LE MECONTENTEMENT DE EA FRANCE
d'entre eux. Ollivier lai-même, s'en montrait fort mécontent. La grande raison était qu'Antonelli se prononçait ouvertement pour Je pouvoir indirect de l'Eglise sur l'Etat, et avouait de plus que le schéma contenait cette doctrine (i) : c'était avouer que le schéma enseignait tout simplement la subordination de l'Etat à l'Eglise, car cette subordination subsistait aussi bien avec le pouvoir indirect qu'avec le pouvoir direct. Le schéma renfermait donc, Antonelli en convenait, une attaque contre l'Etat; il est vrai qu'il ne s'en prenait pas aux lois, mais aux principes, dont les lois sont l'expression pratique. Ollivier se plaint aussi de ce que Antonelli déclare non fondé l'appel de Daru au Concordat à propos du droit d'envoyer un représentant au concile (2). //
Pour obtenir des éclaircissements sur la situation, le ministre, appela de Banneville à Paris. Plusieurs évèques du concile, appartenant aux divers partis, s'étaient aussi adressés au ministère.
Les Pères de la Minorité s'occupaient moins du schéma de Ecclesia que de la définition de l'infaillibilité : d'après eux, c'est sur celle-ci que le Gouvernement devait porter son attention. Ils exposaient aux ministres toutes les objections que l'on avait coutume de faire contre la doctrine de l'infaillibilité et contre sa définition; ils proposaient, eux aussi,
(1) Antonelli n'a pas l'ait cet aveu, et le schéma ne renterme rien de cette doctrine du pouvoir indirect de l'Eglise sur l'Etat. Il affirme, à la vérité, qu'il appartient à l'Eglise de juger du bien et du mal, de la licéité et de l'illicéité de* actions, soit des individus, soit des collectivités. Or, tout le monde doit concéder ce droit à l'Eglise, à moins de lui refuser même le droit d'exister. Car c'est un de ses devoir principaux d'expliquer la loi divine, de l'appliquer aux actes des hommes, aux actes des individus comme à ceux du pouvoir civil: elle le fait en déclarant si ces actes sont conformes ou opposés au commandement divin, bons ou mauvais. Mais ce droit de l'Eglise ne constitue pas un pouvoir indirect sur l'Etat ; on l'a assez bien appelé un pouvoir de direction.
(2) Ollivier, 1. c. II, p. 198 ss.
[Ollivier ajoute : « Si nous nous étions armés des déclarations formelles faites à MM. de Sartiges et de Banneville, si nous avions invoqué les droits de notre situation particulière à Rome, nul doute que le Saint-Père ne nous eût ouvert les portes du Concile. » N. D. T.]
d'envoyer un ambassadeur extraordinaire, avec mission de réclamer du pape le renvoi de la délibération. On devait encore engager les gouvernements autrichien, bavarois, prussien, belge, espagnol et italien à soutenir cette exigence; il fallait exciter les évoques de la Minorité à demander avec insistance l'ajournement du concile; il fallait mater les congrégations religieuses, surtout les plus actives et les jdus puissantes, de même que la presse hostile et ultramontaine ; on devait « provoquer à la Chambre une interpellation et la clore par un ordre du jour significatif; cela serait préférable à des notes diplomatiques secrètes, qui n'ont pas reçu l'approbation publique des représentants de la nation ; il resterait à agir d'après les conjonctures qui naîtraient de ces démarches, de manière à convaincre Rome des volontés énergiques du gouvernement auxquelles elle ne veut pas croire (i). »
La majorité, continue Ollivier, nous disait : « Xe vous inquiétez pas plus du schéma de Ecclesia que de l'infaillibilité, laissez au concile sa pleine liberté. Quel danger pouvait amener la définition de l'infaillibilité ? Il s'agit d'une lutte toute personnelle entre l'épiscopat et la papauté où vous n'avez rien à voir. L'épiscopat ne veut pas perdre le pouvoir discrétionnaire qu'il a exercé sur le clergé; le pape veut affirmer sa suprématie sur les éveques... Ce qu'on allègue du défaut de liberté dans le concile n'est pas sérieux;// tout au plus pourrait-on reprocher aux présidents du concile de tolérer avec trop de longanimité les divagations interminables dont certains orateurs nous fatiguent. On nous dit des injures, on nous représente comme des ignorants serviles; on nous oppose quelques évêques français ou allemands, auxquels on attribue le monopole de la science, du talent et de l'intelligence ; or, nous les avons vus et entendus tous les
II) Il.id. p. 202, sqq.