LA SUISSE
tiques mauvais ou douteux élèvent Dollinger jusqu'au ciel, et presque tous les mauvais journaux exaltent l'évêque d'Orléans, non à cause des mérites de ses ouvrages antérieurs, mais à cause de son dernier écrit pour la défense du Gallicanisme (i) //. »
Etant donné le sentiment d'indépendance propre aux Suisses et leur tendance naturelle à transporter dans le domaine ecclésiastique l'habitude qu'ils ont dans la vie politique de se gouverner eux-mêmes, il fallait s'attendre à ce que l'opposition contre les projets du concile, qui menaçaient de restreindre encore la liberté, trouvât chez eux une expression plus vive et plus ouverte encore qu'en Allemagne.
En fait, les Suisses opposés au concile ne parlèrent que trop clair. En mars, parut dans le canton d'Argovie un appel aux catholiques les invitant tout simplement à se séparer de Rome, et « à revendiquer dans les matières ecclésiastiques le vieux droit de se gouverner soi-même ». D'après sa teneur, cet appel venait des catholiques; au moins des catholiques y avaient-ils collaboré. « Nous, catholiques de la Suisse, disait-on, nous né pouvous admettre les agissements du concile de Rome... Nous désirons une entière réforme de la hiérarchie ecclésiastique sur une base démocratique, de sorte que chaque citoyen catholique et les autorités civiles paissent exercer intégralement leurs anciens droits... Nous déclarons sans ambages qu'il répugne à no^re manière de voir, à notre conscience et à notre sens religieux, d'appartenir plus longtemps à un catholicisme qui se trouve en opposition avec la science, avec les progrès de la raison et les vues religieuses épurées de millions de chrétiens, qui devient la risée du monde cultivé par la proposition de nouveaux et rebutants articles de foi, qui en divinisant son pontife suprême proclame le retour à une aveugle idolâ-
(1) Lettre du 28 janvier 1870.
trie. » Au point de vue de l'histoire du concile, cet appel est plus remarquable comme expression des sentiments qu'on prêtait aux catholiques à l'occasion du concile, que comme expression des sentiments qu'ils avaient en réalité. Ses auteurs se disaient bien catholiques; en réalité ils ne l'étaient plus.
Dans plusieurs villes, au commencement de mars, de scandaleuses mascarades tournèrent en dérision, en pleine rue et avec une impudence inouïe, le concile et la cour pontificale. On ne dit pas si les acteurs furent des catholiques ou des protestants; la police (i) laissa faire; quand le Xonce (?) Agnozzi porta plainte au Conseil fédéral contre le scandale de Bàle. on transmit sa plainte aux autorités de la ville en demandant s'il fallait faire une enquête; puis la chose en resta là (2).
Le 3 avril, pour la fête des volontaires de 1845, se tint à Langenthal, dans le canton de Berne, une assemblée de cinq mille membres (3), dit-on. Elle prit aux acclamations unanimes trois résolutions. La première est dirigée contre les Jésuites ; la seconde protestait contre le Syllabus, la bulle de 1869 sur les censures, et les nouvelles définitions projetées par le concile. La troisième chargeait le comité organisateur de faire connaître cette protestation au peuple suisse, d'inviter les patriotes à travailler dans ce sens, et, si les proeédés de Rome l'exigeaient, à songer à secouer le joug de la tyrannie pour sauver les droits et la liberté du pays et défendre la raison humaine contre l'esclavage du régime hiérarchique. Ces résolutions furent envoyées au Conseil fédéral avec une lettre où l'on disait : « Les événements à Rome prennent maintenant une telle tournure et semblent
(1) Stimmen ans Maria Laach. Nette Folge. Heft VIII (1870), p. 250.
(2) Allgemeine Zeitung, 1870, p. 338.
(3) D'après M6' Agnozzi il n'y avait que 2,000 radicaux, la moitié au plus étaient des protestants. (Lettre du 18 avril 1870 aucard. Antonelli.)