LES DISPOSITIONS DES PUISSANCES
Au début, presque toutes les puissances s'en tinrent là. Le chancelier autrichien, le comte Beust, dans une lettre du 25 décembre (i), avertit l'ambassadeur d'Autriche à Rome, le comte Trauttmansdorff, de ne pas oublier les instructions (2) qui lui ont été précédemment données. // Elles interdisaient à l'ambassadeur toute intervention, dans les affaires du concile, mais l'avertissaient d'en noter exactement tous les incidents. Dans cette même lettre, qui répond à un rapport de Trauttmansdorff, nous voyons que l'envoyé autrichien se conforme avec zèle aux avis reçus et qu'il entretient des relations suivies avec les évêques, surtout avec les Autrichiens : le chancelier lui en exprime sa reconnaissance. Trauttmansdorff avait fait à son gouvernement des communications fort précises sur ce qu'il avait appris à Home, et Beust l'encourage à les continuer. L'ambassadeur paraît s'être exprimé surtout avec éloge sur le compte de la minorité, dont l'attitude reçoit aussi l'approbation de Beust. Cependant le chancelier note à propos d'un mot de Beust « que soutenir formellement les agissements des prélats au concile... ne saurait, dans les circonstances actuelles, entrer dans les vues du gouvernement ».
Nous avons, à peu près de la même époque, des instructions de Bismarck à d'Arnim, ambassadeur de Prusse à Rome (3). Arnim poussait continuellement à intervenir dans les affaires du concile ; le chancelier lui ordonne de prendre vis-à-vis delà curie une position de tranquille expectative; il affirme que toute intervention serait une fausse démarche, et il expose en même temps ses raisons (4).
(1) C. V. 1569 c. sqq.
(2) Lettre du 23 octobre 1859. — C. V. 1214a. sqq. — Voir 1" vol., p. 448.
(3) 5 janvier 1870. — C. V. 1597 d. sqq. — Sur les instructions antérienrement données par le prince à propos de la même affaire, voir i" vol. pp. 441 et suivantes.
(4) [Nous renvoyons à nouveau pour l'histoire de ces événements au bel ouvrage de M. Goyau. L'Allemagne religieuse, t. IV, c. VII. — N. D T.]
Le concile, d'après Bismarck, est pour le moment dans la période chaotique, et l'on ne sait encore ce qui sortira du tournoiement de ces nébuleuses. « Xous pourrions, par une intervention prématurée, donner peut-être à cette évolution une direction inattendue et précipiter du côté opposé des éléments sur lesquels nous nous plaisons à compter... L'expectative nous est d'autant plus facile que nous n'avons, quelle que puisse être l'issue, aucune raison d'appréhender un danger réel, capable de menacer notre vie politique. J'ai déjà fait remarquer à Votre Excellence, — et je la prie par-dessus tout d'avoir toujours cette pensée devant les yeux, — qu'en se mettant au point de vue du gouvernement, il n'y a place pour aucun sujet de crainte : nous avons en effet la certitude que, sur le terrain législatif, soutenus par la puissance de l'opinion publique et par la conscience politique bien formée de la nation, nous trouverons toujours le moyen de sortir victorieusement de toutes les crises et de ramener les prétentions de nos adversaires à la mesure que comporte notre vie politique. Dans le Xord de l'Allemagne, nous pouvons compter sur la conscience nationale et politique même delà population catholique dans sa majorité, et nous avons dans la supériorité numérique écrasante de l'Eglise évangélique un point d'appui, qui manque aux Gouvernements des pays exclusivement ou essentiellement catholiques. Xous n'avions aucunement besoin de l'assurance donnée par le pape que les résultats du concile ne changeraient point les relations existantes ou établies entre la curie et les Gouvernements. Toutes les tentatives faites pour réorganiser ces relations ne sauraient finalement tourner à notre désavantage. Malgré cette confiance, nous sommes naturellement très éloignés de souhaiter que les choses soient poussées à l'extrême. . . Xous sommes vivement intéressés à ce que les éléments de cette vie religieuse alliée à une liberté intellectuelle et à un effort