‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 5)Chapitre 110 sur 140 · L' AGITATION ANTICATHOLIQUE · texte numérisé non relu

L' AGITATION ANTICATHOLIQUE

dans leurs lettres à leurs évêques (i). L'opinion de tout le clergé de la Grande-Bretagne et celle de tous les fidèles d'accord avec lui étaient favorables à la définition, et, lorsqu'elle fut définie, elle fut de fait acceptée avec joie par le clergé et le peuple.

Les nouvelles tendancieuses dont les journaux protestants, qui comptaient aussi des lecteurs catholiques, inondaient le pays n'ont pas triomphé du fidèle attachement des catholiques, quelque peine qu'ils se soient donnée pour jeter le trouble dans les esprits au sujet du concile. Leurs communications et leurs articles avaient d'ordinaire pour but de ridiculiser le concile. Mais ces mêmes correspondants qui raillaient le concile furent forcés, de temps à autre, par l'impression que cette grande assemblée produisait sur eux, d'en reconnaître la majesté. C'est ainsi que le correspondant romain du Times, qui parle ailleurs du concile comme d'une assemblée de sept cents vieillards, habillés de blanc et portant sur la tête un grand bonnet de papier, écrit, subjugué tout à coup par l'impression d'unité de la grande Eglise qui se dégage du concile : « Sept cents évêques qui représentaient toute la chrétienté étaient groupés autour d'un seul autel, autour d'un seul trône, prenaient part aux mêmes mystères divins et rendaient hommage, quand leur tour venait, à la même autorité et à la même puissance spirituelles. Quand ils mettaient ou déposaient leur mitre, quand ils approchaient les degrés de l'autel ou se jetaient aux pieds du père commun des âmes, il était impossible de ne pas ressentir l'unité et la puissance de l'Eglise qu'ils représentaient (2). » Ce sont là des sentiments qu'un Anglais qui assiste à la session d'un concile ne peut se défendre d'éprouver, car l'Anglais a un profond respect de la religion ■et de l'autorité, partout où il la trouve.

(2) The Vatican, p. 17,

Le langage que les journaux anglais tenaient à propos du concile semblait, dit The Vatican, être un écho d'un monde inférieur. Les pires étaient The Times, The Saturday Review et The Pall-Mall Gazette. The Daily Kews et The Spectator faisaient une honorable exception. Le jugement que ce dernier portait sur la définition de l'infaillibilité, une fois qu'elle fut proclamée, montre une connaissance des choses catholiques rare chez les protestants et une grande impartialité.

The Spectator écrit : « i° Nous n'avons jamais douté de la confirmation dogmatique d'une doctrine qui n'est que l'aboutissement de la doctrine catholique, la conclusion d'une doctrine qui se développe depuis des siècles; c'est pourquoi cette définition nous a toujours paru inévitable; 2° La majorité qui a défini ce dogme était plus importante que celle qui, au concile de Nicée, a condamné l'arianisme, et le vote de cette assemblée peut être regardé comme absolument définitif, ainsi que cela se passe aussi chez nous autres protestants ; 3° Il n'y a rien de vrai dans le bruit qui a couru que le concile n'avait pas été libre, chacun pouvant répondre par placet ou non placet. De fait, lorsque deux des évêques répondirent non placet, quelques adversaires de l'infaillibilité présents aux tribunes se récrièrent en disant : Voilà notre assertion de la non-liberté du concile détruite ;// 4° Ce dogme qu'on appelle nouveau, était pratiquement admis depuis des siècles dans l'Eglise catholique, bien qu'il ne fût pas formulé en article de foi, ce qui n'était pas nécessaire, étant donnée la pratique commune; 5° On dit que l'infaillibilité est injurieuse à la raison, mais on ne trouve pas déraisonnable de jurer sur l'infaillibilité d'un livre ou d'un professeur. Xous préférons cent fois l'infaillibilité du Pap<' comme chef suprême de l'Eglise catholique ; 6° On dit que la définition d'un tel dogme exige l'unanimité morale. C'est un mensonge que dément l'histoire de l'Eglise et une affirma -

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tion ridicule qui insulte à l'expérience des affaires politiques et religieuses ; 70 Nous sommes foncièrement libéraux, mais le libéralisme catholique en matière de foi est une chimère, une contradiction in terminis (i). »

(1) Voir Scheeben, Das ôliumenisrhe Kon&il, 11, p. 547 st.

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