aux fidèles dans une a déclaration» que l'évêque n'était pas leur représentant mais bien «un juge de la foi» appelé à prononcer comme tel dans le grand tribunal dogmatique préposé par Dieu à l'Eglise entière. Une pareille adresse « semblerait une tentative illégitime pour exercer une pression sur le concile par la publicité donnée à l'opinion de la foule » et de s'immiscer là où les membres de l'Eglise enseignante avaient seuls le droit de siéger et de voter. On rappelait en même temps « que le décret d'un concile général ne peut jamais être un changement, mais toujours et uniquement un développement et une explication de la loi » (2).
C'est sur ces principes fondamentaux de la doctrine catholique qu'en ces temps troublés beaucoup manquèrent d'assurance et de fermeté. Cependant la grande masse du peuple leur demeura fidèle et, en dépit des racontars perfides sur le concile, garda à cette assemblée la confiance que lui devait tout catholique. Xaturellement, la disposition loyale à accepter avec docilité les décrets du concile ne donna pas lieu aux
(1) 1870, pp. 2722, 2813. 2832, 2853, 2929.
(2) Le concile œcuménique, Stimmen ans Maria-Laach. Xeue Folge. Hefl. Via 1870 p. 15.1. — Chéry, liev ue du Contile acumênique du Vatican, 1870, p. 307 sq.