‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 5)Chapitre 106 sur 140 · LA SUISSE. LES OPPOSANTS · texte numérisé non relu

LA SUISSE. LES OPPOSANTS

devoir aboutir bientôt à une conclusion si grave, que tous les amis de la patrie sont remplis d'inquiétude (i). » On voit assez ce que Rome avait à l'aire pour donner aux auteurs de ces résolutions occasion de pousser à « secouer le joug de la tyrannie » ; il lai suffisait de continuer le concile comme elle fit.

C'étaient de vrais radicaux, des radicaux invétérés, qui s'étaient réunis à L.ingenthal. C'est aussi parmi eux sans doute qu'il faut chercher les auteurs de la correspondance suisse de I'Allgemeine Zeitung (2) qui annonçait dans l'Eglise catholique une défection prochaine. Elle avait entendu en beaucoup d'endroits les catholiques appeler de leurs vœux une Eglise nationale, et « cela arrivera, disaitelle, si Rome demeure inflexible, si, au lieu d'avoir le sens des réformes nécessaires, elle se plaît à fabriquer sans utilité de nouveaux dogmes ». // L'auteur indique aussi le moyen de réformer l'Eglise : ce seraient des synodes où, comme autrefois, prêtres et laïques tiendraient conseil avec leur évêque; il témoigne surtout une grande aversion contre l'infaillibilité, et déclare qu'en Suisse « absolument tout le monde, mais en particulier les catholiques instruits, se prononcent contre la définition )>.

Les radicaux n'étaient point seuls à s'agiter contre le Concile ; le mouvement en entraîna beaucoup d'autres qui jusque-là passaient pour de bons catholiques. Des évoques suisses un seul était opposé à la définition de l'infaillibilité, Mgr Greith, de Saint-Gall; tous les autres avaient signé la pétition de la Majorité. Plusieurs catholiques en vue, qui craignaient la définition, très satisfaits de l'attitude de l'évêque de Saint-Gall, firent circuler dans les cantons catholiques une adresse, dans laquelle ils lui exprimèrent leur

(1) Stimmen aus Maria Laach, loc. cit., p. jfôOsq.

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joie de ce que l'épiscopat suisse fût représenté par le nom vénéré de M61" Greitli, parmi ces évêques « cpii avec courage et fermeté rendaient témoignage à l'ancienne foi contre certaines aspirations, dues à de bons sentiments, mais dangereuses dans leurs conséquences; qui en défendant la liberté de conscience de milliers de catholiques sincères, s'efforçaient de détourner une crise terrible pour l'unité intérieure de l'Eglise et pour ses relations extérieures au nord des Alpes (i) ». On reconnaît dans le choix des expressions le désir de ne scandaliser aucun parti, et en particulier de ne pas blesser les évêques de la Majorité; mais les auteurs de l'adresse allaient déjà loin, en donnant hardiment pour la foi antique une opinion qui n'avait pour elle que très peu d'évêques, même parmi ceux de la minorité, et en déclarant que la liberté de conscience de milliers de catholiques était menacée par un concile général. //

L'adresse n'aboutit pas. Le chargé d'affaires du Saint- Siège, Mgr Agnozzi, sut mettre fin à l'agitation créée pour obtenir des signatures. Il s'adressa à M-1' Lâchât, de Bâle, et lui raconta ce qui se passait. L'adresse, disait-il, serait une injure à la majorité des évêques suisses, et M6* Greith ferait bien de s'y opposer, L'évêque de Baie paraît avoir fait des représentations à ce dernier, qui, bientôt après, déclara dans les journaux qu'il n'agréait pas cette adresse (2).

Les catholiques libéraux trouvèrent alors un autre moyen d'agitation. Commes les feuilles catholiques refusaient d'insérer leurs articles contre le concile, ils fondèrent une petite feuille qui traiterait uniquement les questions relatives au concile et paraîtrait une fois par semaine jusqu'à la fin de juin, Die Katholische Stimme aus den Waldstâtten (3).

(1) Allgemeine Zeituxg, 1870, p. 1093.

(2) Lettre de Mer Agnozzi au card. Antonelli, du 7 mai 1870.

(3) Imprimerie Meyer, à Lucerne.

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