‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 5)Chapitre 116 sur 140 · LA FRANCE. DARU · texte numérisé non relu

LA FRANCE. DARU

peler les troupes françaises et à livrer la ville conciliaire à ses ennemis. Ollivier le nie et prétend que Daru ne s'y serait jamais prêté. Daru lui-même a dit qu'il se laisserait plutôt couper la main que de signer un décret ordonnant le rappel du corps d'occupation. Par contre, on parla en février de trois lettres intimes de Daru à deux prélats de ses amis, séjournant à Rome, où il aurait, disait-on, menacé de retirer les troupes françaises si la doctrine de l'infaillibilité était définie. Mais dans ces lettres, à supposer qu'elles soient authentiques, Daru n'a nullement dit qu'il ordonnerait luimême le retrait des troupes. Dans la première lettre, datée du 18 janvier, nous lisons : « On ne peut pas s'y [à Rome] aveugler assez pour supposer que le maintien de nos troupes serait possible le lendemain du jour où le dogme de l'infaillibilité serait prononcé. Xons voudrions les laisser à Rome que nous ne le pourrions pas. Il y aura un mouvement irrésistible de l'opinion en France, auquel il ne sera pas possible de ne pas céder. » Il dit dans la seconde lettre, (5 février) : « Il est bien évident que l'on peut nous rendre impossible le maintien de notre garnison à Rome »; et dans la troisième lettre, qui n'est pas datée : « Nous sommes un gouvernement libre, obligé de tenir un compte sérieux de l'opinion publique ; or, il v a certains actes qui, dans le concile, seraient de nature à indisposer la Chambre actuelle, et plus encore peut-être une Chambre nouvelle...; qui sait si un vote parlementaire ne nous forcerait pas la main, et ne nous mettrait pas en demeure de rappeler nos troupes de Civita-Vecchia ? » Daru ne dit pas qu'il prendra un jour la décision de rappeler les troupes, mais que les Chambres

(i) Ollivier, t. II, p. 30.

(2) G. V., 1546, note 2. — Les deux premières lettres auraient été adressées à un M. du Boys, vicaire général de l'évêque d'Orléans et la troisième à M'r de Mérode, beau-frère de Montalembert. L'authenticité de ces lettres est douteuse à plus d'un titre.

forceront peut-être un jour le gouvernement à les rappe- 1er. //

C'est ce que Daru fit encore remarquer dans un entretien qu'il eut le 24 février avec M.8* Chigi, nonce à Paris : il n'avait pas le moins du monde la pensée de rappeler les troupes des Etats pontificaux ; mais « il s'attendait à ce que la définition du schéma de Ecclesia (Daru croyait alors à tort qu'il allait venir en discussion) provoquât un tel mouvement dans les Chambres, que le gouvernement serait forcé d'y céder et d'accepter la proposition de retrait des troupes (1)». Dans un autre entretien avec le nonce, qui en rend compte à Antonelli dans une lettre du 8 mars, Daru renouvela l'assurance qu'il ne voulait pas retirer les troupes ; il déclara même solennellement que, si la majorité des Chambres adoptait la proposition de la gauche et décrétait le rappel du corps d'occupation, il n'hésiterait pas à donner sa démission.

Ainsi donc, bien que Daru penchât à intervenir en faveur de la Minorité, il ne voulait cependant pas aller jusqu'à procurer l'interruption du concile par le rappel du corps d'occupation. Autre chose est de savoir si, l'intervention une fois risquée, les suites d'une telle démarche ne l'auraient pas contraint lui-même à cette mesure extrême.

Les influences du dehors auraient pu facilement l'amener à intervenir, d'autant plus que l'empereur était aussi travaillé de différents côtés dans le même sens (2). Xous avons déjà fait connaître la lettre où Mgr Darboy expose au prince les griefs de la minorité, et va jusqu'à solliciter une intervention du gouvernement français. //

On fit aussi des tentatives pour agir sur Ollivicr (3), mais sans résultat. « Je ne croyais pas. raconte-t-il, à l'absence de

(1) Lettre du nonce au card. Antonelli, 20 lévrier 1870.

(2) Voir II" volume, 354 sqq.

(3) Ullivier, t. II, p. 95.

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