‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 5)Chapitre 124 sur 140 · LA PRUSSE. ARNIM ET BISMARCK · texte numérisé non relu

LA PRUSSE. ARNIM ET BISMARCK

aucun éclaircissement sur les « ternies peu délicats » dont Antonelli s'était plaint.

La Prusse, comme nous l'avons dit, avait été fermement résolue dès le débuta s'abstenir de ton te intervention. Elle s'en tint à cette politique, bien que son ambassadeur à Rome poussât continuellement en sens contraire. £n mars encore, quand Darti eut invité les puissances à soutenir sa dépêche du 20 février par des dômarcbes du même genre, le gouvernement prussien déclarait à son envoyé qu'il restait convaincu que faire des remontrances à Rome n'était pas dans son intérêt. Il ajoutait d'ailleurs que le concile s'engageait sûrement dans une voie où les bons rapports de l'Eglise et de l'Etat et des deux confessions entre elles seraient menacés. Que si l'on compromettait ces bons rapports des deux pouvoirs et des deux confessions, le gouvernement était décidé à xirotéger selon ses lois le clergé catholique contre les mesures hostiles, les usurpations et les exigences de Rome, et à ne pas tolérer que la tranquillité des sujets du roi fut troublée en aucune façon par des dogmes religieux en contradiction avec la constitution prussienne (i).

Que la Prusse voulût rester sur l'expectative et ne pas intervenir, les autres puissances le savaient déjà (2) //. Ainsi, d'après une lettre d'Arnim à Bismarck ^'[5 mars), Daru aurait avoué à Lord Lyons, ambassadeur d'Angleterre à Paris, que la démarche commune des gouvernements, nécessaire si les efforts de la France n'aboutissaient pas, serait fort difficile à réaliser, parce que la Prusse n'y participerait

1) C.V., 1603 d.sq.

(2) Le Nonce de Paris dit le 21 mars au cardinal Antonelli avoir appris de source certaine que le baron de Werther, ambassadeur de Prusse à Paris, a proposé au comte Daru une entente de tous les gouvernements et l'établissement d'un plan commun de conduite vis-à-vis du concile. Cette affirmation paraît invraisemblable et ne cadre pas avec tout ce que nous savons de l'attitude de la Prusse.

pas. Arnim brûle naturellement d'intervenir. Il demande donc si les résolutions du gouvernement sont toujours inébranlables sur ce point (i). Bismarck répond (i5 mars) qu'il n'a pas eu l'occasion jusqu'ici de s'informer des résolutions de Sa Majesté au sujet des démarches collectives, parce qu'aucune des puissances catholiques, intéressées en première ligne à l'affaire, ne lui a manifesté, même par la plus discrète insinuation, le désir d'accomplir une démarche ù deux ou à plusieurs. Ce n'est pas la Prusse qui en prendra l'initiative.

Après cette réponse, qui équivalait à un non, comme tant d'autres réponses à des demandes pareilles d'Arnim, ce dernier dut être enchanté que le gouvernement français invitât la Prusse à soutenir son mémorandum. Peut-être cette invitation lui rendrait-elle possible une intervention. Il demanda à Bismarck s'il devait faire une démarche près de la curie pour appuyer la note française (3) ; le secrétaire d'Etat de Thile répondit, au nom du chancelier, qu'il fallait soutenir le mémorandum. A la question : Faut-il le faire par écrit ? il répondit que c'était à décider d'après l'impression qu'on pouvait attendre finalement de la communication de la pièce aux évèques allemands. Arnim devait d'abord s'assurer de ce point (4).

La réponse de Thile est du 22 avril. Dès le 23, Arnim écrit à Antonelli. Après avoir déclaré que le gouvernement prussien s'est rendu volontiers à l'invitation d'appuyer le mémorandum faite par la France, il en expose les raisons : avant tout la grande agitation provoquée en Allemagne par la crainte de voir prendre, contre l'avis de presque tous les évêques allemands, des décisions qui pourraient occasionner

il C. V., 1601 a.

(2 Ibid. , 1601b.

(3) Ibid.. 1601 b.c.

(4! Ibid.

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(chez les catholiques) des luttes intérieures sans fin. Les évèques allemands avaient d'avance attiré l'attention sur les conséquences de certains décrets, qui bouleverseraient réellement la délimitation de l'autorité attribuée à chaque degré de la hiérarchie, et par là changeraient effectivement la situation respective de l'Eglise et de l'Etat.// On paraissait sur le point de renouveler certains décrets qui ont été combattus dans tous les temps et dans tous les pays.

L'ambassadeur fait remarquer surtout qu'en Allemagne les rapports continuels ont amené le rapprochement des deux confessions, que la paix règne entre elles, mais qu'il y a danger, si le concile prend des décisions auxquelles s'opposent les évèques allemands et contre lesquelles s'élève l'opinion publique, d'entraver gravement ce rapprochement. Après avoir fait ressortir les dispositions bienveillantes dont le gouvernement prussien est animé à l'égard de la cour romaine, il termine en exprimant l'espoir que la présente démarche contribuera par sa part à l'heureuse issue du concile (i).

Cette lettre d'Arnim n'est, à proprement parler, qu'une sommation de laisser de côté la question de l'infaillibilité. Le gouvernement français ne s'en était pas occupé dans son mémorandum. 11 la regardait comme une question ecclésiastique d'ordre intérieur, dans laquelle l'Etat n'avait aucun droit d'intervenir (2). Le mémorandum n'v touche ni directement ni indirectement. Banneville pareillement nJ en dit rien en présentant la note au pape, et ce ne fut pas par hasard, mais pour se conformer à ses instructions. Ollivier souligne le silence gardé en cette audience et ailleurs sur l'infaillibilité (3). Le mémorandum ne parle que du schéma de Eccle-

(1) C. V., 1602 c. sqq.

(2) Voir ci-dessus, pp. 369 et 395.

(3) Op. cit., p. 219.

sia, qui avait été publié dans les journaux, et qui ne traitait pas de l'infaillibilité. Ce que la France exigeait du gouvernement pontifical, c'était simplement la suppression de quelques passages de ce schéma. Arnim n'avait reçu de son gouvernement que la permission de soutenir cette exigence française. Au lieu de cela, il dirige, exclusivement ou du moins principalement, sa note à Antonelli contre la définition de l'infaillibilité. Il y avait longtemps qu'il désirait y faire opposition comme représentant de la Prusse, mais l'autorisation lui avait toujours été refusée. // Et maintenant, sans l'avoir reçue, il s'élevait au nom de son gouvernement contre la définition de l'infaillibilité. Il ne prononçait pas le mot, mais il en parlait réellement quand il parlait d'un point qui avait divisé les Pères en deux partis, d'un point sur lequel les évêques allemands, presque unanimement, avaient dès avant le concile élevé la voix et fait entendre des avertissements, etc. Il s'agit évidemment de l'infaillibilité.

Quand les ministres français, après avoir reçu la réponse d' Antonelli à la dépêche du 20 février, tinrent conseil sur ce qui restait à faire, la minorité du concile s'efforça de les pousser à intervenir contre l'infaillibilité et uon pas contre le schéma de Ecclesia (1). Mais le gouvernement avait décidé d'abandonner la minorité à elle-même. Arnim, au contraire, ' profitait de la permission de soutenir le gouvernement français pour prendre en mains la cause de la minorité, et mandait ensuite à Bismarck qu'il avait adressé au secrétaire d'Etat pour soutenir les exigences françaises une note qui serait envoyée à Berlin le lendemain. Il se faisait une fête d'aller encore plus loin. >lgr Dupanloup, écrit-il, l'avait prié avec instances de demander une audience au pape pour le porter à proroger le concile. Arnim s'y montrait disposé et désirait être autorisé par le roi à demander une audience en

(11 Voir ci-dessus p. 31)4.

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