‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 5)Chapitre 18 sur 140 · LE CHOIX DES MOTS · texte numérisé non relu

LE CHOIX DES MOTS

Il y eut accord unanime pour accepter la doctrine proposée et pour réprouver les erreurs signalées, et aucune objection ne fut faite sur le fond. Mais beaucoup d'amendements se produisirent sur le style et l'expression; d'autres demandèrent des compléments, des suppressions ou des interversions dans le texte. Ainsi, Mgr Caixal y Estrade (i) voulait que l'on parlât de la conservation de toutes choses par Dieu et du concours de Dieu à toutes les actions des créatures, Mgr Melchers (2) que l'on fît une addition sur la science de Dieu. // Dans rénumération des attributs de Dieu, Mgr Mignasco (3) voulait que l'on parlât aussi de l'incompréhensibilité et de la spiritualité; Mgr Héfelé (4) demanda aussi que l'on n'omît pas la spiritualité; M*1 Gàstàldi (5) désirait voir retrancher le mot « singùlaris » parmi les attributs, ainsi que le mot « re » dans la proposition : Dieu est distinct du monde « re et essentia ».

Mgr Gastaldi fit remarquer avec raison la haute importance du débat, alors même qu'il ne s'agissait que de simples mots : « Comprenons, dit-il dans son discours (6), combien sont importants les mots employés dans ces chapitres et ces canons, et combien il est nécessaire de les bien peser tons. Une fois admis et définis, ils restent immuables jusqu'à la fin des temps. Réfléchissons bien à ceci, que tous ces termes sont aussitôt examinés de près, non seulement par les catholiques, mais aussi par les adversaires et les incroyants. Nous devons nous souvenir que les expressions dont se servent les conciles sont un objet d'étude dans les écoles de théologie. Xous savons que, dans les écrits scolastiques, un seul mot

(1) Acta, etc., II, p. 73.

(2) lbid.,p. 104.

(3) lbid.,p. 85.

(4) Ihi.i., p. 87.

(5) Ibid., p. 101.

(6) Ibid., p. 100.

du concile de Trente donne lieu parfois à un travail étendu et à de longues discussions, pour savoir s'il a été^ employé dans tel sens ou dans tel autre. »

Ce serait, en effet, pour les théologiens un document précieux qu'une histoire du concile du Vatican, qui comprendrait jusqu'aux moindres observations faites à l'occasion des débats sur les constitutions. Mais une histoire s'adressant à un public plus étendu ne peut entrer dans tous les détails; elle doit seulement faire ressortir les plus importants. D'ailleurs, les théologiens ont encore à leur disposition d'autres sources d'information pour l'étude théologique du texte de la constitution (i).

Le remplacement des premiers mots du chapitre Sancta Romana Catholica Ecclesia par Sancta Catholica Apostolica Romana Ecclesia ne peut sans doute être raugé parmi les changements importants opérés dans le schéma par la congrégation générale; cependant les Pères ne s'y décidèrent qu'après une sérieuse discussion. < Personne d'abord ne fit d'objection contre le premier projet; mais deux évêques anglais intervinrent et demandèrent avec grande énergie un changement de rédaction.

Mgr Ullathorne, évêque de Birmingham, exprima dans la 33e congrégation générale le désir de voir le mot « Romana » placé après le mot « Catholica, » (2) « afin, dit-il, qu'on ne semblât en aucune façon encourager les tendances de ceux qui voulaient préciser le mot « Catholica » par le mot « Romana ». Les protestants (d'Angleterre), continua-t-il en approfondissant son sentiment, veulent s'approprier la dénomination de « catholique », qui se trouve dans le Sym-

(1) Je me suis efforcé de présenter aussi exactement que possible pour l'étude de la théologie l'histoire des Constitutions du concile du Vatican dans le travail : Constilutiones doymalicae sacrosancti oecumenici Coicihi Vattcani, ex ipsis ejus actis explicatae atque illustratae a Th. Gr., S. J, Fribourg en Brisgau, 1892.

!2) Acta, etc., II, 91.

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