GLADSTONE
ses partisans qui en auraient été juges. La célébration d'un concile serait devenue impossible.
Le chef du cabinet anglais, Gladstone, s'était montré luimême plus d'une fois ennemi acharné de Home et de l'Eglise catholique; il fut travaillé en faveur du projet bavarois par lord Acton, qui séjournait alors à Rome, et qui lui envoyait sur la marche du concile des nouvelles probablement assez semblables à celles que répandaient en Allemagne les Lettres de Rome. Heureusement il vint encore de Rome d'autres nouvelles qui peignaient le concile sous un jour plus favorable. Elles étaient envoyées par Sir Odo Russell, agent diplomatique de l'Angleterre à Rome, à lord Clarendon, secrétaire d'Etat des Affaires étrangères.
Sir Odo Russell, plus tard lord Ampthill, était anglican; mais, élevé par une mère catholique, il demeura étranger aux préjugés anticatholiques ordinaires aux protestants. Il était même, seul probablement parmi les diplomates accrédités à Rome, rallié à la doctrine de l'infaillibilité ; il affirmait jusque devant ses collègues que la définition était nécessaire pour assurer la durée de l'autorité pontificale. Il était lié d'amitié avec Manning; ils se fréquentaient beaucoup et avaient fixé le samedi pour une promenade en commun fuori le mura, où ils discutaient les affaires du concile. Pour en parler plus librement avec l'agent anglais, Manning avait obtenu du pape dispense de la loi en vertu de laquelle les Pères devaient garder le silence sur ce qui se j)assait au concile. Russell, de son côté, communiquait à l'archevêque ce qu'il avait entendu dire sur le concile dans les cercles diplomatiques, dans ses rapports avec les Pères de la Minorité ou partout ailleurs. Manning en tirait profit pour ses travaux dans le concile; Russell, grâce aux rapports de Manning sur la marche du concile et à ses leçons sur les objets qu'on y traitait, se trouvait en état de renseigner exacte*
ment les ministres anglais des Affaires étrangères (i). // Sur la proposition faite par la Bavière au gouvernement anglais nous ne possédons pas les pièces officielles, mais nous avons le témoignage du cardinal Planning, faisant à son futur biographe, Edmond Sheridan Purcell, la communication suivante : « Je vous raconte des choses epue je ne pourrais pas publier moi-même; mais on peut décemment en donner connaissance dans la Vie. J'espère que je ne trahis ici aucun secret d'Etat. Le président du ministère, Gladstone, soutint la proposition bavaroise ..., en mettant en avant les raisons dont Acton l'avait armé, mais lord Clarendon, mieux informé par Russel, fit voir point par point tout ce qu'il y avait de faux dans les rapports et d'intentionnellement altéré dans l'exposé des faits. Finalement, Gladstone, après une chaude discussion au Conseil des ministres, fut battu, le projet bavarois repoussé, et le concile laissé libre de faire l'œuvre de Dieu. » Planning ajoutait gravement qui lui est propre : « C'était la volonté de Dieu que les pians de ses ennemis fussent réduits à néant (2). » Ainsi donc le danger qui menaçait du côté de la Bavière et de l'Angleterre paraissait heureusement conjuré. Mais où en était-on avec la France, dont l'attitude pacifique vis-à-vis du concile était particulièrement importante, voire indispensable?
Le comte de la Tour d'Auvergne, ministre des Affaires
(1) Purcell, Vie du cardinal Manning, II, (Londres, 1895), p. 433 et sqq.
ci Ibid., p. 436. — L'époque où la proposition fut faite par la Bavière, discutée et rejetée à Londres, n'est malheureusement pas indiquée dans le témoignage; mais nous croyons devoir reporter tous ces incidents au début du concile : d'une part, ils semblent s'y rattacher par leur nature même; mais de plus nous voyons le comte Ingelheim, ambassadeur d'Autriche à Munich, écrire le 21 février au comte Beust que le prince de Hohenlohe, chef du cabinet bavarois, lui a déclaré qu'à son avis il ne peut plus être question d'aucune démarche commune des Gouvernements à Rome. (G. V. 1575 d.). Donc le 23 février, deux mois après l'ouverture du concile, le prince de Hohenlohe devait déjà savoir que son projet avait échoué devant leConseil des ministres anglais.