LES DOCTRINES DU SCHEMA
Mais, dira-t-on, l'Eglise se met en contradiction avec "les lois civiles existantes! Si l'Etat a porté des lois anti-chrétiennes sans tenir compte des protestations de l'Eglise, l'Eglise garde le droit de continuer ses protestations et de les exprimer, même de la manière la plus solennelle, dans un concile œcuménique. Si, par exemple, la loi civile permet le divorce et regarde comme valable une nouvelle union contractée entre divorcés, l'Eglise ne perd certainement pas pour cela le droit de proclamer bien haut sa doctrine, de déclarer le mariage indissoluble et l'union entre divorcés nulle et sans valeur. Mais alors un conflit va s'élever entre l'Eglise et l'Etat ! Evidemment. Et ce conflit durera tant que l'Etat ne modifiera pas sa législation anti-clirétienne. C'est à l'Eglise et non pas à l'Etat, ni encore moins à la très inconstante opinion publique, qu'il appartient de déclarer ce qui appartient à la substance du christianisme et ce qui ne peut s'accorder avec le dogme. //
Ces doctrines et d'autres du même genre contenues dans le schéma, tout catholique doit les professer, quand bien même elles ne seraient pas définies.
La proposition du schéma qui fut regardée comme la plus dangereuse, dut être apparemment celle qui est exposée dans le XIVe chapitre et le XXe canon, à savoir que l'Etat lui-même et les pouvoirs publics sont soumis à la loi de Dieu, et que l'Eglise est chargée de déclarer cette loi. Mais on ne peut nier la première partie de cette affirmation à moins de mettre en question l'existence de Dieu, ni la seconde sans refuser à l'Eglise le droit d'exister.
Dans une autre lettre (i), le chancelier charge l'ambassadeur d'Autriche à Berlin, le comte Wimpffen, de donner connaissance à Bismarck des dépêches expédiées à Rome ; l'ambassadeur exposera les raisons qui ont empêché de faire
1 17 lévrier 1870. — C. Y., lo7v2 b. sqq.
plus tôt cette communication aux autres Gouvernements avant l'envoi des dépêches. Bismarck fit répondre par Wimpffen (i) qu'il approuvait l'initiative de Beust, mais ne pouvait l'imiter : il était à craindre, en effet, que l'intervention d'un gouvernement protestant restât sans effet. Il ajouta que le concile ne lui donnait pas de craintes pour la Confédération de l'Allemagne du Xord, mais bien pour l'Eglise et pour les catholiques.
Beust adressa aussi une dépèche au comte Ingelheim, ambassadeur à Munich, pour informer le prince de Hohenlohe de sa démarche. Celui-ci répondit au diplomate qu'il avait depuis longtemps reconnu la justesse des considérations exprimées par Beust, mais qu'à son avis il ne pouvait plus être question d'une démarche commune des puissances à Borne. En Bavière on se bornerait à recommander au comte Tauffkirchen de soutenir autant que possible les idées de la Minorité dans le Concile et de conseiller la modération.
Le comte Trauttmansdorff répondit le 19 février à la dépèche que Beust lui avait envoyée. Il avait déclaré au cardinal Antonelli que le gouvernement prendrait les mesures nécessaires, au cas où le concile rendrait des décisions dangereuses pour l'Etat, comme il s'en trouvait dans le vingt-et-unième canon; le cardinal avait répliqué que les décisions conciliaires en question n'étaient rendues qu'après une délibération des plus attentives, où les prélats ne se laissaient guider que par leur conviction et leur conscience ; // que l'Eglise avait le droit et le devoir de poser publiquement ses principes, et que la non-publication d'un décret dans l'un ou l'autre pays ne lui enlevait rien de sa force. Antonelli avait promis de communiquer au pape les résolu-
(1) 20 février. — C. V., 1574, a. sqq. i2) 19 février. — Ibid., 1574 c. sqq.
3 Ibid., 1575 c, d. sqq.
(4) Ibid., 1575 d.
LES MANŒUVRES DE L'AUTRICHE 38i
tions du gouvernement autrichien, et enfin déclaré ouvertement qu'en les mettant à exécution l'Autriche déchirerait purement et simplement un autre article du Concordat; il ne comprenait pas non plus comment la défense de publier un décret pouvait se concilier avec la ferme volonté de maintenir d'une manière logique et impartiale des institutions basées sur la liberté de tout publier.
L'ambassadeur ajoute qu'à son avis les réclamations des Puissances ne passeront point inaperçues. Des efforts de chaque gouvernement pris isolément il n'y a rien à attendre. L'influence de l'Autriche surtout est très affaiblie pour le moment, à cause de la politique suivie dans les derniers temps, et de l'énervement partiel du concordat. Mais si d'autres Puissances, principalement la France, joignent leurs voix à celle de l'Autriche, elles forceront l'attention.
Beust répondit le 27 février qu'évidemment la non-publication d'un décret ne lui enlevait rien de sa force : il n'avait rien dit de pareil. Ce que l'Eglise avait à craindre, c'était de voir un conflit s'élever entré les deux pouvoirs, si les lois de l'un se mettaient en contradiction avec les lois de l'autre. Il ne pouvait pas être dans l'intérêt de l'Eglise d'amener une telle éventualité. Pour conclure il fait part à l'ambassadeur d'une information qu'il a reçue : la France a fait de son côté des démarches analogues à celles de l'Autriche. Le gouvernement français réclame comme un droit la communication préalable des propositions ayant trait à la politique qui doivent être soumises au concile ; il exige même que le concile ne décide rien à leur sujet sans lui laisser le temps de les examiner et de faire connaître ses vues (1).
De fait, le ministre français des Affaires étrangères, le comte Daru, n'était pas resté inactif. Poussé à intervenir par des sollicitations venues de Paris et de Rome, y incli-
(1) C. V., 1577 a. sqq.
riant de lui-même, il saisit, après la publication du schéma De Ecclesia cette excellente occasion d'abandonner son attitude expectante. // Il prépara une dépêche au cardinal Antonelli, la soumit à l'empereur, la lui fit approuver, et sans en parler à aucun de ses collègues, l'expédia le 20 février au marquis de Banneville pour être remise au cardinal secrétaire d'Etat. C'est seulement le jour suivant, à la fin du conseil des ministres, qu'il déclara avoir fait partir la veille une dépêche importante, sur laquelle il s'expliquerait prochainement devant ses collègues. Les ministres, extrêmement surpris, exigèrent qu'il en donnât lecture sur le champ. Daru y était préparé et la fit chercher. Les réclamations et les critiques s'élevèrent. « La dépêche apportée, dit Ollivier (i), il nous en donne lecture; aussitôt de toutes parts s'élèvent les objections et les critiques. » Daru proposa en conséquence d'arrêter par télégramme la dépêche expédiée à Banneville, afin de la soumettre à. un examen attentif. Le ministère approuva et chargea Ollivier de s'occuper des corrections d'accord avec Daru. Le 23 la dépêche modifiée fut communiquée au conseil des ministres. « La dépêche émondée, édulcorée, énervée, fut envoyée avec sa date primitive. (2) » Elle n'arriva que dans les premiers jours de mars aux mains du cardinal Antonelli. (3)
Ollivier nous donne un résumé de cette dépêche. Elle montrait d'abord que seuls, les Gouvernements respectueux des travaux du concile en matière de foi, avaient espéré que le concile s'abstiendrait à son tour de trancher les questions d'ordre purement politique. « Ce projet, continue le résumé d'Ollivier, est en contradiction avec l'esprit et le
1 L'Empire libéral, t. XIII, p. 175.
2 lMcl., p. I7ti.
3 Ollivier, L'Eglise et l'Etat, t. II, p. 1*25, s. [Nous avons reproduit plus fidèlement le texte d'Ollivier que l'édition allemande avait un peu défiguré. N. D. T.]
texte des lois positives que les citoyens ont à pratiquer; en effet, d'après ses dispositions, l'infaillibilité de l'Eglise s'étend non seulement à toute la Révélation, mais à tout ce qui, sans être révélé, serait jugé nécessaire à l'exposition et à la défense de la Révélation, faits historiques, faits philosophiques, faits scientifiques; sa puissance s'étend au for extérieur comme au for intérieur; absolue dans l'ordre législatif, judiciaire, pénal, elle doit s'exercer avec une pleine liberté et entière indépendance de tout pouvoir civil quelconque. Et comme on veut faire ériger en dogme que l'infaillibilité du pape sera l'infaillibilité de l'Eglise, il en résulte la subordination à la papauté déclarée infaillible... de la Société civile, de tous les droits de l'Etat... //
« Comment a-t-on pu faire croire à Rome que les princes inclineraient leur souveraineté devant de pareils principes? Le voudraient-ils, ils ne le pourraient pas : l'esprit public, qui se révèle tous les jours avec une puissance croissante, ne leur permettrait pas une telle abdication. »
Cet exposé vigoureux est suivi d'une conclusion qui le dépare par sa mollesse, et que l'on s'explique maintenant. Même sur ce schéma de Ecclesia, que Daru vient de représenter comme si menaçant, toute liberté sera laissée au concile « Xous nous contentons de réclamer, en vertu de l'article 16 du Concordat, qui transfère au gouvernement nouveau les droits et prérogatives des anciens rois, la communication de tous les documents pouvant servir à la discussion, un délai pour les étudier et pour porter nos observations devant le concile (i). »
Daru avait communiqué confidentiellement sa dépêche aux autres Puissances aussitôt après son expédition. C'est ainsi que nous voyons de Beust au courant, dès le 27 février,
(1) Ollivier, t. II, p. 126 ss. — Voir la dépêche elle-même : G. V-, 1553 a. sqq.: etÛLLiviER, loe. cit., p. , 551 sqq.
des réclamations que le gouvernement français t'ait valoir à Rome.
Daru comptait bien envoyer un ambassadeur extraordinaire auprès du concile. Voici ce qu'en dit Ollivier luimême : (i) « La dépêche n'explique pas comment ces observations seraient portées au concile ; dans la pensée de M. Daru, ce devait être par un ambassadeur extraordinaire. Il l'expliqua dans ce sens aux cabinets étrangers en leur communiquant confidentiellement sa dépêche aussitôt qu'elle eût été expédiée. — « Le principal secrétaire d'Etat, écrit de Londres, le 20 février, le marquis de La Valette, notre ambassadeur, vient de m'apprendre que le gouvernement de l'empereur était disposé à envoyer un ambassadeur spécial auprès du concile. » — « Le comte Daru, écrivait de Paris le 10 mars l'ambassadeur autrichien, prince de Metternich, à M. de Beust, n'attend que la réponse à sa dépêche (2) pour faire partir le représentant de la France. Il m'a demandé si V. E. ne ferait pas représenter l' Autriche-Hongrie. » //
Au commencement de mars, le nonce à Paris, s'étant entretenu avec Daru de la personne qui pourrait être désignée pour le poste d'ambassadeur si le Saint-Père en acceptait un, écrivait à Antonelli que Banneville était exclu. Ce devait être, avait dit Daru, un homme comprenant et parlant le latin; il en avait cinq en vue; il pensait spécialement à M. de Parieu, mais celui-ci refuserait peut-être. Cliigi regarde comme vraisemblable la nomination du duc de Broglie, que désigne aussi la rumeur publique (3). Dans une lettre postérieure (4), le nonce dit que le bruit s'est répandu que la pré-
(1) Ollivier, op. cil., p. 128 sq. — C. V. 1578 sqq.
(2) S'agit-il de la réponse d'Antonelli au mémorandum du 20 février, ou bien de la réponse à une nouvelle dépêche, envoyée au commencement de mars ?
(3) Lettresdu8 mars 1810. —[Ollivier affirme (op. cit., p.l29)« que Tambassadeur de M. Daru était déjà choisi dans la personne de M. le duc A. de Broglie. et celui-ci paraissait disposé à accepter ». N.D.T.]
(4) 21 mars 1870.
tcntion de la Frafi.ee à nommer un envoyé spécial rencontre
des difficultés à Home ; que Dam s'en montre surplis et veut manifester son mécontentement en laissant vacant le poste d'ambassadeur ordinaire et en le faisant remplir par un simple chargé d'affaires.
Daru avait doue abandonné la politique de paisible expectative. Quand le bruit se répandit à Paris de la démarche accomplie par le gouvernement à Rome, — ce dut être avant la seconde expédition du mémorandum, — le nonce eut le 24 lévrier un entretien avec Daru. Il lui demanda quelle était la valeur des bruits en circulation. Il ne pouvait y donner créance, puisque Daru lui avait déclaré précédemment qu'il ne voulait pas intervenir, mais laisser les choses du concile suivre tranquillement leur cours. Daru répondit que le bruit était exact. Une fois connu le schéma de Eccleaia, les ministres avaient tenu conseil pour délibérer sur l'attitude à prendre désormais vis-à-vis du concile, et ils avaient décidé d'adresser au Saint-Siège une note diplomatique avec l'exposé de leurs griefs, et d'en faire remettre un exemplaire au cardinal Antonelli. L'empereur s'était réservé le temps de réfléchir, puis avait ratifié la décision du ministère. Après la publication du schéma de Ecclesia, il était devenu impossible de continuer la politique de réserve et de confiance. Cet écrit démontrait clairement que le concile ne se renfermait point dans la sphère des questions dogmatiques, mais avait l'intention d'empiéter sur le domaine civil.// Le ministre avait donc le devoir de sauvegarder les droits de l'Etat et de l'ordre civil, de renoncer à sa politique d'expectative et de faire ouvertement des représentations au Saint-Siège. Sur la demande du nonce, Daru lui permit de prendre connaissance du mémorandum, et il s'éleva entre les deux interlocuteurs une discussion sur le schéma, cause première de tout le différend. Le comte soutenait qu'adopter les propositions du schéma serait canoniser en quelque sorte une théocratie nou-
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velle, soumettre le pouvoir civil au Tape, renouveler les prétentions et les privilèges auxquels le Pape avait tacitement renoncé dans le concordat. Le nonce cherchait à montrer le néant de ces considérations et affirmait que les doctrines du schéma étaient des vérités catholiques bien établies, connues des catholiques de tous les temps et de tous les pays, toujours proclamées par les pontifes romains. Le schéma n'avait pas été exactement compris, et le nonce exprimait ses regrets de ce que le ministre ne lui eût pas, selon sa promesse, demandé des explications avant de prendre une décision ; Daru s'était ainsi, sans le vouloir, fait l'instrument et le serviteur d'un parti où régnaient des préjugés et un esprit de chicane à j'égard du Saint-Siège, et qui cherchait à donner aux délibérations du concile une tournure conforme à ses idées. Daru protesta énergiquement contre cette dernière affirmation; en réponse au reproche de n'avoir pas demandé au nonce d'éclaircissements sur le schéma, il déclara s'en être abstenu parce qu'on lui avait annoncé que le nonce était souffrant. 11 ajouta encore, pour conclure, que le meilleur serait d'ajourner le concile, afin que le calme pût renaître dans les esprits, et que les partis formés dans l'assemblée et qui, d'après des rapports dignes de foi et répandus de tous côtés, péchaient l'un et l'autre par exagération, se rapprochassent des idées compatibles avec notre temps (i).
Daru prétendait donc toujours qu'en envoyant le mémorandum il avait rempli un devoir. Dans un autre entretien avec le nonce, il déclara de nouveau que, d'après sa conviction, les articles du schéma de Ecclesia auraient pour conséquence très prochaine la rupture du concordat. // « Toutes les conversations, toutes les affirmations, toutes les pensées du ministre sur ce sujet, écrit Chigi, se concentrent autour de cette idée et s'en inspirent, et comme il en est si profondé-
(1) Lettre du nonce au cardinal Antonelli, 25 février 1870.
nient pénétré, je n'ai pu le convaincre que les schémas se meuvent sur un terrain absolument différent du concordat, et que, même adoptés sans aucun changement par le concile, ils ne porteraient pas la moindre atteinte au concordat, sous quelque rapport que ce soit (i). »
Ollivier portait sur le mémorandum un tout autre jugement que Daru. Il ne le regardait pas comme nécessaire, et il affirme que les ministres l'auraient en somme plus volontiers supprimé qu'adouci, mais qu'on n'était pas allé jusque là parce qu'on ne voulait pas occasionner la démission de Daru.
Dans la manière même dont Ollivier raconte l'histoire de la dépêche, on sent encore combien il y était opposé (2). Ce n'est qu'après avoir fort hésité qu'il donna son assentiment, et il fut tenté de le reprendre. Il avoua ses répugnances dans un entretien intime, et l'un des deux confidents en informa Mgr Mermillod, par qui la chose parvint jusqu'au cardinal Antonelli. Naturellement l'impression produite par la dépêche en fut diminuée. Quand Daru le sut, il se plaignit, et Ollivier se plaignit à son tour de la manière mystérieuse dont Daru avait rédigé d'abord et envoyé sa dépêche, si bien que l'accord entre les deux ministres fut quelque peu troublé. On n'évita pas sans peine un éclat (3).
Ollivier reçut d'un groupe de la Minorité des lettres et un mémoire; il voulut éviter en y répondant de paraître « poursuivre une politique particulière à coté de (la) politique officielle », néanmoins il ne cacha pas son opinion (4). Il exposa
(1) Lettre du nonce au cardinal Antonelli, 8 mars 1870.
(2) Ollivier, dans ce récit, fait l'impression d'un homme qui veut à tout prix décliner toute responsabilité dans la partie perdue. E'adresse corrigée par lui parait, sauf les expressions, avoir été assez semblable à la première. En toutcas les exigences étaient les mêmes, comme nous l'apprend la lettre de Beust.
(3) Ollivier, t. II, p. 130 s.
(4) Ibid., p. 131 sq. |Nous avons dû corriger ici le texte allemand qui s'éloignait un peu des affirmations d'Ollivier, N. D. T.]
à un de ces évêques ses vues sur une intervention diplomatique. Cette demande dit-il en résumé, affaiblirait la Minorité au lieu de la fortifier. // « Si nous réussissons, tout le parti ultramontain ne se lèvera-t-il pas comme une légion pour vous reprocher de ne l'avoir emporté que par l'appui extérieur, et n'invoquera-t-il pas les droits sacrés de la foi et de la conscience? Mais, il est évident, comme vous le prévoyez vous-même, que nous échouerons. Alors une autre difficulté commence : comment empêcherons-nous l'esprit public, que nos propres démarches auront animé, de solliciter des mesures de persécution contre l'Eglise? Xe serait-il pas mieux que la lutte ne fût soutenue que par vous-mêmes et qu'à des évêques on n'opposât que des évêques? » Laissons « au combat qui se livre à Rome son caractère indépendant et spirituel (i) ».
Ollivier se multipliait de toutes parts pour empêcher que le gouvernement ne poussât plus loin son intervention, ou qu'on n'attribuât aux démarches déjà faites un caractère agressif. A Daru, il exposait les raisons de ne pas députer un envoyé spécial auprès du concile (2); il envoyait des notes aux journaux pour tâcher d'expliquer la démarche de Daru et la dépèche du 20 février, cherchant à montrer avant tout qu' « elle n'avait aucun caractère comminatoire (3) » ; il s'efforçait « de détacher tout à fait l'Empereur de la politique d'intervention (4) ».
Comme nous l'apprend une lettre du prince de Metternich, ambassadeur d'Autriche à Paris (5), Daru crut devoir, au commencement de mars, envoyer encore une dépêche à Rome à propos des affaires du concile. On avait reçu la nouvelle
(1) Lettre du t5 mars. Ollivier, t. II, p. 132 ss, — C. V. 1559 b. sqq. {-2) Lettre du 17 mars. Ibid-, p. 133 ss. — C. V., 1559 c. sqq. (3 Ollivier, loc. cit., p. 134 ss. — C. V., 1560 a. b.
(4) OLLrviER, loc. cit., 130 s. — C. V., 1560 c. d.
(5) Lettre du 10 mars. — C. V., 1578c. sqq.