‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 5)Chapitre 22 sur 140 · PROJETS DE SUPPRIMER LES AN'ATHEMES · texte numérisé non relu

PROJETS DE SUPPRIMER LES AN'ATHEMES

"tenir compte de notre époque; beaucoup d'hommes, égarés par l'incrédulité, ne sont plus qu'en apparence rattachés à l'Eglise ; c'est à nous de les attirer par les liens de la charité sur des chemins meilleurs. Nous ne devons donc pas employer les formules qui effraient ceux qui penchent vers la défection, mais plutôt celles qui ramènent les victimes de l'ignorance et de la témérité. » Mgr Fogarasy proposait, en conséquence, pour le premier chapitre une forme plus adoucie de condamnation des erreurs. Mgr Ramadié, évèque de Perpignan, parla de même contre l'emploi trop fréquent des canons (i) : On ne doit tirer du fourreau que rarement et avec grande circonspection le glaive qui retranche de l'Eglise. La sainte Eglise romaine n'est pas seulement l'institutrice des peuples, elle est encore, et dans la force du terme, la mère magnanime des âmes rachetées par le sang du Christ. Elle embrasse tous ses enfants d'un tendre amour et les porte tous dans son cœur maternel. Elle n'est pas une marâtre jalouse; mais, selon les paroles de Saint Ambroise, oublieuse de l'injure et ne se souvenant que de sa mansuétude, elle cherche à gagner le cœur du peuple infidèle, en l'éclairant, en lui portant secours et aussi en le guérissant ; elle ne le livre à Satan qu'avec une douleur infinie et contrainte par la nécessité. » A ces dures paroles : « Elle ne le livre à Satan », s'éleva parmi les Pères un murmure de désapprobation. Sisi Héfelé, évêquedeRottenbourg, proposa la formule suivante qui condamne les erreurs, au lieu de condamner leurs fauteurs : « Nous rejetons et condamnons les erreurs de ceux qui nient le seul vrai Dieu, créateur du monde visible et invisible, etc. (2). »

// Dans sa relation sur la 28° proposition d'amendement, qui tendait à supprimer tous les canons du premier chapitre, Mgr Gasser déclara partager l'avis de la Députation : si quel-

<U Acta, etc., p. 100.

(2) Ibid., p. 88; C. V., 100 c. Emend., 29.

ques Pères sont fort défavorables aux anathèmes (i), la plus grande partie des députés est d'avis qu'on en formule. La Députation ne nie pas qu'aujourd'hui beaucoup ne soient péniblement affectés par de tels anathèmes ; mais la cause en estr d'après elle, sinon toujours, au moins le plus souvent, l'opinion, très répandue dans la soi-disant classe instruite, qu'il n'y a en matière religieuse aucune certitude, mais seulement des opinions plus ou moins probables. Aussi se sent-on blessé de voir l'Eglise imposer certaines vérités sous peine d'excommunication, et de l'entendre déclarer qu'elle possède le dépôt des vérités divinement révélées et qu'elle les définit avec une autorité infaillible. Loin de rien concéder à cette misérable conception, il faut s'y opposer de toutes ses forces. Mais,. objectent quelques-uns, ces anathèmes atteignent aussi de bons serviteurs de l'Eglise, et des hommes qui se sont soumis humblement aux décisions du Saint-Siège ; ils leur impriment une flétrissure vraiment injuste. C'est inexact; les anathèmes n'atteignent point de tels hommes; ils frappent seulement ceux qui résistent à l'Eglise et défendent avec opiniâtreté les erreurs condamnées. La formule de condamnation proposée par Mgr Héfelé n'a pas été approuvée par la Députation : sous cette forme, en effet, on ne distinguerait pas si les erreurs sont rejetées comme hérétiques, ni dans quelle mesure elles sont déclarées contraires à la doctrine de foi.

Tandis que les prélats dont nous avons parlé jusqu'ici étaient hostiles aux canons en général et désiraient restreindre les anathèmes, d'autres Pères, pour des raisons particulières, jugeaient inopportuns les canons qui condamnaient les athées, les panthéistes et les matérialistes. M*r Gandolfi (2) demandait la suppression du premier canon dirigé contre ceux qui niaient l'existence de Dieu : « Un canon

(1) C. V., 112 c. sqq.

(2) Acta, etc., p. 71.

Page 1