‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 5)Chapitre 119 sur 140 · LA DEPECHE DE DAKU. INTRIGUES · texte numérisé non relu

LA DEPECHE DE DAKU. INTRIGUES

que la discussion sur l'infaillibilité devait s'ouvrir le 17 mars (i). Or, le gouvernement français avait, dans la dépêche retardée du 20 lévrier, exprimé la prétention d'être mis; au courant en temps opportun des débats futurs du concile, // de manière à pouvoir exposer ses vues sur les questions pendantes avant la conclusion du débat. Cependant rien n'avait été notifié à propos de la discussion sur l'infaillibilité. Daru n'eut donc rien de plus pressé que de réclamer par télégramme l'ajournement de toute décision jusqu'à l'arrivée de l'envoyé français. Il n'attendait que la réponse, ajoute Metternich, pour faire partir cet ambassadeur. Le Saint-Père avait convoqué les présidents du concile pour s'aider de leurs conseils en cette conjoncture. Daru avait réclamé une décision et une réponse immédiates.

Dans la même lettre, Metternich, comme nous l'avons déjà vu, demande au nom de Daru, si l'Autriche ne veut pas se joindre à la France et se faire également représenter au concile. En tout cas, Daru désire qu'on appuie sa démarche du 20 février. Il avait d'ailleurs fait de semblables propositions aux autres cours européennes. Presque partout on promit d'appuyer sa dépèche, mais personne ne voulut envoyer un représentant près du concile (2).

Sur ces entrefaites, arriva la réponse d'Antonelli au mémorandum de 20 février, sous la forme d'une lettre au nonce (3), chargé d'en donner connaissance au gouvernement français. Elle est datée du 19 mars.

(1) Voici quelle l'ut probablement l'origine de ce bruit : "un monitum du 6 mars avait annoncé aux Pères qu-e la demande taite par la Majorité, de soumettre la doctrine de l'infaillibilité aux délibérations du concile, avait été agréée; les Pères étaient priés de présenter par écrit, dans les dix jours, c'est-à-dire pour le 17 mars, leurs observations sur le schéma relatif à l'infaillibité, qui leur était communiqué en même temps que le monitum. Ajoutons qu'à la même époque circulèrent des pétitions où Ton suppliait le pape de mettre en discussion sans délai le schéma de L'infaillibilité.

(2) Ollivier, t. 11, p. 137. — G. V. 1578 c, d. 1579 a., 1581 b. 1593 a. sqq., 1593 d. sqq.. 1602 c. sqq.

(3) C. V., 1555 b. sqq.

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Après avoir rapporté en substance la dépêche de Daru, il exprime d'abord la satisfaction avec laquelle le pape a reçu l'assurance que le gouvernement français ne voulait attenter en aucune façon à la liberté du concile. Il appuie sur la gratitude avec laquelle le Saint-Père reconnaît les services de la France, qui, par son armée, lui assure depuis plus de vingt ans une protection d'un prix inestimable, surtout au moment du concile. Il en vient alors au schéma qu'une violation du secret pontifical a livré à la publicité ; il exprime son étonnement de ce que ce document ait pu si fort émouvoir le gouvernement français, puisqu'il contient purement et simplement les principes fondamentaux de l'Eglise catholique, souvent énoncés par les conciles antérieurs et développés dans plusieurs constitutions apostoliques, par exemple dans les bulles XJnigenitus et Auctorem fidei. Il n'est pas exact que le schéma attribue à l'Eglise un pouvoir direct et absolu sur les Etats et les princes. De fait, l'Eglise n'a jamais exercé un tel pouvoir. « Mais puisqu'elle a reçu de Dieu la sublime mission de conduire les hommes, soit comme individus, soit en tant que société, à une fin surnaturelle, elle a, par le fait même, le pouvoir et le devoir de juger de la justice et de la moralité de tous les actes, soit intérieurs, soit extérieurs, dans leurs rapports avec les lois naturelles divines. Or, comme aucune action, qu'elle soit commandée par un pouvoir suprême ou qu'elle émane de la liberté de l'individu, ne peut être exempte de ce caractère de moralité et de justice, il advient que le jugement de l'Eglise, bien qu'il se porte directement sur la moralité des actes, s'étend indirectement sur toutes les choses où cette moralité entre en cause. » Le cardinal démontre ensuite que l'infaillibilité de l'Eglise ne menace en aucune manière l'indépendance de l'Etat. De ce que l'Eglise est appelée dans le schéma une société parfaite, indépendante de l'Etat dans l'exercice de son pouvoir législatif, judiciaire, ou coercitif, il ne s'ensuit

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