‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 5)Chapitre 120 sur 140 · LA REPONSE DE ROME · texte numérisé non relu

LA REPONSE DE ROME

pas non plus que l'Eglise affirme la dépendance de l'Etat. Les deux puissances sont indépendantes l'une de l'autre dans leurs domaines respectifs.

Tl revient encore une fois sur ce point, qu'il paraît inconcevable que les propositions du schéma aient pu causer de tous côtés une si forte impression, puisqu'elles ne sont pas nouvelles, mais reproduisent simplement la doctrine catholique, connue de tout temps et dans toutes les églises. Il démontre ensuite que la définition n'entamera nullement l'intégrité du pouvoir des évêques; le pouvoir des princes n'aura pas davantage à souffir.

De tout ce qui précède, il résulte que le concile ne s'occupe d'aucune question politique, et que, par suite, le gouvernement français ne saurait persister dans la prétention qu'on lui soumette à l'avance les décrets qui doivent être proposés au concile. Cette exigence ne trouve aucun fondement dans le concordat, auquel le ministre en appelle. Si le Saint-Siège n'a })as invité les princes au concile, comme cela «'est pratiqué autrefois, la raison en est, tout le monde le comprend sans peine, que les circonstances sont bien changées. / En exprimant l'espoir que le Gouvernement ne maintiendra pas ses exigences, le cardinal termine par des paroles aimables.

Le nonce reçut la lettre d'Antonelli le 24 mars. Il en fit préparer une copie pour la déposer au ministère de l'intérieur, et se rendit lui-même chez Daru, pour lui traduire et lui expliquer le texte italien. Pendant la partie d'exposition théorique, le comte manifesta beaucoup d'impatience, comme s'il s'agissait d'une chose de peu de conséquence. Quand le nonce passa aux corollaires pratiques, surtout à celui qui faisait échec à la prétention française d'obtenir communication préalable des schémas à discuter, le ministre s'écria avec indignation que ce point ne rentrait pas dans ses exigences directes et capitales ; il tenait beaucoup plus à savoir

si Rome admettrait un ambassadeur au concile. Le nonce répondit que cette demande se trouvait déclinée non pas en termes exprès, mais tacitement: e:x fournissant la preuve que le Gouvernement n'avait eu aucune raison de s'inquiéter à propos du schéma de Ecclesin, on Taisait voir avec évidence qu'il n'avait eu aucune raison non plus d'abandonner la réserve de son ancienne politique.

Pour le coup, Daru se montra très surpris, même irrité. Il fit voir au nonce un télégramme de Banneville, où il était dit que le cardinal Antonelli ne contesterait pas à la France le droit d'envoyer un représentant au concile. Du reste, les ministres délibéreraient sur la réponse d' Antonelli, et décideraient ce qui restait à faire au Gouvernement (i). //

Daru présenta la réponse d'Antonelli à l'empereur, et les ministres se réunirent en conseil à ce sujet (t>).

La réponse d'Antonelli avait aussi déplu à la plupart

(1) Lettre du nonce au cardinal Antonelli, 2o mars 1870. — Dans sa réponse à cette lettre du Nonce 6 mars , Antonelli s'étonne de la remarque faite par Daru, à savoir que la prétention française d'obtenir du gouvernement pontifical communication préalable des questions à débattre dans le concile et touchant à la politique, ne rentre pas dans ses exigences directes et capitales : en effet, c'est pourtant la seule qui soit expressément formulée dans le mémorandum. (Cette affirmation est exacte, voirie mémorandum G. V., 1554 d.) Quant à la dépèche de Banm ville, d'après laquelle Antonelli aurait déclaré que le gouvernement français pouvait à son gré envoyer un représentant au concile, il devait y avoir méprise, puisque lui, Antonelli, n'avait jamais eu même la moindre occasion de faire une pareille déclaration au marquis de Banneville. Dès le début, en effet, le gouvernement avait toujours eu la ferme résolution de ne pas envoyer de représentant au concile, comme le prouvaient les documents en sa possession. — Voici ce qui en était au fond : après que la commission préparatoire eut terminé, en 1868, ses débats sur la manière de se comporter vis-à-vis des princes catholiques lors de la convocation du concile, le cardinal Antonelli déclara au comte de Sartiges, prédécesseur de Banneville, que le Saint-Père était prêt à admettre des représentants des puissances auprès du concile ; un an plus tard, il répéta au marquis de Banneville que Pie IX s'y était montré disposé. C'est à cette déclaration que doit se référer Daru. Mais, si l'on avait admis des ambassadeurs, on ne leur avait accordé aucun droit d'intervenir dans les discussions ou de formuler des exigences devant l'assemblée. Or c'est dans ce but que Daru voulait maintenant un représentant ; dans ces conditions on ne l'aurait pas accepté. (Voir 1" volume, p. 154.)

(2) Lettre du nonce au card. Antonelli, 29 mars 1870.

Page 1