NEWMAN
et l'on nous avertit de nous préparer à je ne sais quoi qui doit éprouver notre foi je ne sais comment. Il n'y a pas de danger à écarter, mais on va préparer une grave difficulté. Est-ce là la tache d'un concile œcuménique? Pour moi personnellement, grâce à Dieu, ce ne sera pas une tentation. Mais je souffre avec les âmes nombreuses qui souffrent, et je regarde avec anxiété la perspective d'avoir à défendre des décisions qui pour mon jugement personnel n'offrent aucune difficulté, mais qui en face des faits de l'histoire peuvent être très difficiles à soutenir. Qu'avons-nous donc fait pour être traités comme jamais n'ont été traités les fidèles? Quand donc la définition d'un dogme a-t-elle été un luxe de piété et non pas une stricte et dure nécessité? Pourquoi faut-il permettre à une faction agressive et insolente — (an aggressive, insolent faction) — « d'attrister le cœur des fidèles que le Seigneur n'a pas fait pour la tristesse »? Pourquoi troubler la paix dont nous voulons jouir, nous qui ne songions pas à mal (1) ? »
Xewman continue sur ce ton. On voit que non seulement il n'a pas compris les devoirs d'un concile œcuménique, mais qu'il n'a pas pris garde aux violentes attaques qui ont assailli de tous côtés une doctrine révélée. Son âme pacifique, incapable de soupçonner le mal, lui fait souhaiter qu'on laisse en paix et lui et les autres, et qu'on ne trouble le repos de personne. La définition du dogme de l'infaillibilité lui fait redouter un événement plein de graves conséquences pour l'Eglise : il craint surtout que beaucoup de ritualistes anglais, qui étaient sur le chemin du catholicisme, ne s'en éloignent à la suite de cette définition. « Si c'est la volonté de Dieu que l'infaillibilité du pape soit définie, la volonté de Dieu sera de retarder « le jour et l'heure » du triomphe qu'il a marqués pour son royaume, et je comprends que ce sera
(1) C. F. 1513 c. sq.
mon devoir de courber la tête sous les décrets de son adorable et insondable Providence (i). » //
Xewman avait écrit une lettre privée à MKr Ullathorne et n'avait pas songé à la publier. Quelques jours après, elle fut commentée par les journaux. Xous ignorons comment ils en eurent connaissance. Xewman dit lui-même que Mer Ullathorne n'avait eu aucune part à cette publication (2).
Vers le milieu de mars, Xewman adressa un article à l'éditeur du Standard à propos d'une réflexion que cette feuille avait laite sur sa lettre. Il reconnaît que cette remarque a été courtoise : mais il nie avoir dit — comme le prétend le Standard — que les promoteurs de l'infaillibilité sont « une faction agressive et insolente.)) Ilregrette sincèrement les agissements, l'esprit et les moyens dont se servent plusieurs personnages, laïques ou ecclésiastiques, qui poussent à la définition. D'autre part, il croit fermement — comme il l'a toujours fait — qu'une puissance plus qu'liumaine dirige les délibérations du concile, de sorte que celui-ci ne peut définir que des vérités catholiques et apostoliques et que les définitions unanimes des Pères ne peuvent être que la parole de Dieu (3).
Vers le môme temps, l'auteur de la remarque fit paraître un article dans lequel il maintient, très respectueusement d'ailleurs pour la personne de Xewman, que les termes par lui cités se trouvent réellement dans sa lettre, à propos des promoteurs de la définition (4). Dans une nouvelle lettre au Standard, Xewman déclare que l'auteur de l'article avait raison : dans le brouillon incomplet, mal écrit et raturé de sa lettre qu'il avait conservé, il avait cherché ces mots et ne les avait d'abord pas retrouvés. Il ajoute qu'en parlant d'une
(2) Ibid., 1515 b.
(3) Ibid., 1514 c.
(4) Ibid., 1514 d.
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faction, il n'avait visé ni la majorité des évêques ni quelque congrégation ecclésiastique que ce soit; en particulier, il estimait que les Jésuites, en tant qu'Ordre, étaient restés étrangers à cette agitation qu'il déplore; par ce mot de faction, il visait certaines personnes occupant diverses situations dans l'Eglise (i).//
Comme le Scheffield Daily Telegkaf, avait insinué à ce propos que Newman vacillait dans sa foi, Newman rappela ce qu'il avait déjà déclaré autrefois lorsqu'on portait sur lui un jugement semblable : « Je n'ai pas été ébranlé un instant dans ma confiance en l'Eglise catholique, depuis le jour où elle m'a reçu dans son sein. Je crois et j'ai toujours cru que le Pape est le centre de l'unité et le vicaire du Christ. J'ai toujours eu et j'ai encore une foi inébranlable à ses croyances et à tous ses articles; je trouve la joie la plus consolante dans son culte, sa discipline, sa doctrine; je forme le désir constant et j'ai l'espoir que beaucoup de mes chers amis, que j'ai laissés dans le protestantisme, partageront ce bonheur avec moi (2) . »
Les difficultés de Newman sur la question de la définition de l'infaillibilité ne portaient, comme sa lettre l'indique, que sur l'opportunité de cette définition. Quand le concile eut décidé la question, il se soumit non seulement avec le plus grand empressement, mais il défendit avec beaucoup de succès le dogme contre ses adversaires : par exemple contre la violente attaque de Gladstone dans sa lettre célèbre à son ancien élève, le duc de Xorfolk (2).
Après l'agitation que la lettre de Xcwman avait soulevée en Angleterre et peut-être à cause d'elle, il y eut parmi le clerq-é d'Angleterre, et d'Ecosse un mouvement très actif,
(1) CF., 1515 a. sq.
(2) Ibid., 1515 c.
pour faire connaître, par des adresses au Pape, leur croyance en son infaillibilité et pour déclarer qu'ils regardaient cette définition comme une bénédiction pour l'Eglise. A la tête de tous venaient les confrères de Newman,les membres de l'Oratoire de Londres. Le 4 mai, dans une adresse au Saint-Père, ils déclarent qu'ils ont toujours reconnu l'infaillibilité du Pape « comme un dogme sûr, inébranlable et indiscutable ». C'est avec une joie extrême qu'ils ont appris que Sa Sainteté a proposé au concile de discuter et de définir cette vérité, et ils espéraient, de la définition de ce dogme, les conséquences les plus avantageuses pour l'Eglise (i).// Une semaine après suivit une adresse du chapitre de Westminster (2) et une autre du diocèse de Shrewsbury qui, comme l'affirme Tue Vatican, avaient été signées par le clergé d'un commun accord et d'un commun enthousiasme (3). Le clergé de l'archidiocèse de Westminster envoya une adresse dans le même sens (4). Puis, le clergé du diocèse de Xorthampton exprima sa joie de voir que les Pères avaient projeté de définir la doctrine de l'autorité infaillible du Pape et de réduire en une formule claire une vérité ancienne et qui leur était plus chère que la vie (5). Enfin, le clergé réuni de toute l'Angleterre et d'Ecosse envoj'a au Pape une adresse, dans laquelle il confessait la même croyance et exprimait le souhait de voir définir l'infaillibilité. L'adresse portait les signatures de huit cent cinquante neuf prêtres (6). Les supérieurs, professeurs et élèves du collège Saint-Cuthbert dans les diocèses de Hexham et Newcastle et du séminaire de WCstminster et South wark exprimaient le même souhait
(1) The Vatican,
(2) Ibid.
(3) Ibid.
(4) Ibid.
(5) Ibid.
(6) Ibid.