‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 5)Chapitre 123 sur 140 · LES PUISSANCES · texte numérisé non relu

LES PUISSANCES

procurer le bien des intérêts religieux et de maintenir les relations existantes en France entre l'Etat et l'Eglise; que le mauvais vouloir ou l'indifférence lui auraient sans doute conseillé une autre conduite ; que dès lors la démarche dont il était chargé et qu'un droit non contesté nous autorisait à faire ne pouvait à aucun degré offenser ni inquiéter le Saint- Père, qui daignerait, il l'espérait, rendre justice à nos intentions droites et loyales ». Le pape accueillit la démarche avec bonne grâce et répondit qu'il acceptait volontiers le mémoire.., comme il accepterait toujours les observations que le gouvernement de l'empire jugerait utile de faire parvenir à lui ou à son gouvernement ; mais qu'il ne lui paraissait pas possible de faire au concile la conimimication demandée. Parlant ensuite de l'Eglise en général et des nécessités auxquelles il aurait à pourvoir, il se montra plus préoccupé de la situation religieuse en Allemagne que de celle de la France; // il considérait évidemment la résistance opposée à ses idées comme plus sérieuse en Allemagne que chez nous (i) ».

Dès la veille de l'audience, I'Allgemeine Zeitung avait publié le mémorandum. Le pape apprit cette nouvelle le matin (2) de l'audience, et fut très blessé de cette publication anticipée. Daru l'avait envoyé aux autres cours en même temps qu'à Rome ; c'est par l'une d'elles (3) qu'il était arrivé au journal. « Le pape accepta ces explications et s'apaisa. »

Les puissances que Daru avait priées d'appuyer son mémorandum, s'y montraient disposées. Dès le 10 avril, douze jours avant l'audience, le chancelier autrichien écrivait à son ambassadeur à Rome sa joie de l'accord si parfait qui régnait entre la France et l'Autriche au sujet du concile, et lui déclarait qu'il accédait avec plaisir à la demande de Daru ;

(1) Ollivier, t. II, p. 219, sq.

(2) Ollivier dit: le lendemain.

(3) Ibid., p. 2-21.

4l)0 HISTOIRE DU CONCILK DD VATICAN

le gouvernement autrichien recommandait instamment le mémorandum à l'attention de la cour romaine. L'ambassadeur était chargé de s'exprimer en ce sens près du cardinal secrétaire d'Etat et de lui transmettre copie de la lettre du du chancelier (i). Le même jour, de Beust en envoyait une autre copie au chevalier Zvderzina, représentant autrichien à Munich, à l'adresse du comte Eray, successeur du prince de Hohenlohe (2); deux jours après il recevait avis que Bray suivrait son exemple. Bray mande le 20 avril à l'ambassadeur bavarois, comte Taufkirchen, de présenter au cardinal la même requête que Trauttmansdorff (3). Les représentants d'Espagne et de Portugal et l'agent officiel de l'Angleterre, Odo Russell, si nous en croyons Ollivier (4), déclarèrent oralement qu'ils approuvaient le mémorandum français (5).// C'est seulement vers cette époque que le cardinal Antonelli répondit en forme à la note autrichienne du 10 février [6), où de Beust avait exprimé ses grandes objections contre le schéma de Ecclesia. La lettre du cardinal à Msr Falanetti, nonce à Vienne, est du 20 avril (7).

(1) C. V., 1585 b. sqq.

12 Ibid., 1586c.

3 Ibid., 1586 d. sq.

(4) Ollivier, 1. c, p. ±2Ï.

(5) Une lettre de Planning à Gladstone, datée du 6 avril, Plrcell. op. cit., p. 444; nous apprend que le chef du cabinet anglais entretenait des rapports épistolaires avec l'évéque. Cependant, il parait n'y avoir été question du concile qu'incidemment. Dans cette lettre Manning déclare souverainement imprudent de la part du ministère français ou de quelques-uns de ses membres d'avoir à nouveau tenté ou de vouloir tenter d'agir sur le concile. « En pareil cas, dit-il, nous sommes préparés à ce qui nous reste à l'aire. La question sera ramenée aux termes les plus simples, et notre dernier pas est inévitable... Les efforts répétés des opposants de Rome pour amener l'intervention des puissances nous sont bien connus. Aucune intervention de ce genre n'aura de poids sur le concile, mais elle nous imposera des devoirs qui ne seront pas sans danger et qu'il faudra remplir à tout prix. » — 11 le met en garde contre Lord Acton comme étant l'homme d'un parti et nourrissant les sentiments les plus hostiles à l'égard du concile ; il conjuiv Gladstone de ne pas se laisser entraîner à des paroles ou des actions malveillantes contre rassemblée.

(6) Voir ci-dessus p. 377 sq.

(?) C. V., 1588 a. sqq.

LAUTJUCHE 401

Le chancelier de Beust, y est-il dit, se montre dans sa dépêche très préoccupé do la tournure que prennent les affaires du concile; il dénonce « en termes peu délicats [con termini poco delicati] certaines tendances qui régnent ici même dans les sphères élevées », ainsi que certaines publications, qui, si elles devaient aboutir réellement à des décisions définitives, creuseraient un abîme infranchissable entre la législation de l'Eglise et celle de la plupart des Etats modernes. Au nombre de ces publications le chancelier range avant tout les vingt et un canons de Ecclesia parus dans I'Allgemèine Zeitung. Le cardinal déclare, comme dans sa réponse à Daru (i), que les susdits canons ne renferment que l'antique doctrine traditionnelle dans l'Eglise et charge le Nonce de communiquer ses observations au chancelier.

De Beust répondit le 8 mai à Trauttmansdorff. Il estime que les raisonnements d'Antonelli ont été suffisamment réfutés dans le dernier mémorandum français, auquel il adhère pleinement. /■' Quant au reproche fait par le cardinal d'avoir manifesté « en termes peu délicats » les craintes du gouvernement au sujet de certaines tendances qui régnent dans les hautes sphères ecclésiatiques, il réplique : « la dépêche du 10 février me paraît conçue, du commencement à la fin, en termes aussi mesurés que polis, et je ne puis reconnaître la justice du blâme qui m'a été adressé. J'ai fait la même remarque au Xonce quand il m'a lu la note de son gouvernement, et Mr1' Falcinelli a eu de la peine à m'indiquer dans ma dépêche un passage qui pût à bon droit éveiller quelque susceptibilité » (2).

Le passage blessant était évidemment celui où le chancelier disait « que dans les cercles les plus élevés de l'Eglise il y a toujours une forte tendance agressive non seulement à

li) Voir ci-dessus, p. 389 sq.

(2) C. V., 1590 a. sqq.

ne pas reconnaître, mais encore à ne pas tolérer la liberté (pie l'on réclame pour l'Etat dans tous les objets qui ressortissent à la législation civile, » (i) Ces paroles expriment un blâme à l'adresse du pape lui-même, et aucun gouvernement ne saurait permettre qu'une autre puissance vienne blâmer dans une pièce diplomatique son propre souverain.

Xous possédons aussi la lettre dans laquelle Falcinelli mande au secrétaire d'Etat l'accueil l'ait par de Beust à sa dépêche. 11 a passé une heure chez le chancelier. Celui-ci s'est montré extrêmement poli et aimable, mais a manifesté un vif déplaisir à la lecture du passage qui le concernait ; il a immédiatement fait apporter l'original de sa dépêche et la lui a lue tout entière. Pendant la lecture le nonce a attiré l'attention sur toutes les expressions qui pouvaient, à son avis, avoir donné lieu à la remarque d'Antonelli. Le chancelier a répondu chaque fois et affirmé que la pensée d'offenser le Saint-Siège ou Antonelli était bien loin de son esprit; il a aussi fait observer que certaines parties de la dépêche avaient été modifiées par l'empereur lui-même. Le chancelier a exprimé le désir d'avoir un exemplaire de la lettre d'Antonelli. pour pouvoir étudier de plus près les observations écrites en italien et les soumettre à l'empereur. Le nonce n'étant pas autorisé à livrer cette copie, de Beust déclara qu'il en ferait demander la permission au cardinal par Trauttmansdorff. // Mais depuis ce jour-là, ajoute Falcinelli, je n'ai reçu aucune nouvelle du chancelier.

Au reste, on trouve dans les papiers du nonce un télégramme d'Antonelli daté du 3o avril, c'est-à-dire du même jour que la lettre précédente. Le secrétaire d'Etat accorde» à la prière de Trauttmansdorff, la permission de délivrer à de Beust un exemplaire de sa dépêche. Mais on. n'y rencontre

(1) C. V., 1571 b. — Voir ci-dessus, p. 377.

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