CHAPITRE X
Le clergé et l'opinion publique en Angleterre.
Parmi les catholiques d'Angleterre et d'Ecosse, un petit nombre prirent une attitude hostile; c'étaient des partisans •de Dôllinger, dont les écrits contre le concile avaient été traduits en anglais. En réalité, ils étaient si peu nombreux qu'on ne peut vraiment parler d'agitation pendant le concile. La grande majorité des catholiques anglais regardaient avec fierté et respect la haute assemblée des princes de l'Eglise réunis à Rome, et ils étaient prêts à se soumettre avec une humble obéissance à leurs décisions.
Le calme, qui régnait en général, fut troublé momentanément par une lettre qu'un prêtre anglais, très considéré et à juste titre, Henri Newman, alors supérieur à l'Oratoire de Birmingham, adressa à son évêque Mgr Ullathorne qui se trouvait à Rome, et dans laquelle il s'élevait en termes sévères contre ceux qui poussaient à la définition de l'infaillibilité. // Cette lettre, qui n'était pas destinée à la publicité, parut bientôt dans un journal, et causa en Angleterre et bien au delà de ses frontières une vive agitation. Les adversaires du concile l'exploitèrent activement. C'est ainsi que les Lettres de Rome (i) écrivaient triomphalement : « Enfin le plus grand théologien de l'Angleterre catholique et, au fond, le seul savant anglais à qui l'on pourrait donner
(1) w20 mais 1870. Quirinus, p. 274.
on Allemagne le titre de vrai théologien, vient de se prononcer sur la grande question du jour. » Plus tard elles disent : « Manning n'a été longtemps que le disciple admirateur de Newman : il ne possède pas la dixième partie de la science de son maitre. 5) Comme si une grande science était exigée pour donner son avis sur une question traitée par Nevuiian, c'est-à-dire sur les dangers qae pourrait présenter pour l'Eglise la définition de l'infaillibilité. Il ne fallait pour cela qu'une vue pratique, que Manning devait posséder bien plus que Xewman. Mais même l'éloge de la science théologique de Newman était exagéré. Xewman était moins célèbre et moins admiré pour ses grandes connaissances tliéologiques que pour la pureté classique de son langage, qu'admirait toute l'Angleterre, pour l'amabilité de son caractère et surtout pour l'extraordinaire douceur de ses jugements, qui faisait de lui l'idole de sa nation.
Il avait passé à 44 ans de l'anglicanisme au catholicisme et ne s'était pas occupé très spécialement de l'étude de la tbéologie catholique.
Dans sa lettre à Mgr Ullathorne, Newman fait preuve d'une telle animosité contre les partisans de la définition de l'infaillibilité qu'il semble oublier la douceur qui lui est propre : « Rome est un nom qui doit en tout temps soulager le cœur, et le devoir propre d'un concile est d'inspirer aux fidèles espoir et confiance, lorsque l'Eglise est menacée d'une hérésie ou de quelque autre malheur. Mais nous voyons de nos jours la plus grande assemblée qui fût jamais, elle siège à Rome même, et elle n'éveille en nous, par ses organes reconnus et ses partisans — (tels que la Civilta, I'Armonia, I'Univers et le Tablet), — que des inquiétudes et des antipathies. // Pendant que nous sommes en paix, pendant que, pratiquement du moins, sinon théoriquement, nous regardons le Saint-Père comme infaillible, voilà que tout à coup le tonnerre gronde dans un ciel serein,