LA FORMULE « ROMANA CATHOLICA ECCLESIA
Lorsque l'on en vint au vote, très peu d'évêques se montrèrent favorables aux amendements proposés ; presque universellement on vota contre eux (i). Sur la question de savoir s'il fallait séparer par une virgule les deux mots « Romana Catholica» les avis furent très partagés. Le résultat du vote n'était pas immédiatement évident, et il fallait faire appel aux scrutateurs pour compter les voix. Alors comme les Pères ne voyaient pas encore clairement la portée de la proposition, ils prièrent les présidents d'ajourner le vote : on pourrait ainsi échanger ses idées et on arriverait plus facilement à s'entendre. Le vote fut renvoyé au lendemain (2).
Le 3o mars, Mgr l'évêque de Brixen prit de nouveau la parole avant le vote et déclara s'être décidé, après nouvelle et mûre réflexion, et après avoir consulté nombre de Pères dans la Députation de la foi et au dehors, à recommander le maintien du texte proposé et à déconseiller l'introduction de la virgule demandée par quelques uns. Les mots « Romana Catholica Ecclesia » formaient pour ainsi dire le nom de l'Eglise : entre son nom de baptême et son nom de famille personne ne met une virgule. Pour la doctrine des protestants anglais sur les trois branches, romaine, anglaise et grecque, de l'Eglise catholique, on y pourvoirait plus tard dans le schéma de Ecclesia afin qu'ils ne pussent pas interpréter ces mots en leur faveur, comme le craignaient quelques évêques d'Angleterre. Le vote eut lieu alors, et la plupart des Pères prirent parti contre la virgule (3). Pourtant la question ne fut pas terminée, car plus tard, le 12 avril, dans la séance où se produisit le vote final sur tout le schéma, beaucoup de Pères se montrèrent
(1) Acta, etc., Il, p 200 sqq.; C. V, 108 b. sqq.
(2) Acta, etc., p. 200 sqq.
(3) Acta, etc., p. 212 sqq.; C. V., 117 d. sqq.
de nouveau mécontents du commencement du premier chapitre, et il n'y en eut pas moins de trente-cinq, qui, en donnant leur placet, ajoutèrent comme condition le changement des premiers mots (i). Ils apportèrent plusieurs raisons, principalement celle que l'évêque de Birmingham avait t'ait valoir dans son discours ; nous verrons qu'elle prévalut alors.
Un changement plus important, dans le premier chapitre, fut l'addition d'un troisième paragraphe. / Ce qui en lut l'occasion, ce fut le désir de plusieurs Pères, particulièrement de Mgr Melchers, archevêque de Cologne (2), et de Mgr Meurin, évêque d'Ascalon i. p. i. (3), d'introduire dans le chapitre quelques mots sur la prescience de Dieu. Mer Meurih proposait de supprimer le mot « providissimiim » dans le premier paragraphe, mais de donner après le second paragraphe une explication sur la notion delà providence de Dieu, et une définition de la prescience divine, spécialement en ce qui concerne les actions libres futures des créatures ; les déistes, en effet, et beaucoup d'autres, parmi lesquels des catholiques, niaient aujourd'hui ou du moins mettaient en doute que Dieu eût la prescience de ces actions libres. Il ajouta à son discours et à sa proposition d'amendement une formule pour la définition souhaitée. Mgr Gasser dans sa relation (4) dit que la Députation de la foi accédait volontiers à ce vœu ; d'autant plus qu'en maints endroits, des théologiens même doutaient que la prescience divine s'étendît jusque-là; or, c'était une doctrine parfaitement certaine ; il serait donc bonde l'imposer d'autorité. Il demanda aussi d'admettre dans le chapitre comme troisième paragraphe la formule de
(1) Emend., 9-45 ; C. K.,221 b. sqq.
(2) Acta, etc., p. 104; Emend., 12; C. K.,99a.
(3) Ibid., p. 105; Emend., 8; C. V.,98 d. sqq. {4) C. P.,105a.sq.