FIN DE LA DISCUSSION GENERALE
été réprékensible. Il avait avancé que les auteurs du schéma se trompaient en faisant du protestantisme la source première ■des erreurs modernes : matérialisme, panthéisme et athéisme; il avait démontré que ces aberrations déplaisaient aux protestants, vu que plusieurs les avaient remarquablement réfutées. En outre, il avait affirmé qu'une foule de protestants adhéraient à l'hérésie de très bonne foi. Tout cela était indubitablement vrai. Il priait donc qu'on voulût bien faire réparation pour les expressions offensantes qu'il s'était vu adresser pour avoir exposé ces vérités. Mgr Strossmayer parlait ensuite de ses déclarations sur la nécessité de l'unanimité morale des Pères pour définir les dogmes; c'est à ce moment, disait il, qu'on l'avait interrompu, qu'un grand tapage et de pénibles menaces l'avaient empêché de terminer son discours. Tout cela montrait combien il était nécessaire de donner à la question de cette unanimité morale, posée dans le mémoire sur le règlement, la réponse que les Pères n'avaient pas encore obtenue. « Je vous supplie donc humblement de donner cette réponse dans la prochaine congrégation générale; //sinon, je demeurerai dans l'incertitude, ne sachant point si je puis rester à un concile où la liberté des évêques est opprimée, comme elle l'a été hier en ma personne, et où les dogmes de foi sont définis d'une façon inouïe jusqu'ici dans l'Eglise de Dieu » (i).
Heureusement l'unanimité morale du consentement n'a pas fait défaut aux définitions du concile du Vatican. Cependant la question de savoir si elle était nécessaire, et la pratique des anciens conciles sur ce point fut étudiée de fort près à cette occasion, comme nous le raconterons plus tard.
Lorsque tous les Pères inscrits pour la discussion particulière de l'Introduction eurent parlé, ce qui occupa les trente-
(1) Archives.
et-unième et trente-deuxième congrégations, le cardinal de Angelis, Président, annonça qu'aux ternies du décret du 20 février, on devait procéder au vote, d'abord sur les propositions particulières, ensuite sur l'ensemble. Cependant, la présidence avait cru être agréable aux Pères et leur faciliter l'émission de leur suffrage en leur mettant sous les yeux les propositions faites de vive voix dans les discours ou envoyées par écrit ; elle avait donc décidé de les faire imprimer et distribuer avant le vote. Les évêques les recevraient dans la prochaine congrégation générale. En attendant, et pour ne point perdre -le temps, on commencerait la discussion du premier chapitre (1).
Cette distribution eut lieu au cours de la réunion suivante (2). // Le vote fut cependant encore remis, afin de laisser aux évoques le loisir d'étudier les amendements proposés et de les comparer au texte dans lequel ils devaient être introduits (3).
Dans la trente-quatrième congrégation gé/jéra/e,le26mars, Mgr Simor, archevêque de Gran, fit avant le vote, au nom de la Députation de la foi, un rapport sur les propositions des Pères (4). Comme le Proaemium du schéma, disait-il, ne contient aucun enseignement dogmatique, on aurait pu le rédiger de diverses manières et en exprimer le contenu en d'autres termes.
(1) Acta, etc., II, 67, C. V. 732 d. — Dans ce l'ait que le président, avant qu'on votât sur l'Introduction et les amendements proposés, fit commencer la discussion du premier chapitre, Friedrich \up. cit., III, 788! voit une violation du règlement. «Car, dit-il, avant qu'on eût réuni les suffrages sur le Proaemium, il n'était point permis de passer aux débats sur les autres points. » C'est vrai, et le président le fit lui-même observer. Friedrich aurait dû cependant remarquer le grand avantage pour tous les Pères de ce changement dans l'ordre intérieur; ils pouvaient avoirsous les yeux le texte impriméavant d'avoir à voter. Il ne doit pas, du reste, se laisser troubler par la pensée que le président avait modifié le règlement sans autorisation. Le président avait reçu la permission de celui qui pouvait la donner; il dit en effet :« facto verbo curn sanctissimo. *■
(2) Voir ces amendements C. V. 88 b et sq.
(3) Acta, etc., II, 117. — C. V. 733 b.
(4) Acta, etc., II, 120sq. — C. V. 91 sq.
RAPPORT DE Mgr SIMOR 63-
L'archevêque énonce alors la suite des idées exprimées dans l'Introduction, telle qu'elle" se présente maintenant. Elle a été approuvée par les Pères, comme il ressort des discours. La plupart des améliorations réclamées par écrit concernent le style; d'autres, moins nombreuses, des points accessoires; quelques-unes seulement atteignent la substance même du schéma. La Députation les utilise toutes pour amender l'Introduction. Huit évêques qui avaient proposé des changements avaient déclaré ne pas vouloir qu'on les mît aux voix, satisfaits que lu Députation tînt compte de leurs remarques : presque toutes concernaient le style et les expressions. « S'il avait été question de points de dogme ou de discipline, dit l'orateur, cette déclaration n'aurait certainement pas été acceptée par la Députation ; pour des points de cette nature on vous demandera toujours dans cette salle votre suffrage sur chaque observation. »
Les amendements qui restaient à examiner se rapportaient à l'essence même des choses.
Le premier demandait la suppression dans le dernier paragraphe de ce membre de phrase : « Cum itaque Nos, inhaerentesDecessoriimnostrorumvestigiis,proApostolicomunere Nostro nunquam docere ac propugnare omiserimus catholicam veritatem, perversasque reprobare Doctrinas.» Au nom de la Députation de la foi, Mgr Simor se prononce pour le maintien de cette incise : « Ce qu'elle affirme est vrai, dit-il ; aucun Père ne peut le nier; les innombrables encycliques pontificales le démontrent assez. » Il prie donc les Pères de ne point approuver le changement.
Le second amendement proposait d'ajouter à l'expression: Nobisque sedentibus et judicantibus, le mot et definientibus. Il L'orateur le repousse aussi. Pourquoi cette addition de definientibus ? Juger a certainement plus d'étendue que définir; ici, non seulement nous définissons, mais nous jugeons.. Comment jugeons-nous? Que signifient les mots : Nobiscum
Ci- HISTOlltE DU CONCILE DU VATICAN
sedentibus et judicantibus? A quoi la Députation fait-elle ici allusion ?Aux paroles mêmes de Notre-Seigneur Jésus-Cbrist, quand il disait : « Cuin sederit Filins hominis in sede Majestatis suae, sedebitis et vos super sedes duodecim, judicantes dnodecini tribus Israël (i). » L'orateur rappelle aux évêques les termes de la première allocution de Pie IX (8 décembre 1869) : « Vos autem nunc venerabiles Fratres, in nomine Christi congregati estis, ut nobiscum testimonium perhibeatis verbo Dei et testimonium Jesu Christi, viamque Dei in veritate omnes homines Nobiscum doceatis, et de oppositionibus falsi nominis scientiae Xobiscum, Spiritn Sancto duce, judicetis )>, dans lesquels le pape invoquait les paroles de Saint Jacques, rapportées aux Actes des Apôtres : « Ego autem iudico non inquietari eos, qui ex gentibus convertuntur ad Deum » (2). Le mot juger est donc pris ici dans son vrai sens de rendre une sentence. Xous ne sommes pas ici des conseillers seulement, mais de véritables juges, et cela de la volonté même du pape; nous faisons en vérité un acte judiciaire. A la fin du concile nous souscrirons « Definiens subscripsi » Aussi la Députation croit elle que l'expression doit demeurer telle qu'elle est, et qu'elle ne peut en aucune manière porter atteinte aux droits des évêques.
Le troisième amendement remplace les mots : « adversis erroribus, potestate nobis ab omnipotente Deo tradita, proscriptis atque damnatis » par ceux-ci : « erroresque adversos omnibus, qui salvandos se sperent, indigitare, ut illos <ignoscant agnitosque évitent ». « Révérendissimes Pères, demande Mgr Simor, la mission des conciles œcuméniques se borne-t-elle à indiquer les erreurs, et seulement à ceux qui veulent être sauvés? Tous les conciles ont condamné les erreurs; les erreurs, oui; mais non les errants; tous les
(1) Matth,XIX,28.
(2) Act. ÂP..XV, 19.
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Mgr WHELAX RETIRE SES AMENDEMENTS 6b
conciles ont eu devant les yeux les paroles de saint Augustin : « Exterminez les erreurs, mais aimez les errants ! » La Députation estime donc qu'il ne faut pas admettre cet amendement, sauf, bien entendu, votre meilleur avis, auquel je soumets le jugement de la Commission. )>
Le Premier président invita alors les Pères à donner leurs suffrages ; mais auparavant il fit lire par le sous-secrétaire du concile les articles du règlement relatifs au vote // Le règlement prescrivait qu'on recueillît d'abord les voix sur chaque amendement, puis sur l'ensemble de la partie du schéma qu'on discutait; les présidents devaient inviter à se lever de leurs sièges d'abord ceux qui approuvaient l'amendement ou le texte en question, puis ceux qui les rejetaient.
Pendant cette lecture et les explications un peu plus détaillées qu'ajoutait le sous-secrétaire, M*-'1' Whelan, évèque de Wheeling, vint au bureau des présidents et retira ses amendements sur lesquels on se préparait à voter, demandant qu'on ne les mît pas aux voix (i). Le scrutin sur les propositions particulières devenait par le fait inutile, et le Premier président annonça qu'on voterait sur l'ensemble, dès
(l) D'après Friedrich [op. cil., 111, p. 788), on aurait mis en question devant les Pères le droit des auteurs d'amendements à les retirer. M"Dupanloup aurait même écrit sur ce sujet aux présidents: «Il n'est pas du tout au pouvoir des auteurs île retirer leurs amendements ; car peut-être d'autres Pères auraient proposé la même modification, et s'en sont abstenus parce que quelqu'un le faisait avant eux. » Ce cas n'avait pas été prévu par le règlement ; quand, au premier scrutin, il se présenta, les présidents durent décider par des raisons d'équité de la conduite à tenir. Le raisonnement attribué à M*' Dupanloup n'est pas évident. Pourquoi l'auteur d une proposition cesserait-il d'en être le maître dès qu'il l'a déposée? Est-ce parce qu'un autre membre de l'assemblée l'approuve intérieurement et s'abstient de présenter le même amendement, le sachant déjà soumis à se? collègues '. Mais on ne pouvait vraiment pas dans les délibérations avoir égard à ce que l'un des Pères avait peut-être intérieurement pensé sans le manifester. Si, au contraire, ce Père avait joint son nom à celui de l'auteur de la proposition, celui-ci n'aurait plus été maître de la retirer tout seul. — Nous venons de voir que, dans le premier scrutin, les présidents décidèrent que l'auteur d'un amendement pouvait le retirer. Le cas ne se présenta plus au concile du Vatican.
que la Députation l'aurait de nouveau retouché. On poursuivit donc la discussion en passant au second chapitre (i).
L'Introduction modifiée fut imprimée et distribuée dans la trente-cinquième congrégation générale (2); le scrutin eut lieu dans la trente-sixième, et dans ce vote elle fut approuvée par tous les Pères (3). // Les évêques de la Députation y firent ensuite quelques retouches de style sans grande importance (4).
(1) Acla, etc., Il, 123 sq.
(2) C. V. 734d. Voir l'Introduction telle qu'elle fut présentée C. V. 96 a et sq. Il est à noter que, dans cette nouvelle rédaction, l'on évita de rapporter au protestantisme l'origine du naturalisme, de l'athéisme, du panthéisme et du matérialisme. Après avoir parlé de l'erreur qui nie l'authenticité de la Sainte- Ecriture, le texte continue: « Tum nata est... Ma ralionalismi seu naturalismi doctrina...» C'était, du reste, ainsi que s'exprimait le projet de l'èvéque de Paderborn présenté dans la troisième séance delà Députation. — C. V. 1628c.
(3) C. V. 7356. Sur le mode de scrutin, voir tome II p. 304 et suiv. ii Protocollum. Congr. XXII. — cf. V. I . 1674a.