BISMARCK 3G
scientifique, qui forment ie caractère distinctif des catholiques allemands, soient mis en valeur à Rome aussi, dans le concile, en face des éléments étrangers, et à ce qu'ils ne soient pas écrasés et étouffes par la force du nombre. Mais ce désir n'est pas inspiré par l'intérêt politique du gouvernement; il procède de la S3mipathie que nous professons pour la vie religieuse de nos populations catholiques ; aussi ne peut-il pas trouver son expression dans un action exercée par le gouvernement : nous devons au contraire attendre que l'élément allemand exerce lui-même son action sur le concile, et nous borner à donner à l'épiscopat allemand l'assurance de notre sympathie, ou, en cas de besoin reconnu tel par l'épiscopat, de notre appui. Quant à produire de notre côté, au nom du gouvernement, des réclamations en faveur de l'épiscopat allemand devant la curie ou le concile, je ne crois pas que ce soit notre rôle. . . Xous nous placerions dans une position fausse vis-à-vis de la curie et du concile et nous aurions l'air de reconnaître en quelque façon l'autorité qu'ils s'arrogent : les conséquences d'une telle démarche sont presque incalculables. Que pourrions-nous faire, si nos réclamations, selon toute vraisemblance, étaient repoussées ? // Et quand bien même Rome y ferait droit, . . . ne nous serions-nous pas, par le fait même, lié les mains pour l'avenir ? Ne serait-ce pas abandonner la seule position qu'il nous soit possible de tenir : rester, en tant que gouvernement, absolument étrangers et libres vis-à-vis du concile, en gardant le droit de déférer ses décisions au tribunal de notre vie politique ? Rien que pour ce motif la conférence permanente des représentants des puissances à Rome, à laquelle Votre Excellence donne le nom d'anticoncile, ne peut nous paraître opportune, à supposer même qu'elle fût possible. Pratiquement elle ne le serait pas, ne serait-ce que parce que très peu de représentants s'y rencontreraient. Bismarck aussi témoigne d'une sympathie particulière
pour la minorité. C'est par elle qu'il voudrait influer sur le concile. « Nous n'avons, dit-il, rien de mieux à f.iire pour le moment que d'encourager les évêques allemands et ceux qui marchent d'accord avec eux, de leur prêter an appui moral et de leur donner l'assurance, que, même dans les pires éventualités, nous garantirions leurs droits dans leur propre pays. Je vois avec plaisir d'après vos rapports que vous n'avez pas manqué de prendre contact avec les évêques, et je désire vivement que vous en profitiez pour agir sur eux confidentiellement en ce sens. » Pour conclure, Bismarck résume ses instructions en deux mots : il prie Arnim « de conserver vis-à-vis du concile et de la curie une attitude d'expectative entièrement paisible, et d'exercer secrètement, d'accord avec les collègues qui partagent ses idées, une action encourageante et réconfortante sur les évêques ».
Le seul gouvernement allemand qui en voulût dès le début à la liberté du concile fut le gouvernement bavarois. Les adversaires les plus décidés du concile se trouvaient à Munich et il est hors de doute qu'ils exerçaient une influence puissante sur le gouvernement. Déjà, pendant la préparation du concile, une circulaire avait été envoyée de Munich aux puissances, pour lancer l'idée d'une entente commune en vue de mesures à prendre contre le concile (i). Maintenant que le concile était réuni, le gouvernement bavarois essaya encore de susciter une ligue du même genre. // Cette fois il ne soumit pas lui-même son projet aux autres puissances ; il tenta de les faire inviter par l'Angleterre à intervenir dans les affaires du concile pour sauvegarder la liberté religieuse et civile de leurs sujets catholiques. On devine sans peine ce qu'il fallait entendre par cette intervention des puissances. Quelle mesure de liberté aurait-elle laissée au concile? C'est Dôllinger et
(1) Voir 1" vol., p.425sqq.