‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 5)Chapitre 125 sur 140 · LA PRUSSE. INSTRUCTIONS DE BISMARCK · texte numérisé non relu

LA PRUSSE. INSTRUCTIONS DE BISMARCK

son nom (i). Mais la réponse de Bismarck fut que le roi ne croyait pas convenable, après la lettre déjà si forte d'Arnim au cardinal, de faire de nouvelles démarches auprès du pape : il voulait attendre paisiblement l'effet de cette note. En outre Bismarck faisait remarquer que le roi s'était attendu à ce qu'Arnim s'assurerait préalablement, comme il en avait reçu l'ordre exprès, de l'effet de la note sur les évêques allemands; le chancelier demandait si la chose avait été faite (2). Arnim répondit un peu vaguement qu'il avait agi exactement d'après ses instructions. Sa note avait été lue ce jour-là même (jour où il écrit) devant les évêques allemands réunis et proclamée, aux applaudissements de tous, la meilleure des pièces officielles parues en cette occurrence.

La lettre suivante de Berlin redit encore qu'Arnim avait ordre de s'informer au préalable de l'impression de la note sur les évêques. // Mais s'ils sont satisfaits, c'est un réel souci de moins (3).

Xous constatons que le gouvernement était très circonspect et ne se fiait pas beaucoup à Arnim, dont il connaissait l'envie exagérée d'intervenir. Les lettres précédentes de Bismarck nous ont montré pourquoi il se gardait si soigneusement de toute immixtion dans les affaires du concile (4). Une autre raison peut avoir été la proximité de la guerre avec la France : avant d'avoir terminé cette guerre, il ne voulait pas blesser les catholiques par des empiétements sur le domaine spirituel.

Antonelli communiqua à toutes les puissances qui avaient soutenu le mémorandum français, la réponse faite par le pape au Marquis de Banneville. Il renvoyait aussi à la réponse

(1) Lettre du 4 mai. — C. V., 1601 d. sq.

(2) Lettre du 5 mai. — Ibid., 1602 a. b. (3 Lettre du 6 mai. — G. V., 1602 b. ^4) Voir ci-dessus, p. 363 ss.

faite à la première dépêche de Daru du 20 février, et répétait avec insistance que le schéma de Ecclesia, cause de tant d'inquiétudes parmi les puissances, n'était qu'un projet élaboré au sein de la commission préparatoire et pourrait subir des modifications comme le schéma de fide (1).

Trauttmansdorff et de Beust se consolèrent de l'insuccès de leurs démarches par cette considération que, si les cabinets n'avaient par là rien obtenu de la curie, ils avaient au moins rendu courage à la minorité pour résister à la majorité (2).

Quand le récit de ces diverses démarches arriva à Paris, Daru n'était plus ministre. Il avait demandé à être relevé de ses fonctions, non pas, comme quelques-uns l'affirmèrent, parce qu'ayant réclamé au conseil des ministres le rappel du corps d'occupation il n'avait pu l'obtenir (jamais il n'a fait semblable proposition), mais parce qu'il était, au sujet du plébiscite, d'un autre avis que l'empereur (3). Ollivier prit par intérim, le 18 avril, le ministère des Affaires étrangères (4). Au soir de ce changement, raconte Louis Veuillot, un télégramme parvint à Rome : « Daru se retire, Ollivier remplace. Concile libre (5). »//

Ollivier et ses collègues décidèrent en effet d'un commun accord de s'abstenir désormais de toute immixtion dans les affaires du concile et n'hésitèrent pas à le déclarer au parti catholique. Mais celui-ci exigeait, pour condition de sa participation au plébiscite, qu'Ollivier désavouât le mémorandum « qui menaçait la liberté de l'Eglise » et donnât sa parole que les troupes françaises ne quitteraient jamais

(1) Ollivier, t. II, p. 224. [En notant cette lëponse, Ollivier remarque « que c'est précisément parce que les textes ne sont pas définitifs que les gouvernements présentent des observations. >< N. D. T.]

(2) Lettre de Beust à Trauttmansdorff, 27 avril. — C. Y., 1587 b, c.

(3) Ollivier, loc. cil., p. ±25.

(4) Ibid.

(5) Veuillot, Home pendant le concile, I, 462.

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